Les Seigneurs de la route. Portraits de 40 géants du cyclisme.
LITTÉRATURE
Pour cette première rubrique littéraire de la rentrée, nous abordons un sujet léger, le Tour de France, qui se déroule ce mois-ci, avec Henri Sannier. Passionné de cyclisme, Henri Sannier a été pendant 50 ans un journaliste de télévision du service public. Il crée en 1986 le 19/20 sur France 3, puis devient rédacteur en chef et présentateur du 20 heures et du 13 heures sur Antenne 2. Nommé directeur de la rédaction nationale de France 3, il présente également le Soir 3. Par la suite, il est directeur délégué du service des sports de France Télévisions, il présente pendant 17 ans Tout Le Sport sur France 3, commente le Tour de France et anime Le Journal du Tour. Depuis 1977, il est maire d’Eaucourt-sur-Somme et il préside depuis 1990 le festival de l’Oiseau et de la Nature en baie de Somme.
Dans un ouvrage innovant, illustré par des photomontages graphiques, Henri Sannier partage sa passion pour ces hommes au destin hors du commun, qui se surpassent sur la route pour livrer des émotions sans pareilles à tous les amateurs de la Petite Reine et des courses mythiques. L’homme a toujours été passionné par le vélo : « Le premier cadeau de mes parents, je m’en souviens encore. Pourtant, j’avais un an : c’était un petit vélo rouge... En arrivant à l’école primaire, mon instituteur m’a demandé ce que je voulais faire plus tard et j’ai répondu que je voulais devenir journaliste pour commenter le Tour de France. C’est une très vieille passion que je continue d’entretenir. Cette passion est aussi née grâce à une rencontre avec Louison Bobet : « C’était grâce à ma grand-mère. Elle habitait à Fontenay-sous-Bois, à côté de chez Louison Bobet qui était mon idole à cette époque-là. Et j’ai eu l’occasion de le rencontrer. Alors, on n’a pas fait de photographies, parce qu’à l’époque les portables n’existaient pas, mais c’est une belle image qui est restée gravée dans ma tête ».
Si nous évoquons le Tour de France dans L’Hebdo-Bourseplus, c’est aussi parce que c’est une manifestation qui permet de faire découvrir la France dans le monde entier : « Il y a le Tour d’Italie, le Tour d’Espagne, mais il n’y a pas du tout le même engouement que pour le Tour de France, qui est inimitable. Il est retransmis dans 151 pays ! Dans n’importe quel pays du monde, on connaît le Tour de France et ses vainqueurs. C’est aussi un moyen de faire connaître la France, puisque l’on découvre la France grâce aux hélicoptères. Ce que fait France Télévisions est extraordinaire, parce que l’on voit la course. Alors, la majorité des gens retiennent ces paysages extraordinaires. Ma maman, qui a vécu jusqu’à 98 ans, me disait toujours : « Je t’écoute, c’est bien gentil, je ne connais pas trop les coureurs, mais mes vacances c’est de regarder le Tour en découvrant la France vue du ciel ». La majorité des gens en profitent ainsi ». Pourtant, cette année, cette manifestation se déroule en septembre : « Le Tour de France, c’est la France de juillet. Ce sont des gens qui s’amusent et qui s’enthousiasment sur le bord des routes. Ils saucissonnent en regardant passer la grande boucle... Évidemment, là, c’est la rentrée, la plupart des gens travaillent et il y aura beaucoup moins de monde sur le bord des routes. Mais je pense qu’il y aura toujours un engouement pour le Tour de France, même s’il a lieu en septembre ».
Le journaliste livre un souvenir personnel qui le lie à chacun de ces héros dont il brosse le portrait et narre les exploits. Par exemple, une photographie en noir et blanc de Jacques Anquetil qui a bercé toute sa jeunesse : « Elle a toujours été avec moi ! Depuis que je suis gamin, j’ai cette photo de Jacques Anquetil. Il est superbe sur son vélo, il est élégant, il a du talent, il est efficace et il remporte le Grand prix des Nations à 19 ans. Cette image a été dans mon bureau pendant toute ma carrière, plus de 40 ans, et je l’ai vraiment gravée dans mon cœur. Il était superbement beau sur son vélo et j’ai eu le privilège de commenter avec lui quelques épreuves à la télévision. J’ai eu aussi la grande tristesse d’annoncer son décès en ouverture du journal de 20 heures. C’est l’un des moments les plus durs et les plus troublants de ma carrière ».
Il évoque aussi Raymond Poulidor dont l’image traverse les générations : « Je n’étais pas un supporter de Poupou, car j’étais pro-Anquetil... J’aime bien les gens qui gagnent. J’aime les gagnants, pas les perdants... Et Poupou avait pour moi l’image du deuxième, alors qu’en réalité il n’a pas toujours été deuxième : il a gagné énormément et il a été plus souvent troisième que deuxième. Mais c’est un monsieur très attachant, qui a beaucoup de cœur, il sait parler au public. Je suis devenu ami avec lui. Il est venu à la maison, on a fait des courses ensemble et il disait toujours : « Je porte un maillot jaune virtuel qui a été tricoté par l’ensemble des Français ».
Je trouve que cela colle bien au personnage ». On devine une tendresse intellectuelle pour Laurent Fignon : « J’ai travaillé avec lui. Ce n’était pas toujours facile, parce qu’il avait gagné deux fois le Tour de France et il admettait difficilement que d’autres personnes, comme des journalistes comme moi, parlent du Tour. Alors, il me remettait un peu à ma place de temps en temps... Mais quel plaisir de travailler avec lui ! C’est un monsieur clairvoyant, intelligent, et j’ai vécu deux années extraordinaires de commentaires avec lui ».
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