Renault : l’horizon 2025 est encore loin.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 10 décembre 2021 (numéro 1.116) : “France : les défis d’une économie chancelante ”. Bonne lecture !!!

Cela fait désormais deux ans que Renault ne distribue plus de dividende. Pour survivre, le groupe au losange a été dans l’obligation de quémander un Prêt avec garantie de l’Etat (PGE) pour 5 milliards d’euros, ce qui n’est quand même pas une somme négligeable. Parmi les conditions, pour accorder le prêt, qui a été tiré, contrairement à ce qui fut annoncé à l’origine (Renault avait prétendu qu’il s’agissait d’une précaution), le groupe s’était engagé à participer à la coentreprise « Airbus des batteries », qui réunissait PSA et Total-Saft. Faute de Renault, la coentreprise des batteries a décidé de faire entrer Daimler, qui avait besoin d’un meilleur ancrage européen face à ces fournisseurs chinois, qui créaient une dépendance pour la fourniture de batteries assez désagréable.


Les modèles qui sortent, c’est encore du Ghosn.


Cela fait désormais près d’un an et demi que Luca de Meo, venu de chez Volkswagen (où il dirigeait la marque Seat), est devenu le directeur général de Renault. Il a donc eu le temps de visiter toutes les usines, de prendre des décisions, de mettre à la poubelle tout un tas de projets de voitures, et de modifier à la marge un certain nombre de renouvellements qui étaient déjà très avancés. Pour ce qui concerne la Megane électrique, alias Megane E-Tech, il n’a rien fait, puisqu’il s’agit d’un dérivé Renault du Nissan Aryia, et les deux modèles sortiront à peu près au même moment, alors que normalement, le Nissan Aryia était censé être commercialisé dès le mois de juillet 2021. Décisions de Carlos Ghosn prises en 2016. Luca de Meo n’a rien pu faire non plus en ce qui concerne le dossier important du renouvellement du Kangoo, la précédente version se vendait toujours très bien lorsqu’elle a été arrêtée, et il est trop tôt pour dire si le nouveau modèle est un succès, il a beaucoup innové grâce à son ouverture latérale gigantesque, basé sur la plate-forme de l’actuel Scenic, il est monté en gamme et donc en prix.


VUL : un vrai succès durable.

Ce qui est bien, c’est que Mercedes a signé pour une deuxième mouture du Citan, avec plusieurs versions qui seront réalisées, pour les particuliers comme pour les professionnels, dans l’usine de Maubeuge, qui était déjà la plus productive du groupe Renault en France. A partir du Citan et du Citan Tourer (ce dernier ne sera pas vendu en France), il sera dérivé une future Classe T et un véhicule électrique EQT, sorte de ludospace luxueux sous le blason à l’étoile. La précédente génération de Citan n’a rien coûté à Mercedes, et la marque a réussi à en vendre entre 2.000 et 3.500 par mois, ce qui était toujours une charge significative pour Renault. A la place de l’Evalia et du NV200, Nissan fait fabriquer son futur utilitaire léger chez Renault à Maubeuge, il s’appelle le NV250, là encore, cela fera davantage de volumes, le sort de l’usine de Maubeuge est réglé : avec trois marques, les capacités de production vont être saturées pendant encore une dizaine d’années, sinon davantage. La première version électrique du Kangoo n’a pas démérité, avec entre 7.000 et 10.000 unités vendues chaque année. Maintenant, il faudra passer à l’échelle supérieure, puisque de toute façon, chez Renault, les utilitaires restent une grande priorité, le Trafic, le Master et le Kangoo apportent plusieurs centaines de milliers d’unités chaque année et des belles marges, que l’on peut estimer entre 8 et 12 % du CA, selon l’ancienneté des modèles concernés.

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