Vers une espérance commune.
LITTÉRATURE
Gilles Cosson est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, souvent aÌ€ dimension historique – essais, romans et nouvelles – parus chez différents éditeurs, dans lesquels il se penche sur la cruautéÌ et le matérialisme du monde d’aujourd’hui. Son nouveau livre se positionne comme un bréviaire de sagesse visant à nous inciter à revoir nos rapports entre humains : « Le monde change de plus en plus vite et il nous pose vraiment des questions existentielles. Il y a celles qui sont bien connues, comme l’augmentation démesurée de la population ou le réchauffement climatique, et il y a maintenant cette histoire d’épidémie. L’histoire nous montre, par le passé, que beaucoup de changements structurels ont été dus à de grandes épidémies, c’est le cas de Rome à la fin de l’Empire romain. L’avenir nous amène à nous interroger sur des questions éthiques très importantes et c’est pour cette raison que j’ai proposé ce livre.
De plus en plus, les gens demandent des résumés clairs, des positions simples et un langage concis » explique l’auteur. En effet, l’univers qui nous porte est angoissant et nous sommes plus que jamais en quête de sens : « C’est une revendication fondamentale de l’être humain et, même dans les grottes de la Préhistoire, il y avait des signes cabalistiques qui évoquaient le monde des esprits. Sur ce plan de l’interrogation fondamentale, peu de choses ont changé. En revanche, pour ce qui a changé, les gens sont de plus en plus rétifs à accepter des opinions toutes faites et il suffit de regarder l’évolution d’un certain nombre de religions aujourd’hui. Vous avez à la fois un changement profond, la nécessité de s’adapter à ce changement et une demande éternelle et plus que respectable : Pourquoi suis-je là ? Pour combien de temps ? Ce sont de sacrées questions. »
Cependant, Gilles Cosson regrette l’abandon du sentiment religieux, aujourd’hui remplacé par une nouvelle ferveur à l'égard de la planète : « C’est une erreur et c’est une prétention insoutenable que de proposer de remplacer des religions respectables, qui ont pour elles la beauté des siècles, par une théorie fermée sur elle-même. En revanche, il est important de s’interroger sur l’évolution des religions d’aujourd’hui et sur leurs points de convergence possibles. Si vous regardez l’évolution de la chrétienté, vous observez presque partout un affaiblissement avec le profane qui prend de plus en plus d’importance face au sacré, en raison du matérialisme dans lequel nous vivons. Pour l’islam, c’est l’inverse, puisque nous sommes dans une position insoutenable, celle du retour au septième siècle, à l’époque où le sacré gérait tout. La définition d’une perspective nouvelle qui offre à chacun un espoir unitaire, sans renoncer à ce qu’il est, me paraît capitale. »
Gilles Cosson observe aussi que la perte du religieux entraîne parfois les individus vers davantage de nationalisme : « J’aurais pu dire aussi que les grandes idéologies sont convaincues d’être les seules à détenir la vérité. Le nationalisme, jusqu’en 1940, a pris la place de beaucoup de religions officielles parce qu’il offrait une réponse globale à ce besoin d’unité. Les pays d’Extrême-Orient sont à la fois nationalistes et areligieux. Le confucianisme ou le bouddhisme n’ont jamais prétendu fixer aux hommes des objectifs impératifs. En revanche, en matière sociale, il y a une liberté d’action qui est très grande. L’Europe est un continent laboratoire, parce que l’Europe a perdu un peu le sens de ses certitudes : à la place, il y a un matérialisme excessif, mais aussi une demande de sens. De l’autre côté, vous avez des religions absolutistes qui veulent absolument imposer leur façon de voir et ce n’est pas bon, car même les nationalismes d’aujourd’hui n’ont pas cette prétention à l’absolutisme d’autrefois. »
Gilles Cosson appelle les peuples à trouver un bon équilibre car, selon lui, ce sont les pays dont le socle culturel et religieux vacille qui sont les plus menacés : « J’ai même traité l’Europe de continent laboratoire car, les peuples ayant besoin de certitudes, le grand souci des royautés a été d’asservir les gens en leur proposant un idéal simple, comme l’idéal religieux ou l’idéal militaire. Ensuite, les catastrophes du XXe siècle, concernant les nationalismes, ont rempli le vide. Mais, à partir du moment où tout cela a disparu, on est retombé dans un laboratoire se fondant sur des questions culturelles et non religieuses. Aujourd’hui, ces questions culturelles ont été cédées par un matérialisme fantastique et, en face, il n’y a plus rien. L’Europe doit absolument trouver une voie de complément qui permette à l’avenir d’avoir une issue positive. »
Dans cette photographie globale, Gilles Cosson souligne que le monde oscille entre la misère spirituelle des uns qui voisine avec l’ébullition religieuse des autres : « Je suis un fervent partisan de la liberté, mais c’est quelque chose de rare et cher car pour être libre, il faut avoir une formation étendue, il faut avoir des points de comparaison, il faut avoir une éducation qui apprend à chacun le côté relatif de ses convictions, et c’est difficile. Je me suis trouvé devant cette difficulté car, voyant ce qui se profile en termes d’intelligence artificielle, de conquête spatiale et d’action sur les génomes humains, je me suis demandé ce que l’on m’offrait face à tout cela. L’homme ordinaire qui vit tous les jours une vie difficile attend qu’on lui propose quelque chose. »
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