La France peut-elle tenir encore longtemps ? Il faut agir et c’est possible !
LITTÉRATURE
Agnès Verdier-Molinié collectionne les succès de librairie puisque son dernier livre « La France peut-elle tenir encore longtemps ? » est en tête des ventes. Les mesures drastiques de confinement et de couvre-feu coûtent énormément d’argent à l’État, notamment l'indemnisation des entreprises et le chômage partiel. Or les experts savent que le pays ne pourra plus résister très longtemps. Déjà, l’Espagne vient de renoncer à cette politique par manque de moyens. Lorsque la France ne pourra plus emprunter, devons-nous nous attendre à un effondrement de l’État, avec des fonctionnaires qui ne pourront plus être payés ? Faut-il craindre la saisie d’une partie de l’épargne des Français ? Agnès Verdier-Molinié est directrice de la Fondation IFRAP, think tank indépendant qui évalue les politiques publiques. Ses travaux sont suivis de près par le Parlement et certains ministres.
Elle estime que « c’est le moment de se réveiller ! C’est pour cela que j’ai décidé d’écrire ce livre et de le publier, alors que certains pourraient dire que ce n’est pas le bon moment et que nous ne sommes pas encore prêts à réfléchir à tout cela. Au contraire, je pense l’inverse et c’est maintenant le moment de s’interroger sur la suite de l’histoire. J’essaie de proposer des solutions qui sont chiffrées pour dire comment on peut s’en sortir. Je pense que la France peut s’en sortir, mais le sursaut doit être immédiat et toutes les décisions qui vont être prises dans les prochaines semaines vont énormément compter pour notre avenir ». Elle observe une prise de conscience et la fin du « quoi qu’il en coûte… » : « Je crois que la prise de conscience est énorme, notamment du côté de Bercy. Il y a beaucoup d’agents qui y travaillent depuis des années et certains sont venus me voir en me demandant de sonner l’alarme de la dette des finances publiques, sinon on ne s’en sortira pas. Je sais à quel point ils ne peuvent pas parler, parce qu’ils sont à l’intérieur du dispositif, mais j’ai toute liberté pour dire les choses. C’est ce que je m’emploie à faire dans ce livre en racontant ce que fait l’agence France Trésor, cette agence inconnue du grand public qui nous permet de récupérer de l’argent pour faire tourner le pays toutes les semaines. Mais cette agence n’est pas magicienne. Elle ne peut pas repeindre en rose la situation de la France en permanence en disant à nos investisseurs - ceux qui achètent de la dette française - que tout va très bien et que l’on va pouvoir continuer éternellement. D’une certaine manière, avec ce livre, je leur donne un coup de main pour faire comprendre à l’opinion, mais aussi à ceux du gouvernement qui continuent d’être des dépensiers patentés, qu’il va falloir penser différemment et que chaque euro d’argent public doit être dépensé de la meilleure manière possible. »
Pourtant l’opinion publique ne s’intéresse pas à ce sujet : « Le problème, c’est que les milliards, cela ne parle à personne. C’est pour cela qu’il faut faire de la pédagogie. J’explique qu’une semaine de confinement strict, c’est 16 milliards par semaine et 72 000 emplois qui sont menacés, et un confinement léger, c’est 7,5 milliards de richesse nationale qui s’envolent et 30 000 emplois qui sont menacés. Toutes les semaines, on met en péril notre économie et ce sont de futurs chômeurs. Ce n’est pas tenable. En 2020, on a beaucoup trop confiné. On a cramé toutes nos cartouches, alors que beaucoup de gens qui étaient en chômage partiel auraient pu continuer de travailler. Lorsque les entreprises avaient tout l’attirail pour protéger leurs salariés, les syndicats voulaient faire arrêter les chaînes de production. Beaucoup de productions ont été envoyées en Chine pendant le premier confinement. Nous avons sacrifié 4 à 5 points de PIB en 2020 en raison de l’arrêt total de notre économie, pendant que les Allemands et les Hollandais continuaient, tout en combattant le virus, à faire tourner leur économie. » Agnès Verdier-Molinié poursuit en évoquant les effets indirects : « Il y a un effet cascade et une étude du FMI vient d’indiquer qu’un jeune qui arrive sur le marché du travail sera impacté pendant quinze ans par ce qui est en train de se passer. Ce sont des effets qui ne sont pas mesurables immédiatement. Il y a aussi des effets sur la natalité, puisque l’on observe que le taux de natalité est en train de baisser en France, alors que nous étions parmi les meilleurs d’Europe, et cela aura un impact sur les retraites de demain. Tout ce qui est morosité ambiante a un impact sur la psychologie des Français avec, en plus, toutes ces décisions contradictoires. Face à cela, il faut donner un cap. Il faut combattre le virus, mais il ne faut pas détruire nos finances publiques, nos entreprises et nos emplois. Ce n’est pas simplement la faillite des entreprises, mais aussi la faillite de nos vies. Le quotidien de tous les Français va être impacté et la dette qui gonfle a un impact énorme sur la croissance potentielle du pays. Cela veut dire que, derrière, on va créer moins d’emplois, mais cela a aussi un impact énorme sur nos impôts, parce que la dette d’aujourd’hui ce sont les impôts de demain et l'on sait déjà ce qui risque d’arriver. Je consacre un chapitre entier à ce sujet en expliquant qu’il y a un risque d’avoir une taxe sur l’épargne et sur l’assurance-vie. J’ai écrit ce chapitre en regardant ce qui s’est passé dans l’histoire, mais aussi en regardant la loi Sapin 2, qui permet de bloquer les comptes d’épargne et d’assurance-vie des Français, ainsi qu'en regardant un amendement déposé à l’Assemblée nationale, par un proche de la majorité, pour défendre l’idée d’une taxe sur soi-disant l’épargne dormante. Tout cela se rapproche de nous. En Belgique, ils viennent de voter une taxe sur les assurances-vie. Tout cela nous pend au nez. Il n’y a pas d’argent magique. L’annulation de la dette, ou le non-remboursement de la dette, ce n’est même pas une option ! »
Agnès Verdier-Molinié répond à ceux qui pensent que la dette ne sera pas remboursée : « Quel ministre ou président de la République, alors qu’il a besoin de 260 milliards à emprunter sur les marchés, irait claironner que la dette ne sera pas remboursée ? Qui nous prêterait ensuite ? La BCE ne rachète pas toutes les dettes françaises. En plus, elle ne les achète pas en premier rideau, mais en deuxième rideau. Personne ne va prêter à un pays qui demande l’annulation de sa dette. En outre, l’annulation de la dette, qui pourrait se faire au niveau de la BCE, est rendue impossible par les traités et, même si l'on imaginait que ce n’est pas impossible, cela veut dire que la dette ira dans le bilan de la Banque de France. Ensuite, la Banque de France fera appel à l’État pour se renflouer, puis l’État fera appel aux Français et, à la fin, on aura des impôts supplémentaires. » Pour elle, nous sommes au fond de la piscine : « Pendant des années, on a pu nous balader en nous expliquant que la dette est finançable mais, quand vous regardez les 130 milliards d’anciennes dettes à refinancer et le nouveau déficit de 150 milliards, cela fait des paquets de près de 300 milliards d’euros par an. On emprunte 1 milliard d’euros par jour, soit 700 000 euros par minute ! Quand on est à ce niveau de financement, il y a un risque énorme. On est le pays qui taxe le plus, qui dépense le plus et qui emprunte le plus. Il est temps de se réveiller et, en plus, on décroche complètement par rapport à l’Allemagne. On était au même niveau d’endettement que les Allemands par rapport au PIB en 2003, autour de 63 %, on a doublé en part de PIB et on a triplé en valeur. Pendant que les Allemands se sont désendettés, depuis 2008 on a continué de s’endetter, même dans les années de croissance. Tout cela parce que l’on n’a pas voulu se doter d’un système de frein à l’endettement. Il suffit d’adopter ce système de frein au niveau constitutionnel en s’engageant à ne pas s’endetter quand on est en croissance et l'on va tout de suite retrouver des modalités de gestion de l’action publique beaucoup plus saines. On est dans un système malsain et on est tout le temps en train d’avoir des déficits, en croissance ou en récession. Il est normal de dépenser plus lorsque l'on est en récession, mais pas les années où l’on est en croissance. Il faut suivre le chemin des Allemands et des pays du nord de l’Europe, il faut repousser l’âge de départ à la retraite, il faut revoir le coût de fonctionnement des administrations qui coûtent 84 milliards de plus que dans les pays comparables. Je chiffre tout cela. Il y a énormément de leviers pour faire repartir la machine économique française, mais il ne faut pas se tromper de combat. Certains disent qu’il a eu trop d’austérité après la crise de 2008, or j’ai repris tous les chiffres et ce n’est pas vrai : les dépenses ont continué d’augmenter et les impôts ont énormément augmenté, puisque l’on est passé de 41 % à 45 % de taux de prélèvements obligatoires. L’austérité à la française, c’est augmenter les impôts, c’est supprimer des niches fiscales pour encore plus appuyer sur la fiscalité des entreprises et des ménages : c’est l’inverse de ce qu’il faut faire ! Il faut arrêter de parler d’austérité alors que la France n’en a jamais fait et il faut se poser la question de savoir comment on rentre, non pas dans une période d’austérité, mais dans une période de bonne gestion des finances publiques. »
En conclusion, « nous sommes dans une zone où l’on ne sait pas si l'on aura le cash pour tourner tout le temps. Les besoins sont tellement gigantesques que lorsque les Allemands, les Hollandais ou les Autrichiens auront rétabli leurs finances publiques et qu’ils se poseront des questions sur la monnaie, parce qu’ils n’auront pas envie d’avoir une monnaie affaiblie, ils nous diront que la crise est passée et qu’il faut retrouver une normalisation de la politique monétaire et des critères budgétaires que nous avons signés dans les traités. Si la France n’est pas prête, cela peut faire mal ». Agnès Verdier-Molinié ajoute qu’il y a aussi la question des retraites puisqu’il faut emprunter pour payer les pensions : « En mars dernier, tout d’un coup, les organismes sociaux ne pouvaient plus lever d’argent sur le marché et l’agence France Trésor a dû venir à la rescousse en urgence. L’économie d’un pays, la croissance, cela se crée dans nos entreprises. »
« La France peut-elle tenir encore longtemps ? Il faut agir et c’est possible ! » d’Agnès Verdier-Molinié est publié aux Éditions Albin Michel.
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