Non, l’État ne nous protège plus !

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Simone Wapler est une journaliste et économiste française, spécialisée dans l'impôt dans une perspective de défense du contribuable. Avec son dernier ouvrage, chiffres et faits à l’appui, elle tente d’ouvrir les yeux des Français sur le vrai rôle de leur État. L’État nous protège-t-il vraiment contre le crime, contre l’adversité, contre les risques sanitaires de notre triste actualité, contre le viol de la propriété, la précarité, ou encore la pauvreté ? Le croire, c’est choir ! À partir du moment où les individus se sont constitués en société, ils ont consenti à déléguer la justice à la collectivité et ses représentants, et non plus à l’assurer eux-mêmes. Dès lors, une protection a été légitimement attendue de l’État. Mais l’État nous a-t-il un jour protégés ? L’évidence à laquelle il faut se rendre, c’est qu’aujourd’hui, les Français attendent encore cette protection, et même plus que jamais. Mais ils ne l’ont plus. Et cela depuis longtemps. L’État nous protège, oui… soit de risques imaginaires, soit de risques qu’il a lui-même créés, tandis que la liberté est attaquée, la propriété bafouée, et que nous sommes pris en otage par une envahissante bureaucratie. Dans l’entretien que Simone Wapler nous a accordé, elle souligne que « la crise sanitaire est révélatrice de l’inefficacité de l’État, cela a mis en évidence que l’État ne nous protégeait pas et, pire encore, parfois pouvait nous mettre en danger. Au début, il y a eu la gestion des masques, puis la gestion des lits d’hôpitaux, puis la gestion du gel, et maintenant celle des vaccins. Tout cela prouve que l’État ne nous protège pas. »

Elle souhaite d’abord ouvrir le débat sur l’État : « Il faut se demander pourquoi il y a un État. Historiquement, le besoin d’État était nécessaire pour déléguer la justice, puisque nous sommes passés d’une société où chacun faisait sa propre justice, à la création d’une instance pour régler les problèmes. Cela a contribué à faire évoluer la société dans le bon sens puisque l’on est passé du concept œil pour œil, dent pour dent - je me fais ma justice moi-même en tuant la famille de celui qui m’a nui - à un concept plus organisé visant à déléguer la justice à une autorité supérieure qu’est l’État. La première mission de l’État, c’est la justice. Au sens libéral, l’État doit protéger les intérêts de chacun et les intérêts communs de chacun, à savoir la liberté, la sécurité et la résistance à l’oppression. Malheureusement, on est passé d’un État qui devait assurer ses missions, à un État qui s’occupe de tout et qui fait tout mal. Si l'on revient à la crise sanitaire, l’État est omniprésent dans notre société, la santé est un poste extrêmement coûteux, on se gargarise d’avoir le meilleur système de santé du monde, mais on s’aperçoit que les résultats de la France en termes de gestion de la crise sanitaire sont médiocres et sont extrêmement coûteux, puisque nous sommes le pays qui dépense le plus d’argent pour sa santé. Pour un prix très cher, nous avons un résultat médiocre ! » Bien entendu, le rôle d’un État, c’est aussi celui d’unifier une nation au sein d’une même frontière : « Effectivement, c’est la garantie de se protéger d’une agression de gens extérieurs à la juridiction. Pour le moment, il faut reconnaître que nous ne sommes pas tellement menacés par l’extérieur. Mais, dès que l’on a dépassé les compétences que je viens d’énumérer, on est au-delà du champ régalien. »

Autre sujet d’actualité : doit-on craindre la taxation de l’épargne pour rembourser la fameuse dette Covid ? Simone Wapler analyse la situation : « Nous avons un État qui est tellement omniprésent qu’il estime que chaque individu doit lui déléguer sa destinée, de sa naissance à sa mort, et l’épargne n’est pas vue comme quelque chose de positif, mais comme une défiance vis-à-vis de l’État qui doit s’occuper de tout. Il se trouve que les finances publiques de notre pays sont en très mauvais état, les déficits successifs s’accumulent sous forme de dettes publiques, nous avons une pression fiscale qui est très importante, mais il ne faut pas oublier que nous avons aussi un déficit commercial qui est très important. Concrètement, les entreprises françaises ne sont pas capables de délivrer suffisamment de produits et de services que des pays extérieurs souhaiteraient acheter. Toute personne consomme et on recherche rarement ce qui est plus cher et de moindre qualité… On cherche à se procurer ce qui nous semble être d’un rapport qualité-prix correct. Acheter des produits à l’étranger, ce n’est pas grave en soi, ce qui est inquiétant, c’est le déficit commercial, c’est-à-dire acheter plus que l’on est capable de vendre à l’étranger. »

Sur la question de la saisie de l’épargne, elle rappelle, comme nous le faisons régulièrement dans L’Hebdo-Bourseplus, que les actions en bourse des entreprises ne peuvent pas être taxées ou saisies : « On ne peut pas nationaliser les marchés financiers, cependant, il ne faut pas oublier qu’une partie très importante des marchés financiers est aujourd’hui nationalisée à travers les obligations d’État. L’épargne liquide qui, autrefois, était placée dans des emprunts d’État rapportait quelque chose, aujourd’hui cela ne rapporte plus rien. Les actions de sociétés, c’est une bonne chose parce que ce sont des parts d’entreprises privées et l’État peut difficilement les nationaliser, encore faut-il acquérir des parts d’entreprise qui dégagent des bénéfices, donc qui ont des produits ou des services qui satisfassent leurs clients. Les banques centrales ont réussi à créer une bulle généralisée, une bulle financière sur les obligations qui sont plus que surévaluées puisque nous sommes en taux négatif. Il y a une création de crédit gratuit absolument monstrueuse. Ce crédit gratuit est venu se placer en priorité sur les actions, les obligations et l’immobilier. La création monétaire s’est placée en priorité sur ces actifs et peut-être moins sur les prix de la vie de tous les jours. »

En conclusion, Simone Wapler revient sur le thème de son livre : « La pression fiscale touche au racket, mais c’est de la fausse protection. C’est quelqu’un qui menace de mettre le feu à votre maison ou à votre boutique si vous ne le payez pas. Il faut prendre conscience que si l'on veut tout de l’État, on lui délègue toute notre vie et il ne faut pas s’étonner que notre épargne soit sous pression, que nos libertés soient sous pression et que la personnalité de chaque individu soit sous pression, parce que nous allons vers une gestion collectiviste. »

« Non, l’État ne nous protège plus ! » de Simone Wapler est publié aux Éditions Uppercut.

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