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Russie-Ukraine : la géopolitique énergétique rebattue.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 8 avril 2022 (numéro 1.133) : “ Inflation, hausse des taux... les obstacles qui arrivent ”. Bonne lecture !!!
Il y a eu des négociations qui se sont tenues jusqu’à mardi à Istanbul (pas à Paris), sous les auspices de la Turquie, riveraine de la Mer noire, pour essayer de voir comment arrêter la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Elle est sanglante, comme toutes les guerres, et il y a plusieurs milliers de morts russes, plusieurs dizaines de milliers de morts ukrainiens, dont bien évidemment beaucoup de civils. La destruction de la ville portuaire de Marioupol, en mer d’Azov (entre la Crimée et le Caucase), est sur toutes les télévisions, sur tous les réseaux sociaux. L’ancien acteur Zelensky, devenu président d’Ukraine, se permet d’avoir un ton comminatoire, et les députés français, dans leur quasi-unanimité, se mettent au garde-à-vous et essaient d’influencer les entreprises françaises pour qu’elles sortent de Russie, un immense pays de 140 millions d’habitants, un marché à ne pas négliger pour certaines d’entre elles, mais surtout l’endroit où les Chinois comme les Européens trouvent des matières premières indispensables, du nickel au titane, en passant bien évidemment par le pétrole et le gaz.
L’échec des sanctions de 2014.
N’oublions pas non plus que les sanctions occidentales appliquées à la Russie au moment de l’annexion de la Crimée en 2014 ont eu comme conséquence l’embauche par la Russie d’excellents ingénieurs agronomes venus d’Occident, dont de France, qui ont permis à la Russie de faire un gain colossal dans son autonomie alimentaire, alors que, depuis bien avant l’effondrement du Mur de Berlin, la Russie était une importatrice nette de nourriture, le blé français permettait de faire du pain à Saint-Pétersbourg ou à Moscou. Désormais, la Russie produit le lait, la viande, les céréales qu’elle consomme et dispose même d’excédents permettant d’exporter, notamment vers l’Egypte, en concurrence d’ailleurs avec l’Ukraine, grenier à blé historique de l’Empire russe.
Alors que Zelensky, de façon comminatoire, voudrait imposer la fermeture des magasins Auchan en Russie, afin d’affamer les Russes, dans le même temps (c’est très macronien comme expression), il utilise pour se chauffer du gaz en provenance de Russie, et le gaz à destination de l’UE passe pour l’essentiel par le territoire ukrainien, du fait de la non-ouverture du gazoduc Nord Stream 2, qui a été financé, notamment à hauteur de presque un milliard d’euros par Engie, en héritage d’un contrat Gaz de France.
N’achetez pas de gaz à la Russie nous dit-il… alors que, dans toute l’Ukraine, c’est le gaz russe qui permet de faire bouillir le frichti, et de réchauffer là où les conduites n’ont pas été explosées par un bombardement. La grande question, pour les pays occidentaux, est de savoir quel fournisseur pourrait remplacer le gaz russe. En Allemagne, la question ne se pose pas, c’est impossible puisque le gaz russe représente 50 % des approvisionnements. En Italie, c’est 40 % environ, en France, c’est 24 %. Au Royaume-Uni, on est aux alentours de 20 %.