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Quel avenir pour la liberté d’enseignement ?
LA RENCONTRE DE LA SEMAINE
✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Anne Coffinier : « En France, ce qui nous intéresse, c’est que tout le monde soit contrôlé et assigné à résidence dans des institutions à fort contrôle public. »
L’association Créer son école-Educ’France milite depuis des années en faveur du maintien de la liberté de l’instruction en famille. Autour d’elle se sont mobilisés des familles, des juristes, des universitaires et des hommes et des femmes politiques de sensibilités diverses. Le Conseil constitutionnel a validé en août dernier la loi sur le respect des principes de la République en estimant que l’instruction en famille (IEF) n’avait pas valeur constitutionnelle. Il a dissocié définitivement la liberté de faire l’école à la maison du champ de la liberté d’enseignement. Cette même loi confortant le respect des principes de la République prévoit, pour les établissements privés hors contrat, une répression pénale aggravée pour les peines déjà existantes à l’encontre des directeurs d’établissement et la fermeture administrative des établissements, décidée par le préfet, y compris pour non-respect de la mise en demeure, alors que jusque là, un établissement hors contrat ne pouvait être fermé que par un juge.
Dans un tel contexte, comment les écoles privées hors contrat peuvent-elles se développer ? Nous abordons ce sujet sensible avec Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école- Educ’France et fondatrice de la Fondation Kairos pour l’innovation éducative. Anne Coffinier est énarque, diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris et elle est également titulaire d’une maîtrise en histoire. Elle est par ailleurs diplomate au ministère des Affaires étrangères.
L’Hebdo-Bourseplus : Imaginons un monde futuriste où un gouvernement à la George Orwell nous interdirait de cuisiner à la maison, pour éviter que l’on utilise les produits de son jardin au lieu de ceux proposés par les grands industriels, avec l’obligation de prendre tous ses repas à l’extérieur… Imaginons aussi que le gouvernement nous empêcherait de recevoir des amis chez nous pour dialoguer avec eux et que l’on ne pourrait le faire que dans des lieux dédiés, avec un professionnel assermenté par l’État, qui écouterait les conversations pour lutter contre les fausses nouvelles… Depuis la nuit des temps, les parents ont eu la liberté de faire l’école à la maison. Or, aujourd’hui, ce n’est plus possible. Ne sommes-nous pas finalement proches de mes deux premiers exemples de science-fiction ?
Anne Coffinier : Il est certain que nous vivons actuellement une période où le réel paraît plus fou que le produit de l’imagination dans le cadre de la science-fiction. Imaginez que par la loi les parents n’ont plus le droit d’instruire leurs propres enfants : c’est quelque chose d’absolument fou ! Il faut qu’ils se justifient en demandant des autorisations. On voit bien que l’idée est que tout le monde soit scolarisé dans des établissements, puisqu’il y a même des cellules de lutte contre l’évitement scolaire qui sont instaurées par la loi. Cela paraît fou parce que, dans le monde entier, la formule majoritaire pour les élites, c’était l’instruction à domicile, et on est en train de rendre suspecte d’obscurantisme, suspecte de sectarisme et suspecte d’antirépublicanisme la forme qui paraît la plus naturelle.
D’un côté, on est dans une société qui réclame plus de nature et plus d’attention à la spécificité des gens, avec plus de douceur et plus de continuité entre la maison et l’extérieur et, de l’autre, il y a une institutionnalisation imposée par l’État pour nous garantir contre nos démons intérieurs, nos replis et nos obscurantismes. Nous sommes à une époque où l’Éducation nationale va notoirement mal. L'État va notoirement mal. Il y a une critique des institutions politiques et administratives qui est extrêmement forte, et, dans ce même moment, on va interdire que la société civile s’organise pour faire ce qu’elle sait faire, c’est-à-dire de l’informel et des inventions dans un cadre familial ou de petits formats.
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