Transformer les bureaux en logements : une fausse bonne idée ?

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Norbert Fanchon, président du Groupe Gambetta : « Cela coûtera aussi cher de faire de la réhabilitation que de construire du neuf. »

Norbert Fanchon, président du directoire du Groupe Gambetta, craint que l’engouement récent pour la transformation de bureaux en logements n'éloigne un peu plus les pouvoirs publics du fond du problème : la pénurie de logements neufs, qui est liée, en partie, aux verrous qui contraignent la construction résidentielle, privée comme sociale. Par ailleurs, il estime que le Bail réel solidaire (BRS) constitue un nouveau moyen d’abaisser considérablement le coût d’accès à la propriété. En effet, la Ville de Paris, via son Office Foncier Solidaire, la Foncière de la Ville de Paris, propose pour la première fois aux familles de classe moyenne une alternative plus accessible pour devenir propriétaires de leur logement.

Les premiers logements sont proposés en accession à 5000 euros le mètre carré, « soit moitié moins cher que les prix du marché ». La dissociation entre le foncier et le bâti permet à l’acquéreur de bénéficier d’une décote du prix d’acquisition inférieur de 30 % de celui du marché. Rappelons que le Groupe Gambetta, dirigé par Norbert Fanchon, est un promoteur spécialiste de l’accession à la propriété. Créé à Cholet en 1923, il est présent dans l’Ouest, le Centre, en PACA, en Occitanie, en Île-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes, des territoires où le Groupe Gambetta a construit plus de 35 000 logements depuis sa création.


L’Hebdo-Bourseplus : Le gouvernement veut développer la transformation de bureaux en logements : qu’en pensez-vous ?

Norbert Fanchon : Sur le papier, c’est plutôt une bonne idée, mais il faut aller plus loin, car je trouve qu’il y a beaucoup de communication pour peu de résultats. On imagine que le télétravail va transformer l’univers professionnel, c’est certainement vrai, mais les études que je découvre indiquent que c’est seulement 25 % du parc tertiaire qui devrait être modifié : c’est un changement, mais ce n’est pas une révolution. Après, il faut savoir quels parcs de bureaux on évoque. Pour tout ce qui est haussmannien dans les centres-villes, avec les immeubles bourgeois de logements qui ont été transformés en bureaux pour des raisons de rentabilité, on va pouvoir faire les transformations assez facilement, parce que le bâtiment était prévu pour.

Il y a des cabinets d’avocats ou des cabinets d’architectes qui peuvent être transformés, mais il faut quand même que le propriétaire accepte de perdre de l’argent, parce que la location sera moins chère et il devra aussi gérer les dégradations et le renouvellement du bail. Bref, toute la gestion du locataire particulier qui nécessite un peu plus de suivi que le locataire commercial. Sur ce point, c’est possible. En revanche, pour tout le parc de bureaux vacants, que l’on retrouve plutôt en première ou deuxième couronne des métropoles, c’est totalement illusoire. Nous allons avoir des problèmes de bureaux vides, car il faut savoir que cela va coûter extrêmement cher, parce qu’il n’y a pas de balcons, parfois pas de fenêtres que l’on peut ouvrir, ce qui est impensable pour un appartement. Donc, il va falloir désosser tous les bâtiments et refaire toutes les façades. Il ne faut pas oublier que les immeubles de bureaux ne sont pas situés dans des endroits géniaux pour faire des logements, parce qu’il n’y a pas de services ou de commerces autour. Si cela se fait, il faudra des années…

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