Les secrets de la mer.
LITTÉRATURE
Dominique Le Brun est journaliste, Écrivain de Marine et auteur de plusieurs ouvrages sur les grands explorateurs, la littérature maritime et l’histoire de la navigation. Dans son dernier livre, il envisage la mer et les océans à la fois sous l’angle des mythes et des croyances, mais aussi dans leurs dimensions historiques, culturelles et scientifiques. Il aborde la mer et les océans sous l’angle des mythes et des croyances, mais également dans leur contexte historique. Commençons par Moïse qui traverse la mer Rouge et les recherches permettent d’apporter une explication de ce qui aurait pu se passer : « C’est une réalité pour certains, une légende pour les autres... Mais en définitive, la réalité se trouve peut-être à mi-chemin puisque je présente les dernières réflexions sur la question : il se pourrait qu’il y ait eu un phénomène météorologique local qui aurait inspiré cet épisode de la Bible. D’abord, parlons de ce qui ne s’est pas passé : ils ne sont pas arrivés sur une plage à la sortie d’un canyon, en trouvant un chemin entre la mer, ils s’engagent, puis la mer revient et noie les chars de Pharaon… Certains affirmaient que l’on avait même retrouvé des restes de chars. Mais tout cela est une plaisanterie. En réalité, on a observé, sur un bras du Nil, qu’il y avait un phénomène avec du vent qui était capable de repousser la mer de quelques mètres en laissant un passage qui n’existait pas. C’est d’autant plus vraisemblable que c’est un phénomène que nous connaissons sur nos côtes avec les marées et, selon la pression atmosphérique, la mer monte plus ou moins. On se rend bien compte que ce phénomène n’est donc pas miraculeux. »
Remontons plus loin avec l’arche de Noé. Dominique Le Brun nous explique que « c’est dans la Bible que l’on trouve des indications très précises sur l’arche de Noé, avec sa longueur, sa largeur et sa conception. La seule inconnue, c’est l’unité de mesure car on ne sait pas de quelles coudées il s’agit, mais ce sont quelques centimètres. Donc, on a quand même une vision et cela nous permet de comprendre que l’ami Noé nous a construit un bateau magnifique qui était capable d’embarquer beaucoup de choses. Il est vraisemblable que le mythe de l’arche de Noé remonte à bien plus avant que la Bible et qu’il provienne d’autres civilisations, mais c’est une histoire que je trouve absolument merveilleuse. En revanche, l’échouage sur le mont Ararat est une invention qui est venue très longtemps après : quelqu’un a voulu ajouter une précision géographique pour que l’histoire soit plus crédible. En réalité, cela ne figure pas dans le mythe d’origine. »
Dominique Le Brun évoque aussi dans son livre le voyage d’Ulysse qui fascine toujours autant les navigateurs et certains essayent même de le reconstituer : « Nous avons dans le texte des indications d’une précision confondante, notamment la description du port de Bonifacio, que l’on retrouve dans cette histoire invraisemblable, avec ce géant qui ne possède qu’un seul œil, et aussi la grande navigation d’Ulysse qui traverse la Méditerranée avec la constellation de la Grande Ourse sur la gauche. Il décrit très exactement la navigation que l’on ferait si l'on naviguait entre les Baléares et la Grèce. Je me suis amusé à retracer différents scénarios, en considérant diverses vitesses possibles, en analysant les distances et les lieux... Or, cela fonctionne assez bien. » Le voyage d’Ulysse, c’est aussi les premières cartes marines codées : « C’est une théorie que beaucoup défendent et je m’y range assez volontiers. C’est la description des routes maritimes. Il y a toujours eu chez les navigateurs, lorsqu’ils arrivaient quelque part, le souci de pouvoir y retourner, ou que d’autres y aillent, étant entendu que la notion de cartes est une construction intellectuelle qui n’était pas du tout évidente et qui a mis un certain temps à arriver. »
Finalement, le livre est passionnant car l’homme a toujours essayé de naviguer : « Pour se déplacer, aller sur l’eau était souvent la solution la plus simple. Si vous décidez de longer un cours d’eau, vous vous rendez bien compte qu’il est plus facile d’être emporté par le cours de l’eau, que de marcher sur la berge. Donc, on a toujours cherché le moyen de se faire emporter… Sur la mer, c’est différent, c’est plus fascinant, cela a dû se faire plus progressivement. Et, aujourd’hui, on fait le tour du monde comme on veut. Aujourd’hui, on navigue de façon sûre. Mais quand on pense aux Vikings qui effectuaient leur traversée entre la Norvège, l’Islande ou le Groenland, avec toutes les colonisations qui se sont faites, il est évident que pour dix bateaux qui arrivaient, trois ou quatre faisaient naufrage en route. Aujourd’hui, on est dans la sécurité absolue et l'on oublie que la mer est un élément dangereux. »
Continuons avec l’histoire de la mer : les Vikings ont-ils traversé l’Atlantique avant Magellan et Christophe Colomb ? Dominique Le Brun explique qu’il est difficile de comparer la traversée de l’Atlantique Nord et la traversée de l’Atlantique entre le Portugal et les Antilles : « La différence de distance est considérable. Les Vikings disposaient de bateaux exceptionnellement marins, très fatigants à mener et très inconfortables, mais qui permettaient de véritables navigations dans des mers fortes. Je ne dirai pas la même chose des bateaux de Christophe Colomb, qui ont quand même fait la traversée à plusieurs reprises. Il est délicat de répondre à cette question, mais je pense, au fond de moi-même, qu’il était plus simple pour les Vikings de traverser l’Atlantique Nord que, pour Christophe Colomb, de traverser l’Atlantique central. »
Il y a aussi un chapitre passionnant sur la mer libre du pôle, c’est-à-dire le sommet de la Terre : « Au XVIIIe siècle, les plus grands scientifiques étaient d’accord sur cette théorie, qui n’est pas absurde et qui aurait d’ailleurs tendance à se vérifier aujourd’hui avec la disparition de la banquise. L’idée était la suivante : tout en haut de la planète, en été, il ne fait jamais nuit, le soleil brille tout le temps. Par conséquent, il peut faire fondre la glace. Ensuite, la glace qu’il y a sur la banquise empêche la navigation. Mais si l'on passe au-delà de la banquise, on tombe sur une mer libre de glace, que l’on appelle la mer libre du pôle. Et si l'on veut se rendre en Chine directement, il suffit de passer la barrière de glace, de traverser cette mer où il n’y a pas le moindre iceberg et de retrouver un passage pour arriver en Chine. C’est facile à dire, mais dans la réalité il y a eu un certain nombre de naufrages. »
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