Psychologie du sentiment amoureux et de la séduction : Ce que la science en dit.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Philippe Dylewski a une formation de psychologue. Il a commencé sa carrière dans les ressources humaines, avant de se réorienter vers la recherche de personnes disparues. Il a publié son premier livre chez l’Express en 2009, avant de paraître chez Fayard et les Éditions du Nouveau Monde. Aujourd’hui, il se consacre entièrement à l’écriture. « Psychologie du sentiment amoureux » est le premier titre d’une collection consacrée à « ce que la science en dit ». Une démarche intéressante, car Philippe Dylewski ne se positionne pas comme un gourou en séduction, un coach ou un psy, mais comme un enquêteur qui a épluché des dizaines de rapports sur ce sujet et qui en a fait une synthèse : « Je ne suis pas chercheur, mais le sentiment amoureux est un sujet qui nous passionne tous. On est toujours curieux, jusqu’à notre dernier souffle, de savoir comment cela fonctionne. J’ai donc voulu faire une compilation qui soit accessible à tout le monde. C’est une manière de faire de la vulgarisation scientifique. »

Il y a des évidences, comme le fait de cultiver la rareté, ou se trouver des points communs. Tout le monde a déjà lu cela, y compris dans la littérature classique, mais on a tendance à l’oublier : « Mon livre est un condensé de psychologie sociale et l'on doit obligatoirement évoquer la différence entre la pensée et l’action. Tout le monde sait qu’il faut écouter, tout le monde sait que plus les gens se ressemblent, plus ils vont s’apprécier, mais cela reste au niveau intellectuel. Quand il faut mettre cela en action, si vous n’avez pas la motivation ou l’entraînement qui va avec, les gens ne le font pas. De la même manière, 100 % des vendeurs savent qu’ils doivent écouter leurs clients, mais ils ne sont pas 100 % à écouter leurs clients... » Contrairement aux idées reçues, les femmes ont beaucoup de points communs avec les hommes, notamment sur l’attrait de la nouveauté et le culte du danger : « Il se passe quelque chose au moment où l’on frôle le danger ensemble et ce quelque chose est interprété comme une vibration amoureuse, mais ce n’est qu’une interprétation de notre cerveau. D’ailleurs, on voit très bien dans les films que les hommes et les femmes traversent toujours des épreuves avant de s’embrasser follement. Les femmes aiment la nouveauté mais, socialement, elles sont cadenassées à ne pas pouvoir l’avouer. Finalement, au XXIe siècle, il n’y a pas eu de grands changements sur le rôle des hommes et des femmes et les différences de genre. »

Peut-on apprendre à faire tomber quelqu’un amoureux de vous en utilisant quelques techniques ? Pour Philippe Dylewski, « ce serait la version extrême. J’ai lu des études sur les écoles de drague, qui existent principalement aux États-Unis, et les résultats m’ont surpris car je ne suis pas du tout en accord avec ces écoles. Des gars qui sont complètement introvertis, qui n’arrivent pas à aborder une femme, développent des compétences sociales. Je ne sais pas si ces gens deviennent des grands séducteurs, mais il est certain que cela modifie complètement leurs comportements sociaux, pas seulement dans leurs relations avec les femmes, mais aussi dans leur vie quotidienne. Maintenant, ces écoles ont une vision de la femme que je ne partage pas. À ma grande surprise, il y a quand même une efficacité… » Cependant, « en matière de séduction, si vous êtes intelligent, beau, drôle et riche, cela aide beaucoup. Si vous êtes gros, laid et dépourvu d’humour, la vie sera plus compliquée. Les femmes ont tendance à dire qu’elles ne s’intéressent pas au physique, mais toutes les recherches montrent que c’est faux : elles s’intéressent au physique autant que les hommes, la seule différence c’est que cela ne suffit pas. Nous sommes au XXIe siècle dans un cadre où la majorité des femmes s’intéressent à la perspective qu’elles pourront avoir avec une personne. La sécurité est un facteur qui reste clé. Chez les hommes, c’est différent, ce n’est pas du tout multifactoriel et toutes les études indiquent que l’unique chose qui compte au démarrage, c’est le physique. Il n’y a rien d’autre. Ce qui m’a le plus surpris dans mon enquête, c’est que les choses n’ont pas vraiment changé depuis les trois cents dernières années. On est dans les mêmes préjugés, une femme qui s’habille trop sexy est mal perçue, on entend des commentaires sur sa personnalité, on demande aux femmes de ne pas avoir trop d’aventures... D’ailleurs, cela m’a choqué en écrivant le livre. Les hommes continuent à dire qu’ils ont plus de succès auprès des femmes que l’inverse, parce que les femmes ne veulent pas dire qu’elles ont connu beaucoup d’hommes, car c’est mal vu. Les femmes disent qu’elles ne s’intéressent pas au physique, mais ce n’est pas vrai et, finalement, les relations entre les hommes et les femmes n’ont pas vraiment changé. À ma grande surprise, les préjugés évoluent peu, c’est très lent. »

Au cinéma, il y a souvent le cliché de la businesswoman qui, du jour au lendemain, plaque tout pour partir avec un guitariste qui n’a pas un rond… Mais la réalité est différente : « Statistiquement, les femmes d’une quarantaine d’années qui ont réussi dans la vie vont tout simplement sortir avec des hommes beaucoup plus âgés qu’elles. Je vais recevoir des pierres en disant cela… Le marché de la séduction n’est pas équilibré. Le top niveau de la séduction, pour une femme, c’est entre 18 et 25 ans, alors que pour un homme cela se situe entre 40 et 50 ans. Cela veut dire que les femmes très séduisantes, très indépendantes financièrement, d’une quarantaine d’années, sont dans un créneau horrible parce que les hommes de leur niveau qui ont réussi iront avec une femme plus jeune... Heureusement, vous avez des millions de femmes de 40, 50 ou 60 ans qui retrouvent l’amour, mais elles constatent que c’est plus compliqué que lorsqu'elles avaient 25 ans, alors que pour les hommes c’est l’inverse.

D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, on constate que plus les femmes avancent en âge, plus elles sont proactives en matière de séduction, alors qu’il est plus rare que les plus jeunes envoient des messages spontanément à des hommes. La situation s’inverse avec l’âge et, si l'on compare le nombre de célibataires à 75 ans, vous voyez que c’est toujours en faveur des hommes, alors que cela ne l’est pas entre 25 et 30 ans. » Cependant, le cliché du cadre de 40 ans qui part avec sa secrétaire de 25 ans est plus réel : « Ce n’est pas un cliché, c’est plus la réalité, parce que les hommes, pour des raisons biologiques, historiques et évolutionnistes sont moins préoccupés par leur futur confort. Une femme doit se préoccuper d’elle-même et de sa progéniture, donc le confort matériel est un impératif, non pas seulement pour elle, mais aussi pour ses enfants. À l’inverse, un homme est plus préoccupé par lui-même et il est capable de plaquer son boulot pour partir avec quelqu’un d’autre. »

De nombreuses études évoquent aussi la nécessité du sentiment de rareté pour être séduisant : « L’effet de rareté n’a rien à voir avec le fait de se laisser désirer ou non. Je vais vous donner l'aspect comique de l’effet de rareté. On a évalué le niveau de séduction des femmes présentes dans un bar vis-à-vis d’une vingtaine d’hommes. On a demandé aux hommes d’évaluer le niveau de séduction des femmes vers minuit et on a pu constater que le niveau de séduction augmentait au fur et à mesure que l’heure avançait. On a d’abord pensé que c’était l’effet de l’alcool… En réalité, c’est l’effet de rareté : plus l’heure avance, moins il y a de femmes ou d’hommes disponibles, plus ils semblent séduisants. C’est donc une modification de la perception qui n’est pas liée à la consommation d’alcool ou de drogue. C’est la même chose avec une boîte de chocolats et, moins il y a de chocolats dans une boîte, plus les gens vont avoir tendance à dire qu’ils sont bons. »

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