Faut-il jeter le bébé Casino avec l’eau du bain ?

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 9 mars 2022 (numéro 1.129) : “ Inflation : la grande distribution et ses anciennes amours ”. Bonne lecture !!!

L’angoisse est profonde. Si je n’ai pas eu 50 messages, c’est que j’en ai eu 100 ou peut-être même plutôt 150 (et encore, sur l’Audiotel, plus de 10.000 appels entre vendredi 11h00 et lundi midi, j’avais demandé de ne pas multiplier les questions sur ce dossier). Les actionnaires individuels de Casino sont presque en mode panique, les diverses attaques qui sont intervenues sur le titre lors de micro-avertissements sur le résultat puis lors de la publication des résultats pourtant tout à fait conformes à ce qui avait été annoncé n’ont pas remis leur moral au beau fixe, c’est un euphémisme que de le dire.


Le silence de la direction inquiète.

Par ailleurs, le silence complet de la direction ce n’est pas fait pour les aider. Je rappelle que l’Hebdo Bourse Plus a, dès vendredi dernier, demandé de façon forte une interview à M. Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, ce mercredi matin, aucune réponse n’avait été donnée, la non-réponse, ce n’est pas une solution. Il va donc falloir se contenter de regarder les chiffres en détail, de les expliquer, de les commenter et surtout de ne rien inventer. Depuis 2018, et peut-être même un peu avant, le groupe Casino est sous l’attaque des fonds vendeurs à découvert, car il avait fait un effet de levier particulièrement impressionnant pour sa croissance à l’international (Asie et Amérique du Sud principalement), et française (Franprix, Leader Price principalement), au cours des dernières années, via la dette. La forte déflation dans la distribution alimentaire en France depuis le début des années 2010 a fait que la dette est restée, alors que les marges ont été pincées. Le groupe a commencé à prendre le taureau par les cornes à la fin de l’année 2018, lors de la deuxième attaque, de manière à réduire sa voilure, transformer les hypermarchés non-cédés, et à rentabiliser l’ensemble de ses enseignes, plusieurs centaines de magasins Leader Price non-rentables ont été cédés.


Leader Price a coûté près de 800 millions € en deux ans.

Non-rentables ? C’est un euphémisme que de le dire. L’exploitation des magasins en cours de cession a coûté plus d’un demi-milliard d’euros pour l’exercice 2020 et encore plus de 260 millions d’euros au titre de l’exercice 2021. Cela fait du bien lorsque cela s’arrête ! C’est terminé, le dernier Leader Price vendu est passé sous l’enseigne Aldi au mois de septembre 2021. Désormais, les quelques dizaines de magasins Leader Price qui restent sont reconfigurées, avec un petit format, dans une sorte de magasins très recentrés, avec quelques centaines de références seulement, avec des prix de vente au détail, en demi-gros et en gros.

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