Comprendre la vision gaullienne de la politique étrangère.

LA RENCONTRE DE LA SEMAINE

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jacques Myard : « Nos intérêts ne sont pas les intérêts américains et nos intérêts ne sont pas les intérêts russes. »

Jacques Myard est membre honoraire du Parlement, maire de Maisons-Laffitte, président du Cercle Nation et République, et président de l’Académie du Gaullisme. Il est également conseiller de Valérie Pécresse sur les questions de politique étrangère. Il évoque les tensions entre la Russie et l’Ukraine. Cet entretien a été réalisé quelques heures avant l'annonce par la Russie, mardi 15 février, du retour dans leurs garnisons d’unités déployées à proximité de la frontière ukrainienne. Un premier signe de détente, alors que leur présence laissait craindre depuis des semaines une invasion sur fond de tensions russo-occidentales.


L’Hebdo-Bourseplus : Le gaullisme, c’est la souveraineté nationale et c’est aussi le respect des États. Le général de Gaulle disait que la France reconnaît des États, mais pas des régimes politiques. Ainsi, la France devrait entretenir de bonnes relations avec tous les États, peu importent les régimes politiques, puisque les peuples sont souverains. Êtes-vous d’accord avec cette conception ?

Jacques Myard : Le général de Gaulle disait que la Russie allait boire le communisme comme le buvard boit l’encre. Cela veut dire que les peuples et les Nations sont les fondements mêmes des relations internationales, et les États, qui sont l’incarnation juridique des Nations, sont toujours là pour régler la marche du monde. Au moment où il y a ces tensions sur l’affaire de l’Ukraine, il est évident que la France doit avoir des relations permanentes et soutenues avec la Russie, qui fait partie de l’équilibre européen. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut prendre en compte les dimensions géostratégiques de l’Ukraine, de la Russie, de l’Europe et des États-Unis. On va commencer par les Américains.

J’ai voté contre l’adhésion de la France à l’intégration du comité nucléaire de l’OTAN. Il n’en demeure pas moins que l’OTAN reste une machine américaine. C’est la première organisation politique en Europe : donc, en ralliant l’OTAN, on se met sous la coupe des Américains dans de très nombreux cas. Ce sont eux qui mènent la danse car, après l’échec patent et dramatique de leur présence en Afghanistan, ils veulent retrouver une sorte de primat sur leurs vassaux européens et ils veulent retrouver leur ennemi idéal qu’est la Russie.

Mais il faut aussi reconnaître que l’histoire tragique de certains pays, comme la Pologne ou les pays baltes, les amène à être pro-OTAN à 100 %. Nous avons subi les avatars du pacte germano-soviétique, mais il ne faut pas oublier que la Russie a été l’un de nos alliés de la Deuxième Guerre mondiale, avec 27 millions de morts. Le coût a été élevé pour eux. S’ils n’avaient pas cassé la Wehrmacht, je crains fort que nos amis américains n’aient jamais décollé des plages du Débarquement...

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