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L’effet d’entonnoir
ANALYSE GRAPHIQUE
✍️ Par Mustapha GHAILANE
La tendance haussière se poursuit sur l’ensemble des indices boursiers internationaux avec un biais nettement plus marqué en faveur des Bourses européennes. Dans le même temps, l’eurodollar reste sur sa tendance ascendante commencée à la fin du mois de mars. Il est clair que les grands investisseurs internationaux poursuivent leurs stratégies de diversification de ce côté-ci de l’Atlantique profitant du fait que les valeurs du vieux accusent un retard de valorisation significatif vis-à-vis de leurs homologues américaines. La fin attendue de l’épidémie par les marchés et son corollaire de retour à une activité économique normale nourrit par ailleurs les achats des retardataires et des « Saint-Thomas » qui ne croient que ce qu’ils voient. Dans le panorama des intervenants sur les marchés, deux catégories d’acteurs jouent un rôle très important en ce moment. D’une part, les vendeurs à découvert très fortement impliqués, le plus souvent des fonds dits « alternatifs » qui estiment que les marchés sont globalement trop chers et qu’ils doivent par conséquent corriger fortement. D’autre part, les robots et les algorithmes de trading qui « surfent » sur la tendance haussière de fond et l’alimentent par leurs propres achats.
On peut y ajouter les fonds « trackers » qui recopient les indices en achetant les titres le composant « au mieux » et sont donc obligés de « courir » après le papier. Ces trois intervenants alimentent la hausse par leurs propres achats tout simplement parce que la hausse les pousse à le faire. A l’origine de cette spirale haussière, il y a la volonté des grands fonds traditionnels réglementés qui sont dans l’obligation d’être toujours investis sur les actions et qui se « défendent » en réalisant des achats « sélectifs » sur les secteurs et les valeurs susceptibles de leurs donner du rendement y compris en cas de crise majeure. Ceci avait entrainé dans un premier temps des achats excessifs sur les valeurs du Nasdaq dont la hausse commence enfin à ralentir sérieusement. En France, ils ont jeté leurs dévolus sur les valeurs du luxe plus quelques industrielles réputées solides, provoquant ainsi un gigantesque effet d’entonnoir étant données leurs raretés. Or, en cumulé, Lvmh, L’oréal, Hermès et Kering pèsent de tout leurs poids dans la valorisation de l’indice Cac 40. Les acheteurs indiciels comme les gérants de trackers achètent tous les titres composant l’indice à leurs proratas et aggravent de ce fait la pénurie de titres du secteur de luxe disponibles sur le marché. Par ricochet, les vendeurs à découvert explosent en plein vol car leurs pertes augmentent de manière exponentielle et ils sont obligés de racheter leurs positions dans l’urgence et à des niveaux de plus en plus élevés.
Ce mécanisme haussier en chaine sera bien sûr inversé à un moment ou à un autre et provoquerait à son tour des baisses extrêmement fortes en amenant la plupart des titres à des niveaux de sous valorisation inimaginables aujourd’hui. Les cycles hausse-baisse se succèdent avec des amplitudes de plus en plus larges entre les creux et les pics (les fameuses « montagnes russes »). Aujourd’hui, il est très difficile de prévoir à quel moment et à quel niveau les choses pourraient s’inverser. Vue la manière dont les choses se déroulent dans la pratique quotidienne des marchés, la hausse devrait continuer à s’auto-alimenter tant qu’un évènement ou un accident suffisamment « traumatisant » ne vienne pas brutalement casser la chaine des réactions et faire basculer la tendance dans l’autre sens. Je pensais que l’écroulement du bitcoin serait de ceux-là, mais pour le moment, les acheteurs compulsifs et les robots ne semblent pas s’en émouvoir outre mesure. Techniquement, l’indice Cac 40 vient même de déborder à la hausse la ligne de résistance haussière à très long terme passant aux alentours de 6.500 points. Pour les algorithmes et les robots, il s’agit d’un signal supplémentaire de poursuite de la hausse ! Pour les humains en cher et en os, il vaut mieux continuer à alléger pour se préparer au mieux pour les achats futurs dans les creux de cycles boursiers.
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