Protégeons nos enfants des écrans : 10 conseils du groupe Parents unis - Pas de smartphone avant 15 ans.

LITTÉRATURE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Devant les dangers inhérents aux écrans, en particulier le smartphone, chez les enfants et les adolescents, mis en évidence par des spécialistes, des parents se sont mobilisés pour s’unir et résister à la pression sociale et commerciale du smartphone. Leur objectif : fédérer suffisamment de parents pour qu’au minimum 15 enfants par classe au collège ne disposent pas d'un tel appareil et casser ainsi la pression de l’inévitable rengaine : « Tout le monde en a un ! ». Leur groupe Facebook rassemble près de 10 000 membres, avec des centaines d’adhésions chaque semaine. Fruit du partage d’expériences de groupe, le livre de Marie-Alix Le Roy permet de faire le point sur les dangers des écrans (pornographie, harcèlement en ligne, isolement relationnel, perte de temps au détriment des études...) et apporte des idées concrètes pour aider chaque parent à protéger son enfant et l’aider à développer son esprit critique.

Pour Marie-Alix Le Roy : « Il va y avoir une fracture numérique, c’est évident, entre les parents qui ont pris conscience de ce danger et ceux qui pensent qu’il faut vivre avec son temps. Dans les populations aisées, il y a beaucoup de parents qui donnent des smartphones très sophistiqués à leurs enfants, avec des débits importants, et cette inégalité ne sera pas sociale, mais sans doute en fonction du niveau d’éducation des parents. » Alors, pourquoi est-il dangereux de laisser un enfant sans contrôle avec un smartphone ? « C’est dangereux parce qu’il n’a pas atteint totalement sa maturité pour distinguer ce qui est possiblement dangereux, comme le fait d’être contacté par un inconnu. Il y a donc la question du harcèlement, car l’enfant ne peut pas mesurer tous les impacts que cela peut avoir. Il y a surtout cette projection d’images filtrées et l’enfant découvre une réalité tronquée, qui fait qu’il veut de plus en plus ressembler à son filtre. On voit des enfants qui font une dépression par comparaison, dans la mesure où ils ont l’impression qu’ils ont moins de « Like », ou parce que leur vie filtrée est moins belle que celle du voisin qui est plus doué pour faire la bonne photo au bon moment. Il y a aussi l’addiction : on a l’impression que l’on n'a passé qu'une heure sur son smartphone, alors que l’on y a passé quatre heures. On n’arrive plus à s’arrêter. Beaucoup de jeunes se connectent même la nuit. On voit des jeunes qui n’arrivent plus à vivre dans la vraie vie, parce qu’ils ont un rôle dans leur jeu vidéo. Certains garçons sont des stars dans leur jeu vidéo, alors qu’ils ne sont rien dans la vraie vie. Donc, ils s’habituent à ce monde parallèle et ils n’arrivent plus à créer de vraies relations. Après, il y a cette volonté d’avoir de moins en moins de contacts physiques, puisque l’on a tout sur son smartphone, alors que l’on ne remplacera jamais un regard ou des éclats de rire. Par ailleurs, il y a cette fameuse inégalité dans la parole, sans compter l’orthographe. Une étude indique que certains enfants qui ont passé beaucoup trop de temps devant leur écran ont mille mots en moins que les autres et n’arrivent pas à s’exprimer correctement. Les orthophonistes notent que depuis l’arrivée du smartphone, on a une explosion de consultations pour des troubles du langage et, plus globalement, de la concentration et du comportement. Il y a maintenant des bébés connectés, car dès que l’enfant pleure, on lui donne un smartphone pour le calmer dans un transport en commun ! Et ces enfants sont élevés avec ce que l’on appelle le parent présent-absent... C’est horrible, parce que cela peut entraîner des carences affectives très importantes. Le parent n’a pas conscience de cela, parce qu’il estime être tout le temps avec son enfant. Or, en réalité, il n’est pas là ! »

Une question se pose : a-t-on le recul nécessaire pour envisager ce que deviendront ces générations à l’âge adulte ? Marie-Alix Le Roy souligne : « On mesure l’impact de tout cela sur les troubles du langage, mais aussi sur les comportements sexuels, avec de plus en plus de consultations chez les sexologues de jeunes adultes qui ne peuvent plus avoir une vraie vie sexuelle, parce qu’ils sont très complexés, parce qu’ils s’imaginent qu’il faut faire comme l’acteur du film pornographique, avec une idée de performance extrême, ou parce qu’ils sont tombés dans une addiction à la pornographie. L’addiction à la pornographie est aussi difficile à régler que l’addiction à l’alcool. Par ailleurs, un professeur m’a dit qu’il arrivait, à chaque rentrée des classes, à percevoir en un quart d’heure qui était surexposé aux écrans, notamment par la capacité de concentration ou la façon de s’exprimer. Il y a de vraies différences entre l’enfant qui lit beaucoup, qui arrive à se concentrer longtemps, qui s’exprime avec beaucoup d’aisance, face à celui qui n’est pas capable de développer toutes ses compétences, parce qu’il a été exposé trop jeune aux écrans. » Elle lance l’alerte car, lorsque l’enfant est addict, c’est parfois déjà trop tard : « Cela devient très compliqué. Cela dépend du niveau d’addiction, mais la consultation psychologique est nécessaire, voire l’internement dans une cellule spécialisée pour se défaire de cette addiction. Il y a plusieurs centres en France qui sont spécialisés dans le traitement des addictions aux écrans. Il y a aussi des centres qui aident les enfants à se construire eux-mêmes parce qu’ils sont en permanence dans cette comparaison avec ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux, notamment la conscience que cela remplit un vide, mais il y a aussi un sentiment d’écœurement vis-à-vis de cette addiction. »

Enfin, l’addiction n'est-elle pas aussi liée à la nouveauté parce que, si l'on replonge dans le temps, on entendait formuler le même discours à l’arrivée de la télévision par câble ou par satellite : « Les spécialistes disent que les possibilités de manipulation de l’enfant sont beaucoup plus importantes avec le digital, parce que l’on cible une personne qui est manipulée et traquée en fonction de son comportement. Les addictions avec Internet ne sont pas du tout comparables avec la télévision. D'ailleurs, le jeu Fortnite a eu des problèmes lorsque l’on a appris que ses concepteurs avaient recruté des psychologues pour, justement, jouer avec ces failles. »

« Protégeons nos enfants des écrans : 10 conseils du groupe Parents unis - Pas de smartphone avant 15 ans » de Marie-Alix Le Roy est publié aux Éditions Marne.

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