Quelles perspectives pour le marché de l’immobilier en France ?
LA VIE DE L’IMMOBILIER
Didier Kling, président de la CCI de Paris – île de France et de la Chambre Nationale des Conseils et Experts financiers : « On est sans doute allé un peu trop loin sur les procédures administratives et cela décourage beaucoup d’acteurs. »
Didier Kling estime que si l’immobilier patrimonial reste une classe d’actifs appréciée des investisseurs, il n’en connaît pas moins une évolution notable, mais aussi des épisodes conjoncturels contrastés : « Les professionnels et les experts financiers que nous sommes, observons beaucoup d’injonctions contradictoires pour parvenir à satisfaire aux exigences de notre époque. Tout d’abord, l’immobilier dans son ensemble, n’est plus pensé sur le moyen/long terme ; ce qui en affecte sa stabilité. Il en est de même pour la législation du secteur où le PTZ + et le dispositif Pinel ont fait naître de nombreuses inquiétudes. Ajoutons à cela que nous, experts en immobilier patrimonial, avons vu les honoraires plafonnés. Enfin, le logement en France est morcelé dans plusieurs ministères même s’il relève d’un ministère de tutelle, ce qui rend parfois l’efficacité des politiques publiques discutable. Sans oublier le débat ouvert par la ministre, qui a remis en cause l’habitat individuel, pourtant largement plébiscité par les Français. »
Selon Didier Kling, « il est temps de remettre à plat la politique de l’Immobilier pour renouer avec la croissance et répondre aux défis des années à venir. Donc de penser à nouveau sur le long terme et d’inscrire des dispositifs incitatifs dans la durée. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’une dynamique européenne et française existe. On le voit notamment dans le résidentiel où les rendements défensifs affichent une moyenne de 8 % par an depuis 2008 et attirent les investisseurs comme vient de le révéler le rapport du spécialiste du real estate AEW début novembre. Dotée d’une faible volatilité, cette typologie d’actif fait désormais office d’investissement obligataire par ses revenus prévisibles et stables. »
Par ailleurs, poursuit-il, « pour investir, il faut croire en l’avenir, ce qui suppose après les temps troublés que nous venons de vivre, un vrai regain de confiance vis-à-vis du pouvoir politique. Mais il faut également que les conditions soient réunies. En effet, la remontée des taux d’intérêt est à surveiller. Elle affecterait la valeur des actifs si elle venait à se prolonger. Ensuite, il faut que les établissements bancaires favorisent les projets ; ce qui est conjoncturellement très variable en ce moment. De nombreux dossiers sont en effet soumis à un apport personnel beaucoup plus important qu’avant la crise sanitaire. L’épargne de précaution placée durant les confinements successifs et la nécessité de maintenir une politique monétaire la plus souple possible l’expliquent en partie. La campagne présidentielle en France ne pourra faire l’économie de ces débats. » Didier Kling est président de la CCI Paris-Ile-de-France, président de la Chambre nationale des Conseils et Experts financiers (CNCEF) depuis 2004 et commissaire au compte Expert près la Cour d’appel de Paris depuis 1983, agréé par la Cour de cassation depuis 1999. Il est également membre du collège du Haut Conseil du Commissariat aux Comptes depuis 2003.
L’Hebdo-Bourseplus : Quel bilan faites-vous du quinquennat Macron dans le domaine de l’immobilier ?
Didier Kling : Le quinquennat a démarré avec la suppression de l’ISF et l’instauration de l’IFI. Nous avons fait valoir que l’immobilier est un secteur économique comme les autres. Cette décision traduisait l’idée que l’immobilier est une rente. Mais ce n’est pas une rente : c’est un actif économique qui fait travailler des entreprises, qui fait l’objet de rotation dans les patrimoines. Donc, je pense que c’était un départ qui a été mal interprété par le secteur de l’immobilier. Sur la durée, notre pays se trouve dans une situation un peu particulière. Nous avons des besoins importants en matière de logement, mais pas seulement, il y a aussi les bureaux et les entrepôts. C’est un secteur qui est très aidé, pour autant l’immobilier n’a pas eu le sort qu’il méritait. Le secteur du logement a également été handicapé par les élections et l'on sait bien qu’il y a nécessairement un freinage en période électorale.
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