Biogate. Pour en finir avec l’utopie du bio.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est un sujet passionnant, qui nous concerne tous, le bio, mais pas seulement, puisque nous abordons aussi la question de notre souveraineté alimentaire. Que se cache-t-il donc derrière le bio et ses promesses de produits propres et sains ? Une belle philosophie de vie et une agriculture vertueuse ? Une pure logique marketing et un business juteux ? L’univers du bio est complexe et il fallait toute l’expertise de François Grudet, agriculteur-chercheur durant cinquante ans, inventeur de la culture en rond et en spirale, pour nous éclairer sur les arcanes de ce bio désormais de masse et dont les méthodes de production sont très loin de l’utopie entretenue par les publicitaires.

François Grudet revient sur son parcours et ses réussites, puisque c’est l’homme qui a fait reculer le désert : « Au début, j’avais imaginé que l’on pouvait faire des cercles dans les bois des Landes, sans défricher, puisque rien ne pousse si ce n’est pas arrosé, à part les pins. On s’est heurté à la question du drainage et on a fait des fossés circulaires avec des cercles d’un diamètre de 700 mètres. À la sortie, il y avait des buses souterraines. Un jour, on m’a proposé de faire une ferme de 9 000 hectares, avec des ronds de 80 hectares, et c’est de cette manière que je suis devenu expert international pour le gouvernement français au service du gouvernement libyen. Dès la première année, on a dépassé les rendements qui étaient garantis par le gouvernement français et j’en ai profité pour créer ma propre société. J’ai ensuite signé quatre fermes clés en main en Arabie saoudite et une au Congo. »

En écrivant ce livre, François Grudet a choisi de se positionner comme un lanceur d’alerte, parce qu’il estime « qu’il est temps d’en finir avec l’utopie du bio qui flirte dangereusement avec la filouterie généralisée ». Pour rédiger son ouvrage, l’auteur a procédé à une enquête géante et il s'est appuyé sur nombre de sources officielles (objectifs du plan Ambition bio 2022, liste des produits de synthèse autorisés…) ou des données comparatives concernant l’impact économique du secteur, ou encore des articles de presse dénonçant tel ou tel scandale.

Il nous explique comment il a eu l’idée d'entreprendre ces recherches : « Dans les années 2000, lorsque j’ai cédé mes exploitations, je me suis intéressé au bio et je me suis dit qu’il y avait quelque chose de pas très net. J’avais eu une aventure avec les biscottes Jacquet qui m’avaient demandé du maïs bio et j’ai répondu que j’en avais 500 tonnes en cinq variétés, parce que l’on commençait à isoler les variétés pour la commercialisation, ce qui permettait d’avoir une qualité de maïs extraordinaire. Suite à cela, j’ai envoyé des échantillons pour qu’ils fassent des analyses. Sans rien dire, j’ai pris un huissier et j’ai fait des échantillons par variétés. Au bout d’un mois, je reçois les analyses de Jacquet et tous les échantillons apparaissaient comme bio. J’ai téléphoné au laboratoire pour lui demander comment se faisait-il que l’on ne retrouvait rien, alors que certains maïs étaient traités. Le directeur du laboratoire m’a expliqué que c’est comme un être humain : le docteur vous donne un traitement et, si tout se passe bien, au bout d’un mois, on ne retrouve aucune trace des antibiotiques, car tout a été éliminé. Les plantes sont des êtres vivants et c’est exactement la même chose. »

L’agriculteur a poursuivi son enquête : « En grattant, j’ai découvert beaucoup de choses, notamment avec les textes européens. Ils ont voulu harmoniser le bio et, au lieu de l’harmoniser vers le haut, l’harmonisation s’est faite vers le bas. Lorsque le producteur bio utilise des produits chimiques pour sauver sa récolte, il est obligé d’utiliser une dose très forte pour enrayer l’infection, mais après il y a la récolte. Bref, la plante n’a pas eu le temps d’éliminer. Il faut vivre avec son époque et, même si vous êtes pro bio, vous devez donner ce qu’il faut à la plante pour qu’elle guérisse quand elle est malade. Donc, en 2021, on ne peut pas dire que le bio n’a aucun produit chimique de synthèse... J’ai demandé les analyses de tous les produits agréés bio et j’ai donné en 2018 à un organisme très spécialisé 337 produits : sur les 337, ils en ont trouvé 42 % avec des produits chimiques de synthèse ! »

Preuves à l’appui, François Grudet démontre que contrairement aux idées reçues, « les producteurs bio ont une obligation de moyen sans obligation de résultat ». Les contrôles scientifiques attendus sont souvent remplacés par des déclarations de bonne foi. Des produits industriels sont homologués bio par centaines, alors qu’ils peuvent se révéler fort néfastes. » Selon lui, « à l’échelle française, même avec 100 % des surfaces cultivables converties au bio, même au prix de défrichements massifs, la production bio ne pourra répondre aux besoins que d’un tiers de la population ».

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