La Bretagne au coeur.
LITTÉRATURE
Journaliste et critique littéraire, Patrick Poivre d’Arvor est une figure incontournable du paysage médiatique et éditorial français. Auteur de romans, d’essais et de biographies, son œuvre est saluée par des prix littéraires prestigieux. À l’occasion de la sortie de son dernier livre, « La Bretagne au cœur », nous évoquons sa vision des médias, de la littérature, et bien entendu, de la Bretagne.
D’abord, il est tentant de lui demander ce qu’il pense de tous ces débats autour de la liberté d’expression, des appels au boycott quand des propos ne plaisent pas, ou lorsque des éditorialistes de France Inter demandent un contrôle des invités sur une chaîne comme CNews, jugée trop à droite : « J’ai commencé sur France Inter, en gagnant un concours qui s’appelait Envoyé spécial, il y a cinquante ans, puisque c’était en 1971. Je suis resté à France Inter pendant trois ans et demi. Il était inimaginable de demander aux gens ce qu’ils pensaient politiquement les uns les autres et cette radio avait une audience deux fois supérieure à celle d’Europe 1 et de RTL réunies. Les gens préféraient ce média parce qu’ils avaient envie d’avoir de l’information. Je n’aime pas quand l’information est viciée par du commentaire et que les choses ne sont pas claires. Il doit y avoir des informations, mais à côté une rubrique commentaires, qui donne le point de vue de la personne, plus que du journal d’ailleurs. Je n’aime pas le mélange des genres. Cela se voit malheureusement de plus en plus souvent lorsque, dans des interviews, les questions sont des affirmations qui permettent de deviner la sympathie de l’intervieweur. Je pense qu’il ne faut jamais savoir quelle est la couleur politique de celui qui vous interviewe. Depuis des décennies, le journalisme consiste à donner les points de vue des uns et des autres, et c’est aux lecteurs, aux auditeurs ou aux téléspectateurs, de se faire leur opinion. S’agissant des Français, le bon sens l’emporte toujours. Malheureusement, peu de gens s’intéressent à ce qui se passe dans le reste du monde. Depuis une bonne dizaine d’années, on s’aperçoit que nos intérêts sont très repliés sur nous-mêmes, avec beaucoup de frilosité et peu d’ouverture sur le monde ».
La nécessité d’être impartial n'est-elle pas aussi liée à la puissance du média car, aujourd’hui, face à la multiplication des chaînes, chacun veut parler plus fort que l’autre ? PPDA rappelle : « Oui, mais quand je présentais le journal, j’avais des concurrents, notamment France 2, France 3, ou même BFM et LCI, qui existaient déjà à ce moment-là. Donc, je n’étais pas dans une situation de pur monopole. Si les gens venaient nous écouter, plutôt que les concurrents, c’est parce qu’ils trouvaient sans doute leur bonheur. On n’oblige jamais les gens à écouter telle ou telle station de radio ou à lire tel ou tel journal avec un pistolet sur la tempe. »
Revenons à ses livres. Dans ses derniers romans, notamment « L’Ambitieux » ou « La Vengeance du Loup », on se demande quelles sont les frontières entre la fiction et la réalité : « J’ai toujours aimé ça. Au fond, c’est une façon de donner mon opinion sur le monde, sur la comédie humaine qui nous entoure et, en même temps, je brouille les pistes. Je trouve assez agréable, en tant que romancier, de pouvoir utiliser cette forme romanesque, plutôt que la forme de l’essai, car les essais se démodent très vite. Quand vous relisez Alexandre Dumas, Maupassant ou Balzac, qui parlaient merveilleusement de l’ambition ou du pouvoir, vous vous apercevez que tout cela existe toujours, peu importe l’époque. Les choses sont éternelles, d’une certaine façon, et le roman permet cela. »
Cette rencontre avec Patrick Poivre d’Arvor est aussi l’occasion d’évoquer l’avenir du livre : « Contrairement à ce que je pensais un certain moment, le livre tient bien le coup. Le livre résiste. Or, ce n’était pas gagné. De temps en temps, il y a d’énormes succès de librairie, c’est bien. On ne peut pas reprocher à Musso, Chattam ou Levy d’avoir trouvé de bonnes recettes éprouvées, mais il y a par ailleurs d’autres types de littérature, comme l’exofiction, qui a eu son heure de gloire. Il y a eu aussi les biographies pour raconter la vie de tel ou tel personnage qui fait partie de l’imaginaire collectif. Finalement, il y a beaucoup de choses très variées et l’édition s’en sort bien. Les gens ont toujours besoin de lire. »
Il ajoute : « Je n’ai jamais cru à la tablette ou à la liseuse. C’est utile pour un certain nombre de gens qui se déplacent et qui ont besoin d’avoir plusieurs livres pendant leur déplacement, mais rien ne remplace l’odeur du papier. Toutefois, je lis Le Monde sur ma tablette car je n’ai pas les mêmes pudeurs pour un journal. Je reçois beaucoup de livres et j’aime encore découvrir l’objet livre. C’est un enchantement à chaque fois. »
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