Un graphique boursier mettant en évidence les lignes de tendance, niveaux de support et résistance

Le vent a tourné

ANALYSE GRAPHIQUE

✍️ Par Mustapha GHAILANE

Les nouvelles ne sont pas bonnes en ce moment pour les marchés boursiers. Après les vents venus de l’ouest drainant des nuages menaçants chargés d’inflation et de ralentissement de la croissance outre-Atlantique, c’est le pays du milieu qui nous envoie ses perturbations immobilières dans un climat de moindre croissance et de menaces pandémiques du variant « delta ». Ces éléments étaient pourtant bien dans les tuyaux depuis longtemps mais les marchés ne voulaient pas en entendre parler. Le vrai changement, c’est celui des politiques monétaires des Banques Centrales dont l’influence est utra-prépondérante sur l’évolution des marchés financiers en raison des volumes de capitaux colossaux qu’elles ont mobilisés pour la relance. Cette semaine, la BCE a tiré la première en abaissant, certes légèrement, ses montants mensuels alloués pour les opérations de rachats des dettes publiques des pays de l’Union dans le cadre de son plan d’urgence anti-Covid, dit le PPEP. La Réserve Fédérale américaine devrait également commencer à réduire ses achats prochainement de manière progressive.

Au niveau de l’Union Européenne, on commence déjà à discuter des déficits publics et des nouvelles normes à mettre en place sur leurs réductions. Cela signifie que la question de la fin de ces plans est déjà réglée en interne puisqu’on passe déjà à l’étape suivante. Les marchés financiers commencent également à intégrer cette nouvelle donne puisqu‘il va bien falloir à un moment ou à un autre se débrouiller sans le soutien de ces investissements publics récurrents et volumineux. Les responsables des BC craignent avant tout que tout le monde se décide à sortir des actions en même temps en constatant la disparition brutale du potentiel haussier restant. Personne n’achète des actions sans espoir de plus-value et sans rendement significatif durable. L’idée est de faire croire aux gogos que cela va encore durer et qu’ils auraient donc encore le temps de faire des emplettes et de réaliser encore de belles plus-values. Pendant ce temps-là, les investisseurs avisés et les banksters écouleraient tranquillement leurs stocks à des cours encore stratosphériques. Voilà pourquoi je pense que le marché qui s’ouvre devant nous pourrait prendre dans un premier temps, la forme d’un nouveau canal de type horizontal ou légèrement haussier dans lequel les acheteurs se renforceraient après chaque baisse mineure en pensant le danger définitivement éloigné.

Je l’ai représenté par anticipation sur le graphique du Cac 40 en couleur bleue. Sa ligne de support passe actuellement autour de 6.350 points qui pourrait marquer la fin provisoire de la phase de correction qui vient tout juste de débuter. En réalité, cette figure a commencé à partir du milieu du mois d’avril et pourrait se prolonger jusqu’au milieu du premier trimestre 2022. La phase de correction précédente commencée à la mi-juin s’était achevée le 19 juillet au contact du support de ce nouveau canal de tendance autour de 6.250 points. A court terme, il semble bien que la ligne de support du canal haussier de 2021 passant vers 6.590 points soit déjà cassée à la baisse (ce mercredi soir au moment où je réalise cette analyse). On verra si cela se confirme dans les séances qui viennent. Dans ce cas, un rebond sur les 6.350 points deviendrait probable, sauf accident boursier majeur, ce qui attirerait à nouveau les acheteurs aux « mains faibles ». Formé sur le moyen terme, ce type de canal porte le nom de (large) sommet à long terme car il permet de transférer durant de longs mois le papier des « mains fortes » vers les « mains faibles ».

Ces dernières auraient accumulé trop de positions acheteuses au bout de quelques mois sans trouver la plus-value espérée et ne pourraient plus tenir face à une baisse supplémentaire. Techniquement, la cassure de cette ligne de support bleue serait synonyme d’entrée dans un marché baissier majeur et profond. Pour les gros intervenants et les Banques Centrales, la principale crainte serait de voir les bourses s’écrouler sans cette phase de transferts préalable. Malgré tout, le danger est bien réel car les marchés sont montés beaucoup trop haut et les capitaux sont concentrés à l’extrême sur les valeurs du Nasdaq et du luxe. Pour le moment, on retiendra surtout que les conditions des marchés ont déjà basculé dans un nouveau monde, virtuellement avec le retrait des soutiens des Banques Centrales.

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