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Télécoms : l’Eldorado perdu, Altice Europe et Orange.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 30 octobre 2020 (numéro 1.061) : “Automobile : la reprise en V”. Bonne lecture !!!
Lorsque Vivendi a décidé de mettre en vente le groupe SFR, personne n’aurait pu penser que le petit Numericable, propriété du polytechnicien franco-israélien Patrick Drahi, allait emporter les enchères. La plupart des observateurs estimaient que l’affaire était quasiment réservée à Bouygues Telecom, une sorte de compensation, voire une simplification du marché, on passerait, même en gardant plusieurs marques, de quatre à trois opérateurs. Il n’en fut rien. Le pirate est arrivé aux commandes… et cela a dégagé autour des oreilles. Dans un premier temps, fidèle à sa réputation de sauvagerie dans la gestion de ses relations avec les fournisseurs, SFR a arrêté de payer les factures, exigeant des rabais de 30, 40 voire même plus de 50 % dans certains cas.
Comme le groupe Altice avait pris le contrôle du quotidien Libération et de l’hebdomadaire L’Express, pour essayer de gruger l’Etat, il fut décidé de lancer un abonnement automatique à L’Express et à Libération, avec TVA 2,1 %, valorisé une vingtaine d’euros (une révélation de l’Hebdo BoursePlus en son temps)… une réduction était donnée alors aux clients des box Internet SFR, toujours de 20 euros TTC… avec TVA de 20 %, du coup, à facture équivalente, l’Etat se retrouvait grugé de plus de 3 euros par abonné et par mois. Sur 6 millions d’abonnés, cela représente beaucoup d’argent !
Drahi : le pirate surendetté.
A la fin, Altice a été condamné pour abus de droit, les comptes se sont rééquilibrés… L’Express a été cédé, Libération également. Cela montre bien quelles sont les méthodes de gestion du groupe surendetté, qui s’est scindé en deux il y a quelques années, pour former Altice Europe avec les activités de France essentiellement, du Portugal, d’Israël et de République dominicaine, Altice USA ayant pour sa part récupéré les réseaux câblés en Amérique du Nord. Pendant très longtemps, SFR a été surnommé dans la profession du sobriquet de « O+ » (groupe sanguin indiquant le donneur universel), puisque tout le monde allait puiser dans la clientèle de SFR. SFR parle beaucoup de fibre optique, mais souvent, ses réseaux s’arrêtent à la porte de l’immeuble, et la fibre ne va pas jusqu’à la prise de la box, le débit étant donc beaucoup plus réduit que lorsqu’il y a une fibre qui va jusqu’au fin fond de l’appartement, là où se trouve l’installation. Dans le téléphone fixe, le groupe a une base de 9,4 millions d’abonnés dont 6,4 millions en France. Après avoir alimenté la croissance de ses principaux concurrents, il a stabilisé sa clientèle, via une grosse braderie des prix, et semble avoir abandonné la braderie tout en restant en légère croissance, cela vient du confinement, et des besoins liés au télétravail, comme chez les confrères. Il n’empêche qu’en net des désabonnements, SFR est le plus petit des recruteurs français.
Covid-19 ? Altice seul à recourir au chômage partiel.