Entretien avec le rapporteur de la mission d’information sénatoriale sur l’énergie.
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Daniel Gremillet, sénateur LR des Vosges : « On paye très cher le fait que nous n’ayons rien fait depuis dix ans. »
L’énergie est le sujet qui occupe tous les débats en ce moment. Il y a quelques semaines, la commission des affaires économiques du Sénat a publié le rapport de la mission d’information sur l’énergie et l’hydrogène nucléaires. Un nouveau texte vient d’être rendu public par les rapporteurs depuis le début de la guerre en Ukraine. Les sénateurs indiquent que l’activité de production nucléaire du groupe EDF est tombée à un niveau jamais vu depuis le début des années 1990 : « Le groupe a annoncé 12 arrêts de réacteurs nucléaires fin février et une production historiquement faible cette année, entre 295 et 315 térawattheures (TWh). Parmi ces arrêts, certains sont liés aux contrôles dus au phénomène de « corrosion sous contrainte » : 5 réacteurs sont actuellement l’objet de contrôles et 6 autres le seront sous 3 mois. Cette situation pourrait perdurer et s’aggraver : la situation de « vigilance particulière », identifiée par RTE, court jusqu’en 2024. » Nous évoquons ce sujet avec Daniel Gremillet, sénateur LR des Vosges, qui est l’un des rapporteurs de cette mission d’information.
L’Hebdo-Bourseplus : Faut-il commencer à s’interroger sur nos dépenses énergétiques, entre la pollution numérique, la loi Climat qui impose de nouvelles normes au secteur du logement, ou encore la promotion des véhicules électriques, car on s’aperçoit que nous risquons d'être très rapidement dépassés. Qu’en pensez-vous ?
Daniel Gremillet : Si vous suivez le travail que j’ai fait en tant que rapporteur de la commission économique du Sénat, cela fait des années que je lance cette alerte. On parle de sobriété énergétique et de diminution de la consommation énergétique mais, même avant la crise sanitaire, j’étais de ceux qui considéraient qu’il était important de réindustrialiser la France. Dès lors que l’on repositionne de l’activité économique et industrielle, il y a forcément de la consommation d’énergie. Ce sont des propos que je tenais déjà à l’époque des différents textes que vous évoquez, mais ils prennent une nouvelle ampleur depuis la pandémie, puisque le plan de relance France 2030 - avant même le conflit entre l’Ukraine et la Russie - ambitionnait de créer sur notre territoire beaucoup de biens que nous importions jusqu’à présent. Effectivement, cela demande des besoins énergétiques. On ne peut pas d’un côté relocaliser et reproduire, sans avoir une colonne vertébrale énergétique qui garantit une sécurité d’approvisionnement, car pour une partie du renouvelable, ce sont des énergies intermittentes qui n’apportent pas cette colonne vertébrale. Lorsque vous n’avez pas de soleil et que le vent est calme, la production éolienne ou photovoltaïque est limitée. Mon propos n’est pas d’opposer le renouvelable aux énergies nucléaires, mais on a vraiment besoin d’avoir une production énergétique pilotable et complémentaire.
Résultat, nous n’avons jamais été dans une situation aussi fragile…
On paye très cher le fait que nous n’ayons rien fait depuis dix ans. On a fermé la centrale de Fessenheim, alors que l’agence de sécurité nucléaire ne nous demandait pas de la fermer, puisque nous l’avons fait pour des raisons politiques, sans corriger le tir. Résultat, nous sommes aujourd’hui dans une grande fragilité et, dans notre rapport, nous soulignons que la France n’a jamais été avec une aussi faible capacité de production d’énergie. D’abord, il y a eu du retard sur les contrôles des centrales nucléaires à cause de la pandémie. Ensuite, on a constaté une corrosion sur une tuyauterie... Cela montre que la France est très en pointe sur la sécurité nucléaire et il fallait donc faire des contrôles approfondis. Dans ce contexte, il y a des réacteurs qui sont à l’arrêt, le temps de faire des vérifications. On paye très cher cette absence d’investissement. On vient seulement de décider de la construction de nouvelles centrales, mais entre le moment où l’on prend la décision et le moment où elles vont vraiment se mettre à produire, il va se passer un peu de temps. Donc, nous rentrons dans une zone de turbulences. Maintenant, avec le conflit entre l’Ukraine et la Russie, nous sommes dans une autre dimension, avec des conséquences très importantes. Il y a une autre remarque que je voulais faire : nous avons quasiment doublé le nombre de jours d’importation d’électricité et, quand on importe de l’électricité, cela veut dire qu’il faut aussi avoir une capacité suffisante de transport de l’électricité pour satisfaire les besoins. On a atteint, au cours du mois de décembre dernier, le maximum de ce que l’on pouvait importer par rapport à notre capacité de transport. Enfin, il y a un autre aspect important, ce sont les prix. Il faut retrouver une certaine indépendance des prix entre le gaz et l’électricité, car cela impacte toutes les familles françaises, mais aussi nos entreprises. Nous sommes vraiment dans une situation de grande fragilité.
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