
L’illusion de la hausse éternelle
ANALYSE GRAPHIQUE
Il n’a pas fallu beaucoup de temps aux marchés boursiers pour oublier les menaces sérieuses qui pèsent sur l’avenir de l’économie mondiale. Exit l’inflation insistante et largement au-dessus de tous les objectifs fixés par les Banques Centrales ; exit les chiffres alarmants sur la croissance chinoise en forte décélération et la crise immobilière qui s’y dessine avec les défauts de paiement répétés de son géant de l’immobilier, Evergrande. Au moment où je réalise cette analyse, la Réserve Fédérale américaine s’apprête à publier son fameux livre beige sur la situation économique outre-Atlantique et les mesures éventuelles qu’elle s’apprêterait à prendre pour faire face aux déséquilibres qui se profilent. Pour le moment, l’opinion dominante va dans le sens d’un statuquo aussi bien sur le maintien des volumes d’achats de la dette souveraine et les crédits hypothécaires que sur les niveaux des taux d’intérêt, scotchés autour de zéro depuis des années.
Disons qu’il y a aujourd’hui un fort consensus chez les intervenants autour de l’idée de voir le provisoire se prolonger indéfiniment au point de se substituer au fonctionnement normal des marchés boursiers. Après tout, et si finalement ils avaient raison ? Admettons donc qu’ils soient dans le vrai. Dans ce cas, les marchés actions devraient poursuivre indéfiniment le chemin de la hausse au point où plus une personne sensée ne devrait vendre un seul titre sur le marché, sauf en cas de besoin urgent d’argent frais et encore, ne serait-ce pas une bonne idée d’emprunter à 0 % l’argent à consommer et de garder tous ses actifs boursiers au chaud pour l’éternité ! Si on pousse encore le raisonnement un peu plus loin, que deviendrait alors la valeur travail sur le marché ? Pourquoi se suer le bernouse à travailler pour un salaire qui ne permet même plus se s’acheter ne serait-ce qu’un seul titre à la mode en Bourse ? Le paradis serait-il ce monde dans lequel plus personne ne travaille et une Bourse qui progresserait éternellement ? A un moment ou à un autre, il va falloir arrêter la plaisanterie et à mon avis, le plus tôt serait le mieux. Sans cela, les cours boursiers retomberaient un jour ou l’autre sous leurs propres poids et plus personne ne serait en mesure d’éviter le désastre général tellement il faudrait de l’argent pour jouer le rôle de la contrepartie acheteuse.
Si de plus, des révoltes populaires éclataient comme lors du printemps arabe alors que les travailleurs ordinaires ne pourraient plus s’acheter les denrées alimentaires de base parce la spéculation effrénée encouragée par les politiques des BC s’empare des marchés des matières premières alimentaires en formant des bulles spéculatives monstrueuses. Pour le moment, ils s’en donnent à cœur joie sur les bitcoins et autres cryptomonnaies qui ont la particularité de fonctionner sur des concepts proches de la pyramide de Ponzi. Ils ont commencé à envahir les marchés pétroliers et fossiles (charbon) avec d’ores et déjà des dégâts très inquiétants sur le système productif chinois à forte dominante industrielle. Faut-il donc continuer à alimenter le monstre à bulles avec de l’argent public des BC ? Après tout, pourquoi pas si tout le monde est d’accord en toute connaissance de cause, mais je doute fortement que cela soit le cas. Construire l’étage de trop au-dessus d’un immeuble aux fondations de plus en plus fragilisées par le poids total (la capitalisation boursière) et l’effritement du sol (la population, l’économie réelle…) n’est pas une bonne idée.
Que faire dans ce cas ? Le pari fou d’une nouvelle poursuite de la hausse avec forcément un biais accélérateur en raison de l’effet de rétention probable cité ci-dessus ? Personnellement, et je sais que cela agace beaucoup de monde, je n’irais pas chercher l’argent du diable. Il vaut mieux garder son calme et rester le plus liquide possible car demain c’est le cash qui finira par avoir le plus de valeur ! Techniquement, il n’y a pas grand-chose à signaler à part le fait que certains très gros intervenants sont toujours tentés de pousser les cours vers de nouveaux records historiques. C’est toujours le meilleur moyen d’attirer toujours plus d’investisseurs et de petits spéculateurs crédules susceptibles de prendre le relais au plus haut du cycle. A la baisse, le seuil de support majeur actuel sur le Cac 40 se trouve autour de 6.450 points.
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