Une jeune pousse française en pointe dans la biométrie vocale.

LA NOUVELLE ÉCONOMIE INTERVIEW

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Jean-François Kleinfinger, président de Whispeak : « L’un des avantages majeurs de la voix, c’est qu’il y a déjà partout des capteurs. »

La transformation numérique en cours induit deux tendances de fond qui sont accentuées par la crise de la Covid-19 : les interactions à distance deviennent la norme et la voix apparaît comme un vecteur privilégié d’échange avec les machines. Whispeak propose une solution d’authentification par la voix, facile, rapide, et en toute sécurité. L’enjeu est colossal puisque le marché du vocal est estimé à 26 milliards d’ici à 2025. Au sein de ce marché, le segment de la biométrie vocale va connaitre un taux de croissance de 100 % par an, passant d’une valeur estimée d’un milliard de dollars en 2019, à 3 milliards d’ici à 2024. L’entreprise vient de réaliser sa première levée de fonds, d’un montant de 560 K€. Whispeak propose une solution de biométrie vocale qui sécurise les processus d’authentification ou d’identification et améliore l’expérience utilisateur dans les phases de vérification d’identité.


L’Hebdo-Bourseplus : On parle beaucoup de la voix comme d’un élément essentiel dans l’utilisation des nouvelles technologies. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de travailler sur la biométrie vocale comme moyen d’identification ?

Jean-François Kleinfinger : Le sujet est le suivant. Quand j’appelle ma banque, je dois décliner le prénom de mon chien, l’âge de ma grand-mère et le nom de mon meilleur ami d’enfance pour que l’on sache que c’est bien moi. Des informations que l’on peut d’ailleurs trouver sur Internet... Évidemment, je trouve que c’est assez pénible. Dans le même temps, quand je m’occupe des comptes de mes parents, je constate qu’ils ont mis le même mot de passe sur tous les sites de France et de Navarre, et que tout le monde peut avoir accès à leurs données fiscales, de santé ou bancaires... C’est finalement assez inquiétant ! On est dans un dilemme permanent entre la fluidité du process d’authentification et l’indispensable sécurité. On est en train de massifier l’interaction digitale et l’on ne devrait pas avoir à choisir entre la fluidité et la sécurité. On pense qu’il est possible de rajouter des facteurs complémentaires au processus d’identification, sans nuire au principe de simplicité et, justement, la biométrie vocale permet ce genre de choses.

Quand vous voulez sécuriser un process, vous devez avoir ce que vous avez (un téléphone, une carte, une clé), ce que vous savez (un mot de passe ou une phrase clé) et, enfin, il y a ce que vous êtes (empreintes digitales, ADN, reconnaissance faciale ou reconnaissance de la voix). Dans chaque système, il y a des avantages et des inconvénients. Il faut des capteurs spécialisés et l’un des avantages majeurs de la voix, c’est qu’il y a déjà partout des capteurs, que ce soit dans votre voiture, votre interphone, votre ordinateur ou votre téléphone.

C’est aussi le vecteur d’interaction naturelle entre les êtres humains et, en période de crise sanitaire, c’est un facteur de contact à distance. La voix a de nombreux intérêts et l’on pourrait presque dire : « Je parle, donc je suis ». Nous avons développé des moteurs de reconnaissance du locuteur, basés sur l’intelligence artificielle, qui sont capables de reconnaître la proximité de deux voix avec plus de 99 % de succès. Le processus d’authentification est déployé en SaaS (Software as a service), donc c’est accessible à partir de n’importe quel type d’application, tout cela après avoir envoyé une signature vocale, et cela se gère avec une interface d’administration qui permet aux directions métiers de constituer leurs applications vocales à partir de nos briques. On peut même ajouter de la reconnaissance de texte, qui permet de reconnaître ce que l’on dit, mais notre technologie permet surtout de reconnaître qui le dit. Ensuite, il y a les traitements de bruit ou les détections de fraude.

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