Mozart s’est-il contenté de naître ?

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

La période de confinement a au moins le mérite de nous permettre de découvrir des auteurs qui publient des essais uniquement en format numérique et qui ont parfois des analyses intéressantes. Tel est le cas de François de Coincy, chef d’entreprise à la retraite, qui développe des idées libérales en partant d’une analyse quasi philosophique sur l’inné et l’acquis dans son ouvrage intitulé « Mozart s’est-il contenté de naître ? ».

L’auteur, que nous avons interrogé, revient sur l’origine de ce titre : « Il y a une question que l’on peut se poser et qui va définir un choix de société et, en fonction de ce choix de société, la réponse économique apparaît plus claire. Le choix d’une économie, c’est aussi le choix d’une vie et d’une philosophie d’existence. Si l'on choisit la liberté plutôt que le collectivisme, c’est parce que, fondamentalement, on a envie d’être libre et d’être soi-même. C’est une philosophie d’existence. Si l'on n’est pas capable de répondre à la question posée, on doit déjà essayer de se poser la question pour se comprendre soi-même. »

Selon lui, lorsque l'on entend le gouvernement expliquer que l’on résoudra tout par la croissance, cela ne signifie pas grand-chose car, derrière la croissance, il y a l’emploi : « Il y a surtout des projets. Les hommes sont faits pour faire des projets car sans projet, on n’existe pas. Notre existence est d’abord ce que l’on a envie de réaliser, même si on ne le réalise pas. Notre activité, c’est de pouvoir se projeter pour faire quelque chose, car c’est ce qui donne un sens à notre existence. C’est le mouvement et l’action. C’est pour cela qu’il ne faut pas se tromper de sens quand on réfléchit sur l’économie. Donc, c’est l’emploi qui fait la croissance et ce n’est pas la croissance qui fait l’emploi. »

Derrière l’emploi, il y a aussi l’analyse que nous pouvons faire sur notre contribution personnelle au système économique et l’auteur nous incite à réfléchir sur la richesse que nous apportons individuellement : « On se compare souvent par rapport à ses revenus, sans se poser la question de ce que l’on apporte comme richesse. Il n’y a pas uniquement le revenu que l’on tire, c’est ce que l’on apporte qui est intéressant. C’est ce qui justifie une certaine inégalité dans les revenus. Les gens ont des capacités productives très différentes. Elle est très forte chez certains et plus faible chez d’autres. C’est ce qui justifie la nécessité d’avoir une grande solidarité entre les gens. Mais il ne faut pas oublier que la richesse se crée. Dans un monde libre, si les gens sont riches, ce n’est pas un hasard. Dans un monde contraint, c’est différent, la richesse n’est pas nécessairement celle de notre travail. Le principe de la liberté, c’est que l’on a droit au produit de son travail et la richesse n’est pas un système de répartition, mais d’abord un système de production. »

Cependant, François de Coincy n’hésite pas à dénoncer les travers de la société : « Il y a une tentation permanente de se laisser aller vers la protection de l’État, donc vers davantage de réglementation, sans avoir beaucoup de degrés de liberté. Ce que je crois, c’est que les degrés de liberté permettent l’initiative, mais aussi de nouvelles richesses et de nouvelles avancées. Il ne faut pas oublier que seulement 40 % de la société économique est réellement libre. Le reste est un monde dirigé : je ne parle pas de réglementation, mais de marché dirigé. Quand vous avez des prix qui sont imposés, on est dans un marché dirigé. Mais quand vous avez une réglementation qui permet de clarifier les échanges, cela permet beaucoup plus de libertés. »

Cela lui donne l'opportunité de rappeler qu’un emploi de fonctionnaire a pour effet de tuer deux emplois dans le secteur marchand : « C’est une tentation permanente des politiques, parce qu’ils ont les moyens de l’État à leur disposition, des demandes permanentes, et la tentation est de répondre par un certain dirigisme en disant qu’ils vont faire toute une série de choses en embauchant des gens. Cette tentation est horrible, parce que cela nous emmène dans un monde contraint. Il faut savoir en sortir. Il aurait fallu que les décisions soient de plus en plus proches des gens : c’était l’idée de la régionalisation. Mais on a créé des régions qui n’ont en réalité aucun pouvoir et qui ne décident rien. On n’a pas réussi à créer un système politique qui nous libère davantage. »

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