Soros et sa société ouverte

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Nous avions déjà évoqué, il y a trois ans, la première édition du livre de Pierre-Antoine Plaquevent sur George Soros. Par la suite, l’auteur avait publié une version enrichie de son travail en octobre 2020. Nous revenons cette semaine sur son enquête, car l’action de George Soros est dénoncée dans un rapport présenté à l’ONU en septembre dernier. En effet, l’European Center for Law and Justice (ECLJ) explique que « quelques organisations privées exercent une emprise croissante sur le plus haut niveau mondial de protection des droits de l’homme » et que des experts ont reçu « au moins 11 millions de dollars en dehors de tout contrôle de l’ONU, principalement en provenance de la fondation Ford, de l’Open Society de George Soros, et de donateurs anonymes ». L'activiste milliardaire américain est ainsi en mesure d'influencer, voire d'imposer, sa néfaste idéologie progressiste et mondialiste auprès du Conseil des droits de l’homme de l’ONU par le biais d’un petit nombre d’O.N.G. Nous avons donc demandé à Pierre-Antoine Plaquevent de nous faire part de sa réaction : « Ce rapport est très intéressant, parce qu’il affine le tir et vient confirmer les travaux que j’ai entrepris. Ce n’est pas étonnant de voir cela au sein d’une organisation comme l’ONU, puisque ces institutions internationales, prétendument neutres, visent à neutraliser les États dans une forme d’administration globalisée. Dans ce milieu, les O.N.G. puissantes, comme l’Open Society, sont totalement chez elles. Ce qui est intéressant, c’est que ce rapport amène des éléments très factuels et inattaquables auprès du grand public. »

Pourtant, la plupart des gens ne situent pas George Soros, voire ignorent carrément son nom : « Les gens qui s’intéressent à la politique connaissent George Soros, mais le très grand public est dépendant des mass media qui ne veulent pas informer la population sur ses activités réelles. Or, il y a maintenant le mouvement des Gilets jaunes et le mouvement contre le pass sanitaire. La volonté de connaissance du monde politique réel, et pas simplement le théâtre d’ombres que l’on nous fait voir, va être croissant. En ce qui concerne ce rapport, j’ai continué mon travail et il faut bien comprendre que toutes les organisations internationales sont sous une influence massive d’intérêts privés et l'on peut dire que chaque grand financier s’occupe d’un secteur de cette gouvernance globale. George Soros s’occupe de ce qui est politique, Bill Gates s’occupe des questions de santé et il exerce une influence majeure sur l’Organisation mondiale de la santé en étant le deuxième financier. Il y a aussi la fondation Rockfeller qui est très impliquée dans les questions de santé publique, mais cela date de la Société des Nations. C’est toute une histoire politique contemporaine qu’il faudrait retracer ».

Les citoyens ne se doutent pas que leurs gouvernants ne sont pas aux manettes et que, derrière, il y a souvent des lobbys très puissants qui opèrent, comme les GAFA. Cependant, Pierre-Antoine Plaquevent estime que la situation est enfin en train d'évoluer positivement : « Les gens se rendent de plus en plus compte de cela. Parfois, cela peut prendre une expression maladroite, mais ce sont les mêmes médias qui n’informent pas la population qui viennent ensuite se plaindre que les gens mal informés essayent de s’informer par eux-mêmes et parfois de manière rapide. C’est ce que j’appelle la métapolitique, c’est-à-dire au-delà du simple spectacle politique, il s’agit de la politique réelle. Certains appellent cela le complotisme, mais on a le droit de s’interroger et d’enquêter sur les acteurs politiques et sur les acteurs d’influence. » C'est aussi ce qui peut provoquer la désaffection des électeurs et l’abstention : « Si les électeurs s’abstiennent, c’est parce qu’ils ont compris que voter ne sert finalement pas à grand-chose. C’est ce que dit Warren Buffet, qui déclare qu’il y a une guerre de classes qui est bien réelle et que c’est sa classe qui l’a gagnée. Ces gens ont conscience du projet qu’ils portent. C’est un projet de chevauchement du politique et des États, c’est un projet de digestion des États par les institutions internationales qui sont sous des influences privées. C’est une manière, pour les plus grosses fortunes mondiales, de faire ce qu’elles ont toujours rêvé de faire, c’est-à-dire dissoudre le politique et le soumettre à un nouvel ordre mondial. Ce terme désigne bien le projet : c’est une réorganisation de l’ordre mondial. Cette réorganisation est toujours en cours. C'est une utopie, donc elle n’est jamais complètement réalisée, avec toujours un stade supérieur à atteindre. Mais, entre temps, les populations en payent le prix. »

Dans cette guerre d’influence, il y a les GAFA et les Big Pharma, mais George Soros s’intéresse davantage au sociétal : « C’est un peu comme si chacun des financiers, à travers ses fondations, avait une forme de ministère au sein de ce gouvernement mondial, ou plutôt de ce gouvernement d’influence. Effectivement, George Soros est plutôt sur les questions sociétales utilisées à des buts géostratégiques. On le voit toujours dans des zones clés de la géopolitique contemporaine. On l’a vu récemment en Birmanie, mais aussi en Afghanistan. Son théâtre d’action, c’est le monde entier, mais essentiellement le grand échiquier eurasiatique. »

S'il est difficile de savoir à qui profite le crime, la vérité éclatera quelques années plus tard : « C’est toujours le problème, mais ce qui est intéressant, c’est de comprendre leur méthodologie et leur visée d’accaparement des ressources naturelles et des biens publics pour s’en prémunir, même sans connaître la totalité de leur plan d’action. Ce qui compte, c’est que les populations se préservent de cela. C’est finalement ce qu’ils craignent, car on voit bien que quelqu’un comme George Soros est à la fois attaqué en Occident, par ce type de rapports lancés par des O.N.G. qui sont plutôt conservatrices, mais aussi dans d’autres pays comme la Chine. Les conservateurs occidentaux peuvent s’opposer à la Chine sur certains domaines, mais George Soros se retrouve pris entre deux flancs, avec cette critique venue d’Occident et cette critique en provenance de l’alliance sino-russe. C’est peut-être le signe d’un début de sortie de ce mode de fonctionnement et d’un retour à des relations internationales plus classiques. »

On peut penser que certains États commencent à être excédés par cela, ce qui explique que ce rapport ait été rendu public à l’ONU : « On arrive à un croisement de civilisations. Ou bien le globalisme continue sa marche en avant et arrive à imposer de force son projet de libéralisme exacerbé pour les élites et les financiers, et de collectivisme et de termitière humaine pour les populations, ou bien on a un retour à une forme de monde multipolaire basé sur les grands ensembles régionaux, avec des États qui retrouvent le monopole des relations internationales, tel que l’imagine encore le grand public. » Pierre-Antoine Plaquevent souligne que « pour ces gens, l’argent n’est plus une fin en soi, c’est maintenant un moyen. Au-delà de l’argent, ils sont obsédés par le pouvoir et la réalisation de leur utopie. C’est une forme de messianisme. Quelqu’un comme George Soros ne s’en cache pas et utilise même ce terme en disant qu’il est animé par ces fantasmes depuis son enfance. C’est quelque chose qui est plus connu aux États-Unis, mais qui est récurrent depuis le début du XXe siècle, George Soros a systématisé cela. C’est aussi celui qui l’a le plus politisé et c’est peut-être aussi pour cette raison qu’il est maintenant principalement ciblé, puisqu’il est le premier exposé. Mais il y a une fondation, comme la fondation Rockfeller, depuis la fondation de la Standard Oil Company - et des banques qui vont avec - qui a toujours poursuivi ce type d’action. D’abord, cela leur permettait de défiscaliser leurs revenus et, en même temps, de développer leurs pouvoirs économiques et politiques dans la société. C’est une méthodologie qui se transmet presque de père en fils, puisqu’il ne faut pas oublier que le vrai nom de Bill Gates est William Gates III. Donc, ce sont de véritables lignées dans la bourgeoisie et dans l’aristocratie financière qui ont pris le pas sur les bourgeoisies anciennes. Mais, avec ce qui se passe, nous sommes vraiment à la croisée des chemins. Regardez les mouvements contre le pass sanitaire : l'action sanitaire n’est qu’un prétexte. Le fond du problème, c’est d’abord le contrôle politique et économique, surtout le changement d’économie, et l'on voit bien que ces mouvements sont mondialisés avec une contestation planétaire. C’est une première historique à ce niveau. Sur les questions sanitaires, en 2009, Bill Gates, George Soros, Warren Buffet et David Rockfeller, qui était encore vivant, se sont réunis à New York pour définir une stratégie commune et leurs premiers objectifs étaient l’écologie et la réduction mondiale de la population. C’est un thème récurrent dans les discours de Bill Gates. » En conclusion, « toutes ces O.N.G. nous ont toujours vendu les mouvements de contestation à travers le monde, comme le printemps arabe et les révolutions en Ukraine mais, bizarrement, quand des mouvements de masse se déclenchent en Occident, que ce soient les Gilets jaunes ou maintenant le mouvement anti pass sanitaire, ils sont toujours vilipendés ou censurés. C’est étonnant de la part d’O.N.G. qui travaillent en permanence en faveur de l’émergence d’une société civile mondiale. Donc, on voit bien qu’il y a derrière une instrumentalisation de ces questions. »

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