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LVMH : le conglomérat est-il sorti des ronces ?
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 12 février 2021 (numéro 1.076) : “Vallourec : la bataille que nous allons mener, et gagner ”. Bonne lecture !!!
On peut penser ce que l’on veut de Bernard Arnault, mais il est quand même particulièrement gonflé, de la part de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, de réduire le personnage à une sorte d’amateur d’argent, affamé d’un euro de plus-value supplémentaire… surtout avec le dossier Carrefour, où ses premiers achats ont été effectués à 47 euros l’action… qui ne vaut plus que 14, et encore pas tous les jours. La France est un pays de jaloux, du coup, il est de bon ton de dire du mal du patron de LVMH.
Pourtant, alors que l’entreprise n’a jamais eu besoin de lever un seul euro sous forme d’une augmentation de capital, elle a connu un développement extraordinairement vigoureux, essentiellement par croissance interne, mais également par acquisitions, depuis que Bernard Arnault s’en occupe. Cela n’a pas empêché Bernard Arnault, de krach en krach, de monter sa participation et d’en détenir désormais une majorité claire en droits de vote (47,47% du capital, droits de vote doubles). Les minoritaires ne sont pas à plaindre, avec de gros coupons qui progressent et une plus-value fantastique.
Bien géré, tous azimuts.
Le groupe LVMH est un groupe bien géré, quelles que soient ses activités, à l’exception peut-être de l’activité presse et colifichets, une sorte de « danseuse du patron », où il paie des centaines de journalistes qui n’ont même pas la reconnaissance du ventre, alors qu’il comble les déficits annuels d’Investir, des Echos, du Parisien et de tout un tas d’autres publications. Le talent de Bernard Arnault n’est pas à nier. On a pu le remarquer en 2020. Dans la partie vins et spiritueux du groupe LVMH, qui pèse pour environ un dixième de l’activité, les volumes de ventes de champagne ont reculé de 19 %, mais le CA n’a reculé que de 15,48 %, tout simplement car le groupe a augmenté de façon très importante la tarification là où il pouvait le faire, sur les marques premium Ruinart et Dom Pérignon. Dans les cognacs et spiritueux, principalement Hennessy, le marché américain s’est plutôt bien tenu car il n’y a pas eu de taxation outrancière, de par l’excellence du relationnel entre Bernard Arnault, créateur d’emplois via une usine Louis Vuitton aux Etats-Unis et Donald Trump.
Moët & Chandon (le M de LVMH) et Hennessy (le H final du nom de la société) représentent toujours des activités ultra-rentables, même si elles forment une part désormais minoritaire du CA de l’entreprise LVMH. Dans le champagne, le groupe a constitué un patrimoine exceptionnel en superficie et, de loin, se trouve être le premier propriétaire de vignes, un actif qui vaut plusieurs milliards d’euros. Entre les vignes et les stocks (dont ceux destinés au vieillissement, dans le cognac ou dans la zone d’appellation de Champagne), on peut considérer que le patrimoine physiquement détenu par LVMH dépasse très largement les 10 milliards d’euros, c’est du tangible. La division mode et maroquinerie représente l’essentiel du CA, avec une distribution intégrée, il convient de ne jamais l’oublier. Les sacs et autres produits de Louis Vuitton sont vendus dans des magasins Louis Vuitton. Pour la fabrication, c’est autre chose. Une partie très importante est sous-traitée, souvent à l’étranger, qu’il s’agisse de la toile cirée ou qu’il s’agisse des fermetures à glissières ou encore quelques éléments (rares) comportant du cuir.