Le groupe Pr0ph3cy lève 15 millions d’euros pour devenir un leader européen en cybersécurité.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Arthur Bataille, fondateur du groupe Pr0ph3cy : « En cybersécurité, la connaissance n’est valable qu’à un instant donné. »

Un nouveau champion émerge dans la filière française de la cybersécurité : Pro0ph3cy. L’entreprise annonce une levée de fonds de 15 millions d’euros et vise une place mondiale sur le marché de l’e-learning en cybersécurité. Le groupe est né du rapprochement de deux entreprises pilotées par l’ingénieur Arthur Bataille (Télécom SudParis). En 2013, il rachète Silicom, une entreprise rennaise œuvrant depuis 1983 dans ce qu’on appelait alors la sécurité informatique. Identifiant un énorme déficit de compétences en cybersécurité sur le territoire français, l’entrepreneur lance en 2019 Seela, une filiale spécialisée dans la formation cyber. Depuis début 2021, cette jeune pousse commercialise un logiciel de formation en ligne vendu par abonnements (Saas, Software as a service). Plongés dans un laboratoire virtuel reproduisant un environnement informatique complet, les futurs architectes cyber apprennent à détecter et contrer une attaque informatique ou, à l’inverse, jouent le rôle d’un hacker.


L’Hebdo-Bourseplus : Quand on parle de cybersécurité, on peut penser à un spécialiste qui va rentrer dans les réseaux en tapant des lignes de codes complexes, mais cela peut être aussi l’éducation sur le changement du mot de passe ou sur les bons comportements… La cybersécurité, est-ce tout cela ?

Arthur Bataille : Ce qui est très intéressant, c’est que vous venez de décrire quelques pans de la cybersécurité, car c’est un sujet très large, qui comprend ces enjeux de sensibilisation des politiques des systèmes d’information et d’hygiène numérique, mais également toutes les logiques de techniques d’attaque qui sont souvent déployées, avec, dans l’inconscient collectif, l’image de l’homme à capuche dans une cave qui va réaliser des lignes de code pour rentrer dans le système de la NASA ou du gouvernement américain… On est très loin de cette vision collective galvaudée et on est plus dans des populations d’ingénieurs, qui travaillent sur de gros systèmes, qui vont mettre en place des politiques de sécurité au sein des entreprises et qui vont surveiller les réseaux et les infrastructures pour intervenir rapidement en cas d’attaque. On est plus dans un monde de défenseurs que dans un monde d’attaquants dans le domaine de la cybersécurité.


Prenons l’exemple d’une armée qui se défend contre des envahisseurs. Elle sait se protéger en fonction des technologies du moment, mais les périodes technologiques étaient assez longues : par exemple, les armes utilisées pendant la guerre de Corée étaient à peu près similaires à celles utilisées en 39-45. Or, dans la cybersécurité, de nouvelles armes peuvent apparaître presque chaque jour…

Effectivement, mais il y a des choses que l’on retrouve. Si l'on fait une analogie avec la guerre 14-18, c’était une guerre de tranchées et, dans le modèle initial que nous avions dans le domaine de la cybersécurité, on parlait de bastions, de châteaux forts, de construction de murailles et de douves, pour que la zone qui héberge les données soit la plus sécurisée et la plus difficilement accessible. Tout a évolué très vite avec les nouvelles méthodologies de travail, notamment autour du cloud et nous ne sommes plus dans un modèle de château fort, mais dans un modèle d’aéroport, car on a en permanence des données qui arrivent, qui rentrent ou qui sortent, donc il faut sécuriser à la fois les données entrantes et sortantes. C’est exactement ce qui s’est produit quand on a commencé à avoir des armées avec des avions, puisque l’on devait protéger à la fois les airs et tout un écosystème. Ce qui a fait gagner la Seconde Guerre mondiale, c’est l’intelligence de la donnée, l’intelligence de l’information... La cybersécurité se gagne aussi sur le terrain de l’information et de la désinformation.

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