Chef de guerre. Au c"ur des opérations spéciales avec un commando marine.
LITTÉRATURE
Louis Saillans est entré en 2010 dans les commandos marine et il est devenu chef de groupe cinq ans plus tard. Durant près d’une décennie, il a participé à des opérations militaires en Afrique et au Moyen-Orient pour libérer des otages, capturer des responsables djihadistes et neutraliser des terroristes. Grâce aux notes prises au cours de ses missions et à des documents d’archives auxquels il a eu accès, il dévoile la réalité des activités des forces spéciales. Il retrace aussi le parcours des soldats de ces unités, passés par une sélection drastique au cours de laquelle ils ont subi les pires épreuves physiques et psychologiques. Un témoignage unique, qui permet de mieux comprendre le travail de ces combattants de l’ombre prêts à sacrifier leur vie pour sauver la nôtre et maintenir la paix.
Louis Saillans évoque avec passion son ancien métier : « C’est un aspect passionnant, le contact humain. On assiste parfois à des situations particulières quand on a affaire à des hommes qui ne reculent devant rien, ou à d’autres qui s’effondrent complètement et attendent la mort... On touche du doigt des situations que l’on ne retrouve nulle part. » On imagine difficilement à quel point le stage des commandos marine est difficile et il raconte que ce ne sont pas les plus baraqués ou les plus grandes gueules qui en ressortent gagnants : « C'est un peu cliché, le mythe de David contre Goliath... En réalité, c’est le gars qui sera le plus résiliant, physiquement, mentalement et intellectuellement, celui qui arrivera à tenir la distance, qui sera assez malin pour trouver les bonnes solutions à chaque problème qu’on va lui présenter... C’est ce gars qui va s’en sortir le mieux et pas forcément celui qui a la plus grande endurance physique, car on se rend très vite compte que le physique ne représente que très peu de choses face à notre environnement. Dans ce monde, il y a très peu de nous et on ne fait jamais le poids. Il y a une constante : le bien fait très peu de bruit, alors que le mal fait beaucoup de bruit. Il faut toujours prendre avec des pincettes les récits éclatants en se posant des vraies questions. C'est un très long travail, un très long parcours, alors que prendre l’option la plus alléchante donne souvent satisfaction, mais elle est souvent loin de la réalité. Les réalités sont toujours plus nuancées. »
Une illustration pour comprendre à quel point c’est difficile : lors du stage dans les commandos marine, il a un ongle incarné, mais il ne voulait surtout pas le montrer à son instructeur, pour éviter d’être disqualifié. Alors, en pleine forêt, il enlève sa chaussette et il fend son ongle avec un scalpel, il éponge le sang et, malgré la souffrance, il revient en faisant semblant que tout va bien : « Le stage commando, c’est le seul endroit au monde où l’on peut avoir la possibilité d’aller dans ses retranchements. Si vous faites du sport à un haut niveau ou de la randonnée, vous choisissez ce que vous mettez dans votre sac, vous choisissez votre itinéraire et vous choisissez vos entraînements… Dans un stage commando, on nous impose tout. Il n’y a plus que notre intelligence, notre mental et notre endurance pour surmonter les épreuves. On arrive à des retranchements qui sont assez particuliers, comme celui que vous évoquez. La plupart des commandos que je connais ont eu des blessures incroyables, mais qui sont passées. C’est très impressionnant sur le coup, mais on peut surmonter tout cela si l'on a vraiment l’envie de réussir. »
Autre anecdote extraite de son livre : la première étape, pour devenir un homme, c’est de faire son lit : c’est d'ailleurs la première chose que l’on apprenait au service militaire : « C’est un exercice très intéressant à plusieurs égards. Tout le monde a un lit, c’est quelque chose d’universel. C’est quelque chose qui marque un moment particulier, puisque c’est le premier moment de la journée et l’une des premières actions que l’on mène consiste à mettre de l’ordre dans ce qui est à notre portée. C’est une symbolique très forte. On met de l’ordre dans quelque chose d’intime, pour ensuite attaquer la journée du bon pied. Il faut savoir résoudre les petits problèmes du quotidien avant de s’attaquer aux grands problèmes du reste de notre vie. Le service militaire comportait de nombreux atouts. Il faut aussi mettre la tâche à sa portée, car si le lit est trop compliqué à faire, peut-être faut-il faire un lit plus simple… Accomplir cet acte, c’est un vrai achèvement, car on met de l’ordre dans sa vie. Sinon, on ne sait plus où l’on range tous ses outils du quotidien. »
Louis Saillans raconte ses premières missions dans des zones de guerre et il reconnaît avoir ressenti de la compassion pour des prisonniers, en éprouvant une forme de respect à leur égard : « C’est ce qui différencie les grandes civilisations des barbares, pour reprendre une vision un peu prosaïque de l’Empire romain. On peut être amené à faire la guerre pour une idéologie, pour conquérir d’autres territoires, ou pour se défendre. L’instinct guerrier se manifeste, mais on doit l’encadrer correctement, vers la vertu, pour éviter de finir dans la barbarie et des conflits particuliers. Maintenant, il faut être clair : je ne suis pas en train de dire que tout est tout blanc ou tout noir, mais la réalité nous oblige parfois à faire des choses que l’on n’a pas envie de faire. C'est une réalité et il faut savoir discerner en conscience. »
Autre point intéressant : son étude de l’islam et des ressorts du djihadisme. Plus on explore cela, plus on comprend qu’il sera très compliqué de combattre l’islam radical et que les moyens que nous utilisons ne sont pas forcément les bons : « Tout le monde fait ce constat d’échec, il est généralisé. On limite la menace, mais on n’endigue pas la prolifération de la menace. Et les volontaires au djihad sont toujours présents. Face à cela, il faut se plonger dans les ressorts de l’islam, mais aussi se demander pourquoi les jeunes adhèrent à cette idéologie. Je suis convaincu que notre époque n’est pas épargnée par des problèmes antérieurs. Ces problèmes du passé, on les a connus avec des hommes tout aussi évolués que nous. Quand je relis l’histoire, je retrouve des situations qui me rappellent étrangement la situation actuelle et l'on voit les solutions qui ont été mises en place. Il y a des parallèles à dresser. Mais, comme on n’est pas du tout tourné vers notre passé, on raye l’histoire au fur et à mesure que l’on avance... C'est vraiment dommage. On ne trouvera pas les clés en inventant une nouvelle solution, car il faut s’appuyer d’abord sur l’expérience du passé. » Finalement, « c’est une histoire d’idéal. Si l'on a un idéal, si l'on obéit à une idéologie, à une religion ou à une philosophie, on est beaucoup plus fort et on est complet, parce que l’on a quelque chose de plus grand que nous à suivre. Les gens qui sont séduits par le djihad, l’aspect fondamental qui les embrasse, c’est la cause qui les dépasse. C’est quelque chose de plus grand qu’eux. C’est quelque chose qui les fait vivre et qui les fait aller jusqu’au bout. Je crains que nous n’ayons pas cela dans nos rangs aujourd’hui. »
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.