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Télécoms : la fin de l’Eldorado.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
✍️ Par Nicolas MIGUET
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 23 octobre 2020 (numéro 1.060) : “Télécoms : fin de l’eldorado, partie 2”. Bonne lecture !!!
Bercy va toucher près de 3 milliards € au titre des licences 5G. La téléphonie, comme la bagnole, est devenue une machine à taxer. 20% de TVA sur les achats de matériels, 20% sur les factures, Is pour les opérateurs rentables, redevances et licences pour les 3G, 4G et désormais 5G, pour la diffusion d’images... Le téléphone est devenu une sorte de troisième main, un membre indispensable à toute personne vivante, ou presque, qui ne peut se passer de cet outil, alors que, il y a quelques décennies seulement, 85 % de la France attendait le téléphone et les 15 autres pourcents attendaient la tonalité, le sketch du « 22 à Asnières » a fait le bonheur des humoristes des années 1960 et encore au début des années 1970.
Un téléphone dans chaque poche..
Aujourd’hui, qu’il s’agisse de l’accès à Internet ou de la téléphonie mobile, le taux d’équipement des foyers est proche de 100 %, parfois même supérieur puisque certains ont plusieurs abonnements téléphoniques, dédiés à des usages différents, familiaux ou professionnels. Avec le téléphone et les accessoires qui sont liés (dont les tablettes numériques), tout le monde ou presque est joignable à tout moment, l’entreprise a étendu son domaine très au-delà des bureaux, et le télétravail qui se répand de plus en plus en est aujourd’hui un des effets les plus significatifs. Pourtant, les Français estiment désormais que le téléphone c’est un accès illimité, qu’il s’agisse du visionnage de la dernière série à la mode ou qu’il s’agisse d’un simple échange de messages plus ou moins fugaces et plus ou moins importants, sur des sites de conversation (WhatsApp…), ou via un coup de fil beaucoup plus classique, ce que l’on appelle des échanges de voix en contraste avec les échanges de données. Pendant très longtemps, et surtout après l’irruption fracassante de Free Mobile (du groupe Iliad, déjà à l’origine du service d’accès à Internet Free), on a considéré qu’il y avait un opérateur téléphonique en trop en France, et que Bouygues Telecom était celui qui devait disparaître, en se faisant manger délicatement par les trois autres opérateurs, qui s’étaient déjà partagé les dépouilles… et avaient fixé le prix de la rançon : 10 milliards d’euros.
... mais accès illimité et faible consentement à en payer le prix.
J’ignore si Martin Bouygues a eu tort de refuser de vendre sa créature pour 10 milliards d’euros, en attendant, la valorisation de l’ensemble du groupe Bouygues (plus de 75 % du CA dans la construction, juste 16 % dans les télécommunications) est de l’ordre de 12 milliards d’euros au cours actuel de 31,50 euros environ. Du point de vue des banques d’affaires et d’un certain nombre d’opérateurs sur les marchés, Martin Bouygues a eu tort… du point de vue de la morale, cela se discute. Si les résultats du S1 de l’ensemble du groupe Bouygues n’ont pas été si mauvais que cela, cela ne vient pas du BTP, encore moins des constructions ferroviaires ou routières, mais beaucoup plus de la très bonne santé de Bouygues Telecom.