Nouvelles du temps présent - Archives du lendemain.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

C’est à travers deux nouvelles, réunies dans un ouvrage publié avant l’été, que Joaquin Scalbert aborde des questions de bioéthique en invitant le lecteur à réfléchir sur ces sujets. L'auteur vient pourtant d’un milieu professionnel considéré comme plutôt superficiel. Il a dirigé des agences de publicité et il est aujourd’hui dans le conseil en recrutement : « J’ai toujours été baigné par cette réflexion, parce que l’homme est au cœur du marketing et de la communication, puisque l’on s’intéresse à ses besoins, ses désirs et ses motivations. J’ai d’ailleurs écrit un livre avec un ami psychiatre sur les relations interpersonnelles dans l’entreprise. C’était le déclic de l’écriture et, en même temps, cela m’a amené à réfléchir un peu plus en profondeur sur les humains en général. » C’est à partir de là que Joaquin Scalbert a eu envie de pousser son analyse sur des sujets de bioéthique, mais en le faisant d’une manière originale, en imaginant deux fictions : « J’ai voulu faire sourire en abordant ces sujets, parce que la vie doit être prise en souriant. Déjà, la fin est tragique, alors si l'on ne sourit pas pendant la vie, quand va-t-on en profiter ? » C’est au cours des premiers confinements qu’il a commencé à rédiger cet ouvrage : « La crise sanitaire fait énormément réfléchir à cela, mais les deux sujets de mes nouvelles sont sans lien direct avec la crise sanitaire puisque je parle des expériences de mort imminente, c’est-à-dire ce qui se passe au moment et après la mort… On apprend de la science aujourd’hui qu’il y a très certainement une conscience à côté du cerveau. La deuxième nouvelle de mon livre est dans l’actualité, puisque j’évoque la loi bioéthique, notamment la PMA, en essayant de mettre en évidence que la recherche du père biologique peut avoir une grande importance. Je ne suis pas d’accord avec tous les articles de cette loi, mais je suis assez d’accord sur la révélation du donneur et je pense que c’est un progrès. »

Son approbation sur la révélation de l'identité du donneur n’occulte pas son inquiétude sur différents points et l’auteur s’engage clairement en faveur du respect de la vie naturelle : « Je pense que la société suivra la science et l'on n’ignorera pas les possibilités qui seront offertes par les découvertes. Par exemple, il y a un travail sur les embryons humains au Japon, en Chine et aux États-Unis, on prend des gènes humains et des gènes d’animaux pour créer de nouveaux êtres. Il y a des lois qui font que l’on doit détruire ces chimères au bout de quelques semaines, mais on peut très bien imaginer qu’un savant fou puisse aller plus loin un jour. Il est certain que cela va apporter des progrès au niveau de la science et de la guérison de certaines maladies. Cependant, l’homme est assez imprudent. Il faudrait faire réfléchir davantage la société. Cette loi de bioéthique a été un peu bâclée au profit de quelques bénéficiaires, notamment les femmes homosexuelles qui voulaient avoir des enfants, ce qui est compréhensible sur certains aspects. Mais on a quand même l’impression que l’on a voulu faire plaisir à certains publics en oubliant le reste de la société. Je milite pour une réflexion et un encadrement plus grand. Je pense que la procréation est un acte sérieux. Il y a aujourd’hui des permis de conduire, des permis pour piloter un avion, on vous demande de vous engager quand vous allez prendre un animal à la SPA... Mais quand il s’agit de procréer, c’est beaucoup plus souple. Il faudrait mener une réflexion sur ce point. »

Joaquin Scalbert dénonce une société de consommation à outrance où chacun peut se faire plaisir, une forme d’eugénisme où la sélection ne s'opère pas après, mais en amont : « Il y a des banques de sperme aux États-Unis ou au Danemark où l’on peut choisir le donneur en fonction d’un certain nombre de critères, pour obtenir un musicien, un boxeur ou un mathématicien… Bien souvent, des gens font appel à une mère porteuse et, quand le bébé arrive, s’il ne correspond pas à ce que l’on veut, par exemple sur le plan physique, ils le rendent à la mère porteuse… On abandonne un produit pour en trouver un autre ! » Tout cela s'effectue dans l’indifférence du plus grand nombre : « On est dans une société très morcelée, avec des intérêts communautaires, des intérêts très individualisés, et l'on entend beaucoup dire que tant que cela ne gêne pas l’autre, on peut le faire… Au nom de cela, on fait des lois. On accepte pratiquement tout à partir du moment où l’autre n’est pas gêné. »

Ainsi, à travers ce texte de bioéthique, on détache progressivement la filiation de notre société. On essaye déjà de le faire sur le plan économique en limitant l’héritage, également sur le plan de l’éducation, avec l’interdiction de dispenser l'instruction à la maison, et maintenant sur le plan biologique… Joaquin Scalbert nous livre son analyse : « Il peut y avoir des intérêts économiques forts, qui ne sont pas forcément déclarés mais que l’on connaît, qui préfèrent avoir des consommateurs plutôt que des citoyens éclairés. L’État est en recul au profit de forces économiques, les multinationales jouent avec les individus, et je vois plutôt l’État disparaître. Je souhaite qu’il y ait un retour de l’humain, un retour de la réflexion. Je pense que c’est plutôt à l’État et à une société volontaire de le faire. » Face à cela, il faudrait une classe politique qui ait une réflexion spirituelle et philosophique avant de voter certaines lois : « En Occident, on est dans une société de consommation et les aspects spirituels et philosophiques sont très éloignés. Pourtant, nier ces aspects, c’est aller contre nous et nos enfants. » Or, ces manipulations sociales sur la procréation, PMA, GPA, banques de sperme ou d’ovocytes et opérations transgenres, obligent à la recomposition par étapes des familles. Elles ne sont pas faites pour l’équilibre mental des enfants, ni pour une stabilité affective et éducative des couples. Les apprentis sorciers du « J’ai l’droit », qui savent tout mieux que tous leurs ancêtres, jouent avec la génétique et l’enfance comme aux dés. Juste pour voir. Juste pour le plaisir. Car le « droit » individuel est devenu sacré et les désirs sont des ordres. La société occidentale, menée par le consumérisme libertarien américain, génère des citoyens qui trépignent comme des gamins de 2 ans : « moi je », « moi d’abord », « moi aussi » ! Comme s’ils étaient sûrs d’avoir « le choix » de leur destin… Tous ceux et celles qui s’intéressent à ces sujets de bioéthique liront avec grand intérêt ces deux nouvelles de Joaquin Scalbert où, derrière la fiction, on devine évidemment une volonté de l’auteur de faire passer certains messages.

« Nouvelles du temps présent - Archives du lendemain. » de Joaquin Scalbert est publié aux Éditions Douin.

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