La bombe juste en dessous de nous : l'Afrique.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 1er avril 2022 (numéro 1.132) : “ Russie-Ukraine : la géopolitique énergétique rebattue ”. Bonne lecture !!!

On ne s’en rend pas compte, puisque, après la longue séquence Covid-19, on (TF1, BFM, Cnews, LCI, France TV...) ne va vous parler que de l’Ukraine, et de l’agression russe contre ce pays. Pour nous Français, de l’autre côté de la mer Méditerranée, juste en dessous de chez nous lorsque l’on regarde une carte géographique, il y a l’immense Afrique. Ce n’est pas par hasard si, sur les presque 30.000 « réfugiés » ukrainiens qui se sont présentés en France récemment, près de 10.000, selon certaines informations, étaient des étudiants africains en Ukraine, qui préfèrent aller en France, car ils y ont souvent des relations ou de la famille, que d’aller en Pologne ou en Allemagne, encore moins en Roumanie. L’Afrique craque sous le poids de sa démographie.


Changement climatique : les réfugiés à venir.

C’est également un continent qui va être impacté de façon forte par le changement climatique. Selon un certain nombre de prévisions, illustrées par une carte parue dans le magazine Carto, il y aura une augmentation forte des précipitations et de l’approvisionnement en eau en 2040 dans une sorte de Banque centrale qui va du Sahara occidental (sud du Maroc jusqu’au Kenya et à l’Ethiopie), dans d’autres endroits, au sud du continent comme au Maroc et en Algérie, voire pour partie en Tunisie, il y aura une diminution assez spectaculaire de l’approvisionnement en eau d’ici à vingt ans. Presque la moitié du Maroc recevrait un tiers de l’eau reçu en moyenne annuelle pendant la période 1950-2010. S’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de production agricole, il n’y a pas de vie non plus. La jeunesse de la population africaine est assez spectaculaire et contraste avec le vieillissement en Europe. Entre 2015 et 2030, des dizaines de millions de jeunes égyptiens vont arriver sur le marché du travail, il en sera de même en République démocratique du Congo, en Ethiopie, au Nigeria, en Ouganda, au Kenya, en Tanzanie… La maîtrise démographique étant un peu meilleure en Tunisie et en Algérie, le phénomène y sera moindre. En revanche, dans toute l’Afrique occidentale, notamment au Mali, au Niger, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana, plusieurs millions de jeunes vont chercher un emploi, et n’auront pas la possibilité de le trouver, avec la désertification des zones rurales et l’absence de valorisation sur place des matières premières.


La révolution du portable.

Au cours des deux dernières décennies, l’Afrique s’est complètement transformée. Il n’y avait quasiment pas d’infrastructures téléphoniques fixes, sauf dans les zones urbaines, et encore, cela a été une sorte d’Eldorado pour la téléphonie mobile. Via le petit terminal, fabriqué le plus souvent en Chine, Internet y a fait une percée colossale, puisque l’on a oublié de déployer la deuxième génération de téléphonie mobile, on en a fait de même pour la 3G, et la 4G a été, le plus souvent, implantée directement. Il faut savoir que 81 % de la population africaine possède un téléphone portable, et qu’un Africain sur trois se connecte avec régularité sur Internet, via ce téléphone ou via des cybercafés, souvent présents dans les villages. Les Africains consomment moins de gigaoctets, puisqu’il est facturé sur place deux à trois fois plus cher qu’en France. Au Gabon, en Namibie, en Afrique du Sud, et dans les trois pays de l’ancienne Afrique française du Nord (Maroc, Algérie et Tunisie), il y a désormais plus de 50 % de la population qui utilise avec régularité Internet. L’Afrique doit déplorer l’absence ou la quasi-absence d’infrastructures physiques tels que les centres de données, les serveurs… Mais cela change progressivement. L’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Egypte, mais aussi, proportionnellement à leur population, le Maroc, la Tunisie, le Ghana et la Côte d’Ivoire, comme le Kenya à l’est connaissent des progrès assez importants, via des opérateurs locaux.

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