Greta a tué Einstein : la science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Docteur en histoire des sciences et technologies, Jean-Paul Oury est consultant et auteur de « La querelle des OGM » (PUF, 2006), « Manifester des Alter-Libéraux » (Michalon, 2007) et « OGM Moi non plus », (Business Éditions, 2009). Nous évoquons cette semaine avec lui son livre intitulé « Greta a tué Einstein ». Il aborde ce totalitarisme mou, teinté d’anticapitalisme de combat, qui est érigé en système de pensée politique et morale au mépris des fondements de la raison cartésienne et il est évident que cela fera certainement l’objet d’un clivage au cours de la campagne électorale : « L’actualité est à la politique scientifique, c’est un débat qui animera toute la campagne électorale, mais j’évoque cette dystopie dans laquelle l’alternative gauche droite serait remplacée par une opposition entre Gretatistes (disciples de Greta Thunberg et amateurs de décroissance) et Pinkeriens (disciples de Steven Pinker, donc ceux qui croient encore à la science capable de repousser les limites). Ces derniers ne sont pas pour autant contre la nature, comme certains tentent de l’affirmer au sein de l’écologie politique. C’est un débat qui a le vent en poupe. Quand j’ai écrit « La querelle des OGM », en 2006, on était quelques-uns, on devait raser les murs, on essayait de défendre le sujet, mais aujourd’hui de plus en plus de gens se mettent dans la bataille. L’écologie politique a des longueurs d’avance puisque le problème de la science prométhéenne, c’est que ces promoteurs ont mis longtemps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un vrai sujet de politique scientifique. Ils ont cru pendant longtemps que le progrès s’imposait comme allant de soi, sans possibilité d’en discuter ou d’aller le présenter à l’opinion. C’est un peu leur tort, ils s’aperçoivent qu’il faut aujourd’hui montrer patte verte et défendre la technologie en montrant qu’elle est bien compatible avec les problématiques environnementales. Pour revenir à l’idée originale, il faut prendre conscience d’un changement de paradigme que j’ai essayé de symboliser par un message fort : « Greta a tué Einstein ». C'est assez provocateur, mais il ne s’agit pas de faire du Greta bashing, c’est une adolescente, je n’ai pas l’intention de la critiquer ou de la conspuer… »

Du bio à la voiture électrique en passant par le nucléaire ou les OGM, l’auteur démonte méthodiquement le corpus des poncifs écologistes les plus clivants et les plus extrêmes, dans l’espoir de nous réconcilier avec la science et de nous faire retrouver la foi dans le progrès technique. Jean-Paul Oury met en opposition ces deux mondes en expliquant que nous sommes dans un processus de manipulation de l’opinion où l'on exagère les risques potentiels, on fait peur et chacun exploite cette mine d’or psychologique auprès de son électorat : « En 1999, Time Magazine a mis Albert Einstein à la une en disant que c’était le personnage du XXe siècle, on faisait donc confiance encore à la science prométhéenne et, 20 ans plus tard, on retrouve Greta comme personnage de l’année. Pourtant, son premier acte de gloire était d’avoir appelé à la grève des cours, c’est-à-dire refuser notre civilisation contemporaine, la science, la technologie et le transfert des connaissances. C’est en quelque sorte le point d’orgue d’un mouvement qui a commencé 40 ans plus tôt et qui a consisté à diaboliser la science. On a rendu tabou le fait de manipuler le génome, de fissionner l’atome, de répandre de la chimie de synthèse ou de diffuser des ondes… Tout cela vient de loin, c’est la tectonique des plaques, on veut faire peur. Il y a une approche systématique des O.N.G. pour diaboliser la science, avec deux principes récurrents qui reviennent à chaque fois, c’est l’agit-prop pour transformer un risque potentiel en danger imminent, mais c’est aussi l’utilisation du principe de précaution pour poser une question scientifique ou non. En 1996, personne ne parlait encore des OGM, l’opinion publique ignorait totalement ce que cela signifiait, mais les militants de Greenpeace se sont enchaînés dans le port d’Anvers en faisant venir des journalistes. C’était à l’occasion de l’arrivage du premier cargo de soja génétiquement modifié en provenance des USA, à l’époque la France était deuxième dans la compétition, mais personne ne parlait de ce sujet. Un journaliste a titré « Alerte au soja fou » et c’était le début de la querelle des OGM et de la contestation sur les organismes génétiquement modifiés. Le parallèle entre les OGM et la vache folle, qui était une vraie crise, a déclenché un incendie qui ne s’est jamais éteint, parce que les consommateurs sont toujours persuadés d’avoir des OGM dans leur assiette, ce qui est faux, puisque c’est uniquement de l’alimentation animale, et ils pensent que les OGM sont dangereux pour la santé, alors qu’un OGM n’a jamais provoqué un seul rhume et que c’est une technologie répandue partout dans le monde et qui profite aux agriculteurs les plus pauvres. Les O.N.G. ont réussi à transformer un risque potentiel en danger imminent par une simple opération d’agit-prop. Ensuite, toujours pour dénigrer la science, on a posé une question non scientifique à des scientifiques. » Finalement, par le biais du principe de précaution et de son application absolue, on va toujours dire que, comme on ne peut pas démontrer le risque zéro, la technologie n’est pas bonne.

Jean-Paul Oury souligne que l’on pourrait appliquer ce raisonnement dans tous les domaines : « Y compris au bio, mais on l’applique quand ça nous arrange, cela dépend de l’O.N.G finalement. Si l’O.N.G. est antinucléaire, elle va dire qu’il est impossible de démontrer que le scénario d’enfouissement des déchets sera sans risques d’ici à 2000 ans, si le scientifique répond, on lui rétorquera qu’il ne pourra pas le démontrer à 100 000 ans… Pourtant, on sait que l’on a de l’uranium radioactif à l’état naturel dans la nature. Il s’agit toujours de poser une question non scientifique à un scientifique, en exigeant de sa part qu’il démontre le risque zéro, ce qui n’est pas possible, c’est comme démontrer l’existence de Dieu. Ce sont deux stratégies à l’œuvre, mais c’est ainsi que l’on a réussi à décrédibiliser la science prométhéenne en lui faisant perdre la confiance du public. Pendant ce temps, on a introduit de nouvelles solutions « Made in nature » en nous faisant croire que si la nature parlait, elle préférerait les éoliennes ou l’énergie solaire. Aujourd’hui, tout doit être plus vert que vert. Je peux prendre d’autres exemples avec différents secteurs, comme le bio, et, une fois que l’on a labellisé toutes ces solutions, on oublie de se poser des questions et on oublie surtout de voir que ces solutions génèrent elles-mêmes des externalités négatives. Par exemple, une pousse de soja bio dans une ferme allemande a fait plus de 54 morts et cela a fait la une des journaux pendant deux jours. Mais ensuite l’information a disparu, parce qu’au début on croyait que c’était des concombres venus de l’agriculture industrielle espagnole. On s’est rendu compte que c’était du bio, que c’était une erreur dans la production de la chaîne alimentaire, et on n’a pas voulu faire de polémique. Tout cela pour dire que le bio peut effectivement produire des poisons et qu’il devrait être lui aussi soumis au principe de précaution. Mais on ne se pose pas la question, parce que c’est du bio. »

La situation peut-elle changer, avec de plus en plus de jeunes qui s’informent différemment ? Pour Jean-Paul Oury, « la situation est complexe, parce que ce qui émerge actuellement chez les jeunes, c’est tout le mouvement woke, avec le refus du débat, parce que maintenant tout le monde se sent offensé dès que l’on est face à un adversaire qui n’est pas d’accord. Effectivement, les vieux politiques ringards sont sans doute responsables d’avoir manié la langue de bois pendant des années, cela a forcément des conséquences, mais les jeunes qui s’engagent le font souvent avec passion. Il ne faudrait pas que cela obère leur capacité à débattre de manière posée. Il faut être d’accord sur les faits pour échanger, mais bientôt les faits seront aussi une question d’opinion, c’est un risque pour la liberté d’expression. » Il y a une leçon à retenir de cet ouvrage : pour que la confiance en la science revienne, il faut appliquer à toutes les innovations scientifiques et techniques, le label made in Nature puisque ce label, employé par le marketing vert, rassure l’opinion et qu’en l’occurrence il est pertinent.

« Greta a tué Einstein : la science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme. » de Jean-Paul Oury est publié chez VA Press.

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