Au coeur de l’intelligence.
LITTÉRATURE
Colette Portelance est très connue au Canada. Titulaire d’un doctorat en sciences de l’éducation de l’Université de Montréal et de l’Université de Paris, elle est thérapeute et pédagogue. Elle a publié, au cours de ces dernières années, plusieurs grands succès de librairie, dont certains ont dépassé les 200 000 exemplaires, comme « Relation d’aide et amour de soi », « Les 7 étapes du lâcher-prise » ou « 3 grands secrets pour réussir votre vie amoureuse ».
Dans son dernier ouvrage, elle traite de l’intelligence et des différentes formes d’intelligence : « J’ai fait des recherches là-dessus et l’intelligence, c’est comme l’amour, c’est difficile à définir. Les grands spécialistes n’utilisent pas le même vocabulaire. Pour moi, on peut définir l’intelligence par ces manifestations. Est-ce un don ? Une capacité ? Une faculté ? Si l'on regarde les manifestations de l’intelligence, elles sont infinies. En résumé, je dirai qu’une personne intelligente est une personne qui est capable d’utiliser sa tête et son cœur pour apporter quelque chose aux autres et se réaliser. Celui qui est en haut de la pyramide n’est pas plus important que celui qui est en bas de la pyramide sociale. Chacun a quelque chose de bon à apporter au monde. C’est ma définition de l’intelligence. » Peut-on résumer cela de la manière suivante : chacun doit se demander à quoi il sert sur Terre… Elle ajoute : « Sommes-nous là pour quelque chose ou non ? J’ai la conviction profonde que je ne suis pas sur Terre pour rien. Autrement, à quoi sert ce passage ? Je crois profondément que j’ai quelque chose à apporter, peu importe si c’est simple. Nous ne sommes pas là pour rien. Si l'on n’accepte pas le type d’intelligence de nos enfants, en voulant les orienter vers un domaine qui ne les intéresse pas, c’est dommage, car on leur enlève la passion de la vie et toute créativité. On les empêche d’apporter ce qu’ils ont à donner. »
On apprend que le fait d’être diplômé n'implique pas être intelligent... Certes, tout le monde le sait, toutefois on entend souvent dire : « Il faut lui faire confiance, car il est très diplômé… » Sur ce point, Colette Portelance explique : « Cela ne veut pas dire que cette personne a un type d’intelligence qui lui permettra d’avoir une opinion parfaite sur tous les sujets et de pouvoir tout faire. Il y a plusieurs types d’intelligence. On croit que celui qui a une intelligence rationnelle, parce que c’est celle qui est la plus valorisée actuellement, détient la vérité et qu’il mérite plus notre attention que tous les autres. Il y a des gens qui ont une intelligence pratique, une intelligence intuitive ou sensitive, et malheureusement ces gens n’ont pas suffisamment de crédibilité dans nos sociétés. Pourtant, leur apport est fondamental. » Pourtant, en France, les électeurs se laissent impressionner par des gens très diplômés qui, souvent, les déçoivent et endettent l'État. Or, l'un de nos meilleurs ministres de l'Économie était garagiste : en l'occurrence René Monory… Réponse de Colette Portelance : « Dans les écoles, on valorise beaucoup les gens qui ont des diplômes. Tous ceux qui ont le sens du savoir-faire, dans des situations bien particulières, ne sont pas suffisamment valorisés. On ne va pas assez chercher chez nos dirigeants des gens qui ont ce type d’intelligence et qui pourraient enrichir les opinions. Les décisions sont souvent prises par des gens qui ont des connaissances, mais qui n’ont pas suffisamment trempé sur le terrain. Les diplômes, cela peut être utile, les diplômés ne sont pas inutiles à la société, mais l’erreur serait de croire que ce sont les seuls. Si ces gens ne s’entourent pas de personnes qui ont d’autres types d’intelligence qu’eux, cela manque de concret et d’application pour la vie réelle. On ne peut pas diriger un pays avec des théories. Il faut être dans le bain de la réalité pour aider les gens. »
Finalement, elle explique que tout le monde a sa place sur Terre et qu’il suffit simplement de déceler l’intelligence de chacun, en mettant la bonne personne au bon endroit, avec la bonne formation : « Je viens d’un milieu très modeste. Mon père était agriculteur, il n’était pas instruit, mais c’était un sage. Il m’a beaucoup appris le sens de la relation humaine. Il a souffert de ne pas être instruit et il a passé sa vie à travailler pour nous offrir cette instruction. Mais il répétait que nous ne devions pas nous croire supérieurs aux autres parce que nous étions instruits. Il y a des gens qui ont développé d’autres habiletés et l'on a besoin d’eux. J’ai grandi avec cette croyance profonde. Ce n’est pas parce que j’ai un doctorat que j’étais mieux que les autres, mais je devais écouter les autres personnes qui pouvaient apporter des choses à la société. » En résumé, il y a des gens très modestes qui sont très cultivés et des gens puissants qui sont des idiots : « Ce qui rend quelqu’un idiot, c’est quand il se pense supérieur aux autres. Dès que l’on se croit supérieur aux autres, on ne voit pas l’être humain tel qu’il est, on est au-dessus. On a tous quelque chose à apporter dans notre société. Une cousine de ma mère était trisomique et, quand on est jeune, on ne voit pas cette différence, on prend les gens comme ils sont. Mais cette fille était un vrai bonheur. Elle était chaleureuse, ouverte et heureuse. Ce qu’elle avait à communiquer au monde, c’est l’art d’être heureux dans une grande simplicité. Chacun a quelque chose à nous apprendre. Mon père allait une fois par mois prendre un verre avec les sans-abri. Un jour, je l’ai surpris et j’ai eu honte. Quand je lui en ai parlé, il m’a dit qu’il faisait cela une fois par mois, parce que ces gens sont des êtres humains qui ont une expérience et quelque chose à nous apprendre. Tous les êtres humains ont quelque chose de bon à donner. Il est important de respecter tous les types d’intelligence. Sinon, le monde ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. »
Cela signifie que si un petit Mozart naissait au XXIe siècle dans une famille avec des parents qui rêveraient d’en faire un avocat d’affaires, par exemple, ils le détourneraient du piano et l'on aurait manqué notre grand talent : « Souvent, les parents veulent bien faire, ce n’est pas de la mauvaise intention et tous les parents veulent que leurs enfants réussissent dans la vie. Mais il est important qu’il n’y ait pas une norme commune et il est indispensable de respecter le mouvement intérieur de chacun. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire d’efforts mais, quand on respecte la voix intérieure, cela donne des résultats extraordinaires. On ne peut pas intéresser un enfant en passant par une porte qui n’est pas la sienne. Si vous entrez chez votre voisin par sa fenêtre, il ne vous laissera pas rentrer, il faut passer par sa porte. Et, sa porte, c’est son type d’intelligence et sa façon d’appréhender le monde. Il faut tenir compte de cela. »
Alors évoquons l’actualité. Souvent, les personnes qui ont fait des grandes études ont le sens de la hiérarchie et sont dociles, alors que celles qui n’ont pas fait de grandes études s’interrogent davantage que les autres. Celui qui est vierge dans sa tête, parce qu’il n’est pas influencé par ce qu’il a appris, peut nous emmener dans des territoires inattendus de réflexion. Comment expliquer cela ? Elle indique que « souvent, quand on a fait des études, on part sur un chemin théorique sans se demander si cela convient à ce que l’on ressent. Donc, on suit un chemin qui n’est pas nécessairement le sien, mais qui est celui que l’on nous a appris. Notre chemin n’est pas facile à prendre, parce qu’il n’est pas défriché. Il n’y a qu’un chemin : c’est le nôtre. Si je prends le chemin d’un autre, il est défriché et il est certain que ce n’est pas très créateur. Évidemment, on bouscule les idées reçues, mais notre cerveau a besoin d’être sur un chemin différent de celui qui est tracé par les autres. Il faut arrêter de tout suivre comme des moutons. C’est le danger des études, mais ce n’est pas systématique car il y a aussi des gens qui ont fait de grandes études et qui sont capables de suivre leur chemin intérieur. Le problème, ce n’est pas les études, c’est la mentalité qui consiste à donner plus de valeur aux études qu’au reste, sans accorder suffisamment d’importance à des types d’intelligences qui sont peu valorisées dans le milieu éducatif. » Pour faire un parallèle avec l’actualité, avec la crise sanitaire, depuis deux ans, au fur et à mesure que l'on nous impose ces restrictions et ces injonctions, on nous interdit de poser des questions. Sans être complotiste, il semble quand même que l’on nous invite à ne plus faire preuve d’intelligence en débattant... Pour Colette Portelance, « on nous demande de nous soumettre, sans questionner et sans contester. Au Québec, il faut être vacciné, on doit être dans la soumission… Je ne veux pas m’embarquer dans un discours pour ou contre, ce n’est pas votre question. Ce qui est important, c’est de savoir ce que l’on fait. Si l'on ne peut pas se permettre de ne pas penser comme les autres ou de questionner sur les restrictions sans être puni, il y a un problème, parce que l’on nous met dans une case en nous empêchant d’en sortir. Chez nous, au Québec, les personnes qui sont invitées pour parler de ce sujet sont toujours les mêmes qui défendent les positions officielles. En France, vous avez quand même un débat plus large que chez nous. Au Québec, la personne qui s’interroge sur les règles est bannie des émissions... Il faut suivre sa vérité et son élément intérieur. Peu importe si l'on n’est pas dans la majorité, mais cela ne veut pas dire que l’on n’a pas le droit de penser ce que l’on pense ou de ressentir les choses comme on les ressent. Sinon, on atrophie notre capacité d’intelligence. »
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