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Une hausse au forceps ?
ANALYSE GRAPHIQUE
✍️ Par Mustapha GHAILANE
La manière dont la Bourse de Paris évolue depuis un certain temps et particulièrement l’indice Cac 40 est des plus surprenantes. Depuis quelques semaines, celui-ci surperforme très nettement tous les indices internationaux majeurs sachant qu’on s’était plutôt habitués à constater l’inverse. Alors que ces derniers ont montré qu’ils plafonnaient sur des niveaux de résistances majeures indiquant une fin probable de la hausse du mouvement de fond, ou au moins une accalmie sérieuse leur permettant de « respirer », la puissance de la progression de l’indice parisien parait totalement artificielle à plus d’un titre. A commencer par la diminution progressive du flottant sur les mastodontes du luxe qui les a rendues particulièrement sensibles à la hausse sous l’effet de la rareté de l’offre alors que leurs poids dans l’indice Cac 40 est devenu prépondérant. Ceci rappelle curieusement le rôle du titre de France Télécoms dans la formation de la bulle spéculative de la période 2000-2001. Pour mémoire, son poids dans la composition de l’indice était de l’ordre de 20 % et son flottant de seulement 25% alors que l’Etat possédait encore le reste.
Comme il n’y a quasiment plus d’introductions majeures à la Bourse de Paris et même plutôt l’inverse avec le retrait de la côte d’Iliad et les rachats de leurs propres titres par la plupart des sociétés du Cac 40, la raréfaction de l’offre d’actions aux investisseurs dans un environnement d’engouement très fort a fini par provoquer un déséquilibre complètement artificiel dont certains très gros intervenants semblent vouloir exploiter à leur avantage. La marge entre la « manipulation » du marché et l’exploitation de ses anomalies ponctuelles est mince car tout cela se fait le plus souvent en parfaite légalité. Il suffit pour cela de posséder une puissance de feu suffisante pour passer à l’acte et faire pencher la tendance dans le sens souhaité. Ces anomalies ponctuelles vont des positions vendeuses surdimensionnées de certains fonds vendeurs à découvert dont les rachats interviennent dans une période de rétention de papier par des investisseurs euphoriques, un engouement soudain des fonds de pension pour les valeurs françaises pourtant très longuement boudées par le passé mais dont la dynamique actuelle ne semble pas les laisser indifférents. Le tout dans des conditions monétaires offrant une surabondance outrancière en liquidités dans les circuits bancaires et les marchés financiers. La tentation de faire réaliser au forceps un record historique au marché Français parait bien réelle.
Cette semaine, on a eu en plus l’énorme surprise de la publication de résultats bancaires trimestriels faisant ressortir des records de rentabilité extravagants. Il a suffi à certains dirigeants de faire des reprises massives sur les provisions pour risques en considérant que les clients au bord du gouffre il y a trois mois sont devenus subitement très solides à la faveur du simple déconfinement et de la campagne de vaccins. Mais au fond, les très fortes hausses récentes des cours ne reflètent pas des améliorations de la situation économique de ces sociétés dans les mêmes proportions que celles constatées en Bourse. Sur le plan technique, l’indice Cac 40 est sorti au-dessus de la ligne de résistance horizontale de 6.690 points et n’a plus désormais comme zone de résistance sérieuse que celle de 6.950 points correspondant aux records historiques atteints au sommet de la bulle spéculative des années 2000-2001 ! Après tout, les cours actuels ne sont plus guère qu’à 3,2 % de ces records historiques, soit à peine deux séances de hausse consécutives supplémentaires ! La question est surtout de savoir ce qui devrait se passer ensuite une fois les acheteurs gavés de papier acquis au sommet de la bulle. La suite va-t-elle ressembler aux années 2001-2003 au cours desquelles l’indice s’écroulât des deux tiers de sa valeur ?
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