Je reprends mon temps en main.
LITTÉRATURE
Si nous disposons tous de 24 heures par jour, nous sommes nombreux à nous sentir débordés, dépassés, voire complètement noyés face aux urgences incessantes, aux imprévus et aux obligations de notre vie personnelle et professionnelle. Alain Humbert, expert en management, est spécialisé dans la gestion du temps. De grandes entreprises, notamment du CAC 40, font appel à lui pour conseiller leurs dirigeants dans ce domaine. Il vient de publier « Je reprends mon temps en main », car utiliser correctement son temps, cela s’apprend : « Avant, il y avait une déconnexion entre le temps professionnel et le temps privé, mais maintenant les gens mélangent tout cela et ils sont un peu plus perdus qu’avant. La Bruyère disait que ceux qui se plaignent de ne pas avoir de temps sont des gens qui ne savent pas gérer leurs priorités. Cela veut dire que même au XVIIe siècle, il y avait des problèmes de gestion du temps. On pensait que la technologie devait nous aider à mieux gérer notre temps, mais elle a renforcé le problème. » Avec sa méthode, il revient sur les récurrences, la chronobiologie et la nécessité d’établir un plan d’action. Pourtant, dans la réalité, on doit toujours affronter des situations inattendues, comme un client mécontent ou une lettre recommandée qui arrive… Alain Humbert décrit son cas personnel : « J’ai une entreprise avec 7 personnes, je fais 50 000 kilomètres en train, 30 000 kilomètres en voiture et 200 000 kilomètres en avion en moyenne chaque année, hors période de pandémie, en évoquant ce sujet en français et en anglais dans la planète entière. Ma femme est la même depuis 35 ans. En plus, je suis engagé dans de nombreuses associations comme bénévole. Donc, je m’applique à moi-même ce que j’écris. Effectivement, vous évoquez la partie quotidienne, c’est-à-dire l’imprévu. On a tous 24 heures dans une journée et, si l'on réfléchit bien, on a cinq ressources pour mener à bien nos projets dans notre vie privée ou professionnelle : l’argent, le matériel, l’information, la ressource humaine et le temps. Les quatre premières ressources sont stockables : vous pouvez stocker votre argent, vous pouvez stocker l’information, vous pouvez stocker du matériel, et la ressource humaine est stockée chez Pôle emploi ou chez Manpower. En revanche, la ressource temps n’est pas stockable. On ne peut pas stocker l’heure perdue dans un embouteillage. Donc, on ne peut pas gérer son temps. La seule chose que l’on peut faire avec le temps, c’est l’utiliser et le consommer. La seule question est de savoir bien utiliser son temps. Les gens disent qu’ils ont perdu ou qu’ils ont gagné du temps, mais c’est impossible, puisqu’une journée ne fait que 24 heures. En réalité, derrière cela, on se dit si l'on a bien ou si l'on a mal utilisé son temps. Ce sont des notions très subjectives qui font appel à des références propres. Donc, chacun doit bâtir son propre référentiel d’utilisation du temps.
Par exemple, l’auteur évoque la nécessité de se discipliner avec les mails et l’importance de canaliser les interruptions qui se produisent dans la vie quotidienne. Certes, le bon sens nous amène à penser cela, mais on ne le fait jamais : « La vraie question est de savoir si l'on passe du bon temps à regarder tout cela. Il faut d’abord analyser sur quoi on est bon et sur quoi on prend du plaisir. La gestion du temps, c’est une affaire d’émotion, ce n’est pas une affaire de méthode. C’est d’abord de l’émotionnel. Plus on se sent bien, moins on a l’impression de perdre du temps. Plus on est efficace, moins on fait d’erreurs. Cela s’appelle passer une bonne heure. Le temps long, c’est nos valeurs humaines : dès que je passe du temps à des activités qui nourrissent mes valeurs, je me sens forcément bien, car c’est ce qui me structure. Chaque fois que je suis en position de passer du temps à transmettre quelque chose, je me sens bien et je n’ai pas l’impression de perdre mon temps. » Cette réflexion d’Alain Humbert est très juste. Souvent, les personnes très importantes répondent qu’elles n’ont pas le temps, mais s'il s'agit d'une sollicitation qui leur fait vraiment plaisir, comme aller jouer au golf avec un ami ou rencontrer une personnalité influente, alors ces mêmes personnes trouveront toujours du temps... Alain Humbert décortique ce comportement : « Lorsque le PDG dit qu’il n’a pas le temps, si l'on analyse sémantiquement cette phrase, c’est impossible, puisque l’on a tous 24 heures dans une journée. Lorsque quelqu’un dit qu’il n’a pas eu le temps de faire telle ou telle chose, cela veut dire qu'il a choisi de passer son temps à autre chose qu’à cela. La gestion du temps, c’est juste une histoire de choix. Si j’ai deux heures devant moi, j’ai le choix entre différentes activités, c’est donc une question de priorités, avec des critères de choix. Le référentiel que je propose consiste à bien identifier nos critères de choix. Par exemple, les sollicitations dont je fais l’objet doivent correspondre à mes trois valeurs : plaisir, liberté et transmission. C’est mon premier critère de choix. Ensuite, je me demande si cela me permet de réaliser l’un de mes rêves. Si la réponse est oui, je le fais. Quand vous passez vos propres filtres, vous avez une énergie incroyable pour passer du temps à cela. Donc, cela permet d’avoir moins d’interruptions et moins d’enquiquineurs. »
Sur le plan professionnel, lorsque l'on parle de vocation, la notion de temps n’existe plus, cela signifie que l’on passe sa vie à faire quelque chose qui nous plaît : « Les gens sont surpris quand je travaille le week-end. Pour moi, ce n’est pas un travail, je suis dans le plaisir de la transmission. Si quelqu’un s’ennuie en travaillant le week-end, c’est que son travail ne nourrit pas ses valeurs. » Dans ce contexte, on devrait pouvoir exercer le métier de ses rêves et aussi laisser les enfants aller vers des professions qui les font rêver : « Il y a des parents qui disent souvent à leurs enfants d’arrêter de rêver, mais c’est terrible de dire cela à un enfant… Alors, tout doucement on arrête de rêver, on rentre dans le rang et c’est la fin de l’histoire. L’enfant veut être photographe ou infirmier, mais ses parents veulent en faire un avocat. Quand on dit à l’enfant qu’il doit arrêter de rêver, c’est en fait lui dire qu’il doit arrêter d’essayer de casser le rêve que l’on a pour lui. Il faut laisser rêver nos gamins. »
Autre sujet d’actualité : l'importance de distinguer le temps personnel et le temps professionnel. On parle de la nécessité d’équilibrer son temps, des 35 heures, du droit à la déconnexion… Tout ce discours ne contribue-t-il pas à dégoûter du travail ? Il y a toute une génération qui ne s’intéresse plus au sens du travail et de nombreux employeurs font ce constat. Alain Humbert revient sur cette notion de sens : « Ce qui n’a pas de sens pour moi, c’est quand je passe du temps à des activités qui ne correspondent pas à mes valeurs. On doit se sentir utile pour le groupe et le collectif, et on peut exporter cela dans le monde du travail. Je vais citer Ed Foreman, qui est un mentor pour moi. Il a travaillé avec Kennedy et il nous a dit un jour que cette histoire d’équilibre relevait de la foutaise, car les gens qui réussissent sont des gens qui vivent des successions de segments de vie déséquilibrés. Autrement dit, ce sont des gens qui passent d’un rêve à un autre. Les champions de sport ne cherchent pas à équilibrer leur temps de vie, ils sont focus sur un rêve, ensuite ils se concentrent sur autre chose. Les gens qui cherchent à tout équilibrer perdent peut-être du temps dans des endroits où ils n’ont rien à faire et ils devraient peut-être mieux identifier ce qui les fait vraiment rêver, pour passer un maximum de temps à réaliser leurs rêves. Choisir de se réorienter, c’est simple à comprendre, mais ce n’est pas facile à faire. Dans de nombreux secteurs, on peine à recruter, tout simplement parce que la crise sanitaire amène les gens à se poser de bonnes questions. Pour une fois, les gens ont pris les bonnes décisions. Ils ont fait le choix de quitter une profession pour en adopter une autre, en ouvrant leur petite affaire ou en devenant autoentrepreneur. »
« Je reprends mon temps en main » d’Alain Humbert est publié aux Éditions Mardaga.
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