Dis Mamie, c’était comment avant ?
LITTÉRATURE
Dans cette chronique, nous évoquons rarement des fictions, mais cette fois-ci le sujet est vraiment original et d’actualité… Lili Taix a travaillé au ministère de l’Intérieur et elle est actuellement DRH dans une collectivité locale. Elle publie un roman chaque année. Son livre, « La Flamme des Justes » connaît toujours un vif succès. Elle revient sur le devant de la scène avec son premier ouvrage de science-fiction : « Nous sommes en 2070 après Jésus Christ, sous le règne de Micron III, après qu’un virus mortel a contribué à l’anéantissement de la planète Terre. Des barbares, venus de nulle part, attaquent les ruines des villes pour violer les femmes et s’approprier les réserves d’eau ainsi que des pilules nourrissantes, généreusement distribuées par le bon roi à une population sous contrôle. Chaque jour, Marie, sa mère et sa grand-mère, rescapées du Grand Reset, luttent pour survivre. » Les trois femmes vivent-elles les dernières heures de la fin annoncée de l’humanité ? Lili Taix précise qu’il s’agit bien d'un roman de science-fiction et que toute ressemblance avec des événements actuels serait purement fortuite : « C’est la première fois que j’écris une fiction. Nous sommes en 2070 et il n’y a plus rien. La lumière du soleil n’arrive pas à transpercer les nuages, il n’y a plus de végétation, l’eau est polluée... C’est un monde assez apocalyptique. La grand-mère raconte comment le monde a plongé dans la dictature : à son époque, les peuples ont été mis sous hypnose grâce à un déluge de distractions stupides, la télévision et les réseaux sociaux. Elle évoque l’abêtissement des masses, le niveau scolaire qui baisse... Et tout cela a entraîné ce Nouveau Monde. La grand-mère et la petite fille n’ont pas le droit de vivre dans ce monde, puisqu’elles n’ont pas leur code QR, un passeport qui autorise à vivre à cause de la surpopulation dans le monde. Il y avait 7,7 milliards d’habitants dans le monde dans les années 2020 et il fallait passer rapidement à 2 milliards d’habitants. À partir de là, il y a eu une politique de stérilisation des femmes. La petite Marie est née clandestinement et elle est cachée depuis sa naissance. Ce qui a fait basculer le monde, c’est un virus mystérieux… Bien entendu, toute ressemblance est fortuite. À l’occasion de cette épidémie, les pays industrialisés ont copié progressivement ce qui était déjà en place en Chine, ce qui paraissait complètement fou à l’époque. Dans cette fiction, je raconte comment on a formaté les habitants. On a développé la vidéosurveillance à outrance, on doit se conformer à toutes les règles, il y a de plus en plus d’interdits, on doit partager son logement avec d’autres personnes, le libéralisme a disparu, l’État distribue des aides en permanence, tout le monde est redevable à l’État, on doit remercier le gouvernement de nous donner notre pitance tous les mois, il n’y a plus que des fonctionnaires… Être fonctionnaire est devenu la seule solution pour s’en sortir. Dans cette chute, les banlieues ont été délaissées, les anciens des banlieues sont devenus des barbares, comme au temps d’Attila, les barbares sortent pour agresser les gens sauvagement, parce qu’ils ont faim… C’est une fiction très forte. Je suis quelqu’un de gai, mais c’est vraiment un livre noir. »
À l’époque où la vie était normale, la grand-mère raconte que les lanceurs d’alerte ont été qualifiés de complotistes alors qu’ils mettaient la population en garde contre le plan du Great Reset : « Au début, on a pris les complotistes pour des rigolos. La majorité des personnes suivaient gentiment. Il y avait d’abord la peur du virus et de la maladie, surtout dans ces sociétés qui étaient très aseptisées. Les gens avaient très peur et ils pensaient que tout allait se terminer si l'on écoutait bien les consignes du bon gouvernement. Mais en fait, le bon gouvernement a rogné de plus en plus les libertés, et, dans ma fiction, un comploteur se fait tuer et un autre se fait brûler devant le siège de l’ONU à New York parce qu’il refuse de vivre dans ce monde sans liberté. Il a appliqué au pied de la lettre le slogan des résistants qui préféraient mourir plutôt que de ne plus être libres. Il pensait qu’il allait réveiller les consciences en s'immolant devant le siège de l’ONU, mais cela n’a pas été le cas. » Ensuite, « on a organisé des campagnes de vaccination pour faire croire aux personnes qu’elles pouvaient s’en sortir. On les a fait vacciner à la chaîne. Certains disaient que le vaccin était dangereux. On a dit que ce n’était pas vrai. Or, en même temps, les personnes devenaient sensibles à tous les virus qui apparaissaient. Mais, comme la diminution de la population ne va pas assez vite, parce qu’il y a de moins en moins de nourriture dans le monde et l’eau est polluée, un nouveau virus apparaît et les gens ne peuvent plus résister, car les défenses immunitaires n’existent plus. Dans mon histoire, la grand-mère raconte que le peuple réclame toujours un coup de collier supplémentaire, avec des mesures de plus en plus répressives... »
La question centrale porte sur le processus psychologique qui conduit le peuple à demander toujours plus de répression : « C’est la peur. Les gens pensent qu’ils vont être sauvés s’ils obéissent bien. Ils sont convaincus que personne ne veut leur faire du mal et que les gouvernements ne veulent que le bien des peuples. La peur est humaine, cela se comprend. » Dans ce pays imaginaire, tout commence en 2021, lorsque Micron Ier fait voter l’état d’urgence permanent à l’Assemblée nationale : « Il n’y a plus d’Assemblée nationale. Le droit est bafoué complètement, c’est quelque chose d’inimaginable dans nos démocraties actuelles. Cet état d’urgence est voté par le Premier ministre Ptisex : c’est un sombre petit fonctionnaire que l’on a trouvé dans un ministère. C’est le bouffon du roi. »
Dans son récit, les gens n’ont plus le droit d’avoir des maisons individuelles aussi : « Oui, c’est interdit. Au début on a augmenté de plus en plus les droits de succession, pour empêcher toute transmission du patrimoine et, progressivement, on a interdit les maisons individuelles. Je me souviens du « Livre noir du communisme », j’ai pensé à ce livre en écrivant ma fiction. Tout devient collectif. C’est pratique pour les gouvernements, parce que les personnes peuvent se surveiller entre elles. D’ailleurs, ce n’est pas simplement une fiction, puisqu’il devient à la mode d’avoir des logements partagés... C’est quelque chose de nouveau. » Un livre qu’elle a écrit avant les déclarations de la ministre de Logement contre les maisons individuelles : « Lorsque j’ai écrit mon histoire, c’était encore de la pure fiction ! Mais, maintenant, ce n’est plus vraiment le cas… »
Et puis, la petite fille ne sait même pas ce que signifie un restaurant : « Oui, en 2070, tout cela n’existe plus. La grand-mère parle d’un gâteau au chocolat, or la petite fille n’en a jamais goûté. La grand-mère évoque l’histoire : il y a toujours eu des mouvements de résistance et les gens pouvaient partir ou se cacher. Mais là, il n’y a plus rien. Le monde est complètement dévasté. La petite fille comprend qu’elle ne pourra jamais entrer en résistance. La grand-mère, qui a toujours refusé la vaccination, est une hors-la-loi, elle ne possède aucun code QR, elle ne peut pas être tracée : c’est le comble du complotisme ! Malheureusement, comme dans toute œuvre de science-fiction, on se base parfois sur un peu de faits réels... » Que l’on partage ou non son opinion, il faut bien reconnaître que son roman fait preuve de créativité et qu’elle va aussi se faire quelques ennemis : « J’espère que le temps où l’on brûle les livres est révolu ! On peut tout écrire dans notre pays, mais dans ma fiction, c’est interdit. Il n’y a plus de livres, il n’y a plus d’école, il n’y a plus rien. Mais quand on voit le résultat de l’école aujourd’hui, c’est comme s’il n’y avait déjà plus rien… Si les gens ne comprennent pas, ils ne sont pas dignes d’être mes amis. »
« Dis Mamie, c’était comment avant ? » de Lili Taix est publié aux Éditions du Net.
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