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Vivendi : la bascule vers Bolloré.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 3 décembre 2021 (numéro 1.115) : “Renault : l’horizon 2025 est encore loin ”. Bonne lecture !!!
En théorie, et cela fut annoncé il y a déjà pas mal d’années, Vincent Bolloré aura quitté les fonctions opérationnelles dans son groupe, au profit de la nouvelle génération, à la fin du mois de février 2022, pour le bicentenaire du groupe éponyme, bâti à partir des anciennes papeteries de l’Odet. Si je dis « en théorie », c’est tout simplement parce que le breton têtu (cf ses batteries, confiées à sa fille Marie) a énormément de projets en cours, et s’implique vraiment personnellement dans les négociations qu’il mène. Vincent Bolloré, c’est un Breton qui aime la région de Saint-Tropez… et, pour asseoir la tranquillité et celle de ses enfants, a été capable de devenir viticulteur, en achetant les centaines d’hectares de vignoble fabriquant un excellent rosé au demeurant qui pouvaient entourer ses terrains. Il n’était pas question que quiconque puisse avoir un jour une vue sur son chez lui.
Saint Bernard et Saint Vincent ne discutent pas de vins...
Très récemment, Vincent Bolloré a rencontré le géant de la fortune française, le fameux « Saint Bernard ». Il n’était pas question de discuter du partage des dépouilles du groupe Lagardère, c’est plié, et depuis longtemps désormais, le changement de statut de Lagardère, basculant de société en commandite par actions vers une société anonyme a entériné l’actuel rapport de force. Chez Lagardère, c’est Vivendi qui a gagné, et la traduction juridique de cet état de fait n’est qu’une question de semaines ou de mois, selon les délais pris par les différentes autorités pour tamponner le rachat des parts d’Amber Capital puis le lancement d’une offre publique sur le solde du capital, Bernard Arnault sortant au passage. Bien évidemment, Financière Agache, de Bernard Arnault sortira en n’ayant récupéré aucun trophée dans l’affaire Lagardère. Celles et ceux qui ont suggéré le contraire se sont fourvoyés ou ont tenté d’intoxiquer leur lectorat, leur auditoire. Entre quatre yeux, Vincent Bolloré et Bernard Arnault ont parlé, non pas de Lagardère, mais d’une autre famille célèbre de l’armement : les Dassault.
La Figaro ne vaut pas une guerre.
Le groupe de Bernard Arnault est, de loin, le premier annonceur du Figaro, quotidien qui est de façon informelle mis en vente par la famille Dassault depuis le décès accidentel d’Olivier Dassault. Il y a clairement deux candidats potentiels pour le rachat du Figaro, le groupe Vivendi en a les moyens, mais le groupe de Bernard Arnault, de longue date, fait les yeux doux au quotidien presque bicentenaire, très influent dans le monde politico-économique français. La galaxie de Bernard Arnault comptant déjà plusieurs quotidiens (Le Parisien, Aujourd’hui en France, L’Opinion, L’Agefi, Les Echos…), pour pouvoir faire une offre, sans être bloqué par les différentes autorités anticoncentration, Bernard Arnault doit sortir du groupe Le Parisien, et trouver un «â€ˆgogo acheteur » qui accepte de récupérer ce qui fut une très mauvaise affaire (plus de 400 millions d’euros de pertes cumulées au fur et à mesure des années depuis l’acquisition du Parisien par le groupe LVMH). Avec juste le quotidien gratuit CNews, qui est distribué à environ un demi-million d’exemplaires chaque jour, Vivendi n’est pas vraiment concerné par la politique anticoncentration et peut négocier sans souci avec la famille Dassault.