Un graphique boursier mettant en évidence les lignes de tendance, niveaux de support et résistance

La Fed met les marchés au pied du mur !

ANALYSE GRAPHIQUE

✍️ Par Mustapha GHAILANE

Je pense que les responsables de la Banque Centrale américaine, alias la Réserve Fédérale et la Fed pour les intimes, en avaient plus qu’assez de voir les marchés faire systématiquement fi des graves menaces d’écroulement qui pèsent sur les capitalisations boursières stratosphériques en repartant systématiquement dans de nouvelles vagues haussières hystériques. Cela est humble mon avis personnel comme je l'ai souvent développé dans votre hebdomadaire boursier préféré et aussi avec un peu d’avance dans ma rubrique d’analyse technique figurant en page 2 de la Lettre La Bourse. Pour mémoire, les deux principaux moteurs directeurs qui étaient représentés par des taux d’intérêt gratuits (à zéro %), voire parfois négatifs comme en Europe et par les « QE » (achats d’actifs sur les marchés par les BC dont l’argent déboursé vient gonfler les liquidités circulant dans le circuit financier) s’arrêtent brutalement et commencent désormais à tourner en sens inverse. Le moteur central des entreprises représenté par leur niveau de rentabilité actuel et futur conjugué aux volumes de leurs liquidités disponibles en caisse va sûrement être impacté à plus ou moins brève échéance car il devra s’adapter à un environnement économique global de moins en moins favorable.

Pour faire simple, disons que la plupart des modèles d’évaluation des actifs relatifs à la valeur des sociétés sont fortement corrélés à la trajectoire future de la croissance de leurs résultats (actualisation des flux futurs), à celle des taux d’intérêt du marché (pour les besoins de financement) et à celle du niveau d’endettement. Dans la pratique réelle, les calculs intègrent de nombreux autres paramètres comme la notoriété, les brevets, les parts de marché… faisant qu’en phase de baisse, certaines sociétés vont beaucoup mieux résister que d’autres à l’instar des beaux immeubles parisiens qui ne perdent quasiment pas de valeur en temps de crise immobilière. Le reste ne sera pas épargné dès que les premiers signaux de récession commenceront à apparaitre. Or, lorsque les moteurs de la croissance commencent à tourner à l’envers c’est qu’on se dirige tout simplement vers une récession ou au mieux un fort ralentissement car l’inertie du mouvement de fond persiste pendant un certain temps comme pour les grands bâtiments marins qui continuent d’avancer pendant un certain temps nonobstant le fait que les moteurs font machine arrière toutes. Au centre de tout cela, il y a l’inflation qui a pris des proportions énormes alors que le cycle d’expansion économique est plus proche de sa fin que de son début avec à l’horizon, le spectre de le « stagflation », le pire ennemi de la Bourse.

Vous ne pouvez plus continuer à naviguer toutes voiles dehors alors que les icebergs sont de plus en plus gigantesques et nombreux (inflation des prix, des salaires, troubles sociaux…). Or, par-dessus ces changements majeurs, la guerre Russo-Ukrainienne est venue se greffer et amplifier les goulots d’étranglement déjà présents auparavant (prix de l’énergie qui explosent à la hausse, les matières premières se raréfient, le modèle de sous-traitance chinois à bas coût bat de l’aile…). Au final, les capitalisations boursières stratosphériques basées sur une mondialisation « harmonieuse » avec une éternelle forte croissance des résultats et des dividendes est désormais largement remise en question par les changements profonds actuels et futurs, économiques et géopolitiques. Il est de la responsabilité de la Fed de prévenir des chocs de la réalité avec la finance-fiction et de sauvegarder du mieux possible le pouvoir d’achat futur des actionnaires et consommateurs américains. Comme les marchés semblaient décidés à aller chercher encore des records historiques, malgré la guerre, malgré tout le reste, il devenait urgent de refroidir cette machine infernale par des actes et des discours appropriés et très forts.

Dans le même temps, la Fed veut remettre ses compteurs à zéro juste à temps avant la prochaine crise pour avoir de nouveau à sa disposition tous les moyens de relance (recréation d’un potentiel de baisse sur les taux, endettement fédéral ramené à zéro…). Sur le plan technique, les indices boursiers majeurs se sont arrêtés net au sifflet du maitre et commencent à rebrousser chemin alors que les suiveurs deviennent de moins en moins nombreux et les banksters préfèrent désormais alléger leurs positions spéculatives sans avoir atteint les objectifs recherchés. À Paris, l’indice Cac 40 n’a pas réussi à se hisser au contact de la ligne de résistance de son nouveau canal baissier et repart illico presto à la baisse. Le prochain test se situe autour de 6.420 (point pivot mensuel) où passe par ailleurs la ligne de support du grand canal haussier déjà cassé auparavant en séance du 4 mars. En cas de cassure, l’objectif technique le plus slide se situe autour de 5.750 points correspondant au point de départ du marché haussier de reprise.

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