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Le gouvernement abandonne-t-il le monde rural ?
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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Anne-Laure Blin, députée LR du Maine-et-Loire : « On a un peu le sentiment d’être des citoyens de seconde zone. »
Elle incarne la génération prometteuse des politiques de demain, Anne-Laure Blin, 38 ans, est députée du Maine-et-Loire. Elle a récemment dénoncé l’abandon des communes rurales : « Malgré les beaux discours, force est de constater que nous, les élus ruraux – oui, je dis bien les élus ruraux, car les difficultés sont très différentes dans les grandes agglomérations – sommes devenus des dommages collatéraux ». Anne-Laure Blin reproche au gouvernement d’asphyxier financièrement les communes à travers les baisses de dotations, la perte d’autonomie des collectivités et la recentralisation de leurs compétences. Elle dénonce aussi la non-artificialisation des sols : « Bon nombre de nos concitoyens ayant compris qu’il faisait bon vivre chez nous, à la campagne, nos villages ne peuvent plus augmenter leurs capacités d’accueil. » En s’adressant au Premier ministre, lors des questions au gouvernement le 16 novembre dernier, elle a déclaré : « Nos villages sont le poumon de la démocratie, mais vos actes inquiètent. Je vous le dis avec d’autant plus de force que, tout à l’heure encore, je consacrais toute mon énergie pour que les lignes téléphoniques soient rétablies dans un petit village de Maine-et-Loire, après un mois de coupure ! Cela ne se produirait évidemment pas à Paris ! Nos villages, les citoyens et les élus ont besoin de vous à leurs côtés pour les protéger et préserver leur cadre de vie. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone, contraints de subir le centralisme parisien et sa méconnaissance des réalités de terrain ! »
L’Hebdo-Bourseplus : Les maires ruraux déplorent de plus en plus de ne pas être écoutés. Quelle situation observez-vous ?
Anne-Laure Blin : On cumule beaucoup d’efforts dans les zones très denses et, malheureusement, on oublie un petit peu trop souvent les campagnes, c’est ce que j’ai rappelé au Premier ministre la semaine dernière. La situation est telle que les communes qui ont dû se réorganiser avec la mise en place des intercommunalités pour maintenir des services sont obligées maintenant d’investir, alors qu’à la ville les investissements ne sont pas identiques. Je pense par exemple aux Maisons France services, c’est une volonté du gouvernement, alors qu’en ville un point de contact de la CAF ou des impôts est assez facile. Or, à la campagne, les élus doivent mettre en œuvre une énergie immense pour avoir des locaux qui accueillent ces établissements de manière à avoir une proximité qui soit garantie. Les Maisons France services constituent un vrai avantage pour la ruralité, mais malheureusement les communes n’ont pas suffisamment de visibilité pour nous assurer que ce sera encore le cas dans quelques années. Aujourd’hui, on a un peu le sentiment d’être des citoyens de seconde zone, alors que nous sommes des Français comme tous les autres. Nous payons les mêmes impôts et les charges fiscales sont identiques. Cependant, les services sont moindres.
La campagne n'est-elle pas finalement détestée par les bobos gauchistes parce qu'elle incarne la famille, la tradition, la maison individuelle et la liberté ?
Je ne vais pas vous dire le contraire, c'est un peu le sentiment que l’on peut avoir. Les grands penseurs des métropoles viennent expliquer comment les choses se passent à la campagne, alors qu’ils n’y vivent pas. Ils veulent importer leur modèle urbain à la campagne, alors que l’on est attaché à un bien-être de vie, avec nos traditions, nos coqs qui chantent, nos clochers qui résonnent et nous en sommes fiers. Aujourd’hui, pour maintenir ce cadre de vie c’est compliqué.