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Un conseiller de Gorbatchev raconte l’effondrement de l’URSS depuis le Kremlin.
LA RENCONTRE DE LA SEMAINE
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Christian Mégrelis : « Ces gens du Komsomol qui ont pris le contrôle d’entreprises exportatrices se sont retrouvés à la tête d’entités qui produisaient des dollars. »
Mikhaïl Gorbatchev s’était entouré d’un seul étranger pour le conseiller : le Français Christian Mégrelis, qui était en charge des questions économiques dans le cadre de la perestroïka. Christian Mégrelis avait un bureau au Kremlin et il a vécu en direct l’effondrement de l’URSS lors du coup d’État d’août 1991. À l’occasion des 30 ans de la fin de l’URSS, symbolisée par la démission de Mikhaïl Gorbatchev le 25 décembre 1991, Christian Mégrelis témoigne pour la première fois de ce qu’il a vécu à l’intérieur du cercle rapproché de l’un des hommes qui ont bouleversé la fin du XXe siècle. Christian Mégrelis, X, HEC, Sciences Po, est chef d’entreprise, essayiste et écrivain. Après quelques années au ministère de la Défense, il s’est orienté vers les marchés internationaux en 1970 et son groupe est installé en Russie depuis 1989. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages publiés aux États-Unis, en France et en Asie sur la géopolitique, les relations internationales et le christianisme. « Le naufrage de l’Union soviétique : choses vues », de Christian Mégrelis, est publié chez Transcontinentale d’édition.
L’Hebdo-Bourseplus : Les plus jeunes résument la chute de l’Union soviétique à l’effondrement du Mur de Berlin en 1989, or il convient de préciser que c’est intervenu deux ans plus tard…
Christian Mégrelis : La chute du Mur de Berlin, c’est une chose, la chute de l’Union soviétique c’est quelque chose de différent. Il y a deux ans d’écart. C’est Mikhaïl Gorbatchev qui a accepté qu’on laisse casser le Mur, parce qu’il aurait pu répliquer avec des mitrailleuses, mais les choses se sont bien passées. D’ailleurs, toute cette révolution s’est passée sans victimes et, dans l’histoire de l’humanité, il n’y a pas d’autre exemple d’empire qui se soit effondré sans faire un seul mort. L’URSS s’est effondrée, il n’y a pas eu un seul mort. L’armée n’a pas pris les armes, il n’y a pas eu de guerre civile... Cette révolution s’est faite par consensus.
L’objectif de Mikhaïl Gorbatchev était-il d'effectuer une transition en douceur pour amener tous ces pays vers l’économie de marché ?
L’objectif était d’arrêter la mainmise du Parti communiste sur ces pays. Il connaissait bien de l’intérieur le système communiste, on le voit d’ailleurs aujourd’hui en Chine, il savait très bien que c’était la mainmise d’une centaine de familles sur le pays. Cela ne pouvait pas durer. C’était une petite oligarchie et il avait compris que l’on ne pouvait pas maintenir un grand pays du XXe siècle, et du XXIe siècle, avec un système pareil. Gorbatchev était acquis à l’idée de la démocratie. Son objectif était de progresser lentement, mais sûrement, vers un système démocratique. Il se rendait compte de l’inefficacité de l’économie soviétique et il voulait que cette économie se transforme en économie privée, y compris en faisant appel à des entreprises étrangères dans les domaines où les technologies étaient insuffisantes en URSS. L’objectif n’était pas de dissoudre l’URSS : pour Gorbatchev, l’URSS était un empire qui avait des siècles devant lui et il n’y avait aucune raison de dissoudre l’URSS. Il avait donné l’indépendance aux satellites, comme les Hongrois ou les Polonais mais, pour ce qui était le cœur de l’URSS, c’est-à-dire les grandes républiques d’Asie centrale, cette zone devait rester unie.
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