Gros plan sur l’agression subie par un maire rural.

LA VIE DES COMMUNES ET COLLECTIVITÉS LOCALES

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Philippe Becheau, maire de Saint-Philippe-d’Aiguille (Gironde) : « Je suis extrêmement pessimiste sur l’évolution de la société. »

Philippe Becheau, maire de Saint-Philippe-d’Aiguille, une commune de 418 habitants située dans le département de la Gironde, a été agressé un mardi soir d’août alors qu’il avait été appelé pour faire cesser les nuisances d’un groupe bruyant de jeunes qui jouaient à la pétanque. Il leur a demandé de baisser le volume de la musique. Un individu l’a agressé verbalement, puis physiquement, et son téléphone portable a même été cassé. Le Premier ministre, Jean Castex, a apporté son soutien à l’élu. Philippe Becheau répond aux questions de L’Hebdo-Bourseplus.


L’Hebdo-Bourseplus : On a le sentiment que les communes rurales ne sont plus épargnées par les phénomènes de violence que l’on connaît dans les grandes villes. Qu’en pensez-vous ?

Philippe Becheau : Heureusement, cela n’arrive pas tous les jours, mais nous avons de plus en plus d’incivilités et de refus de l’autorité. On nous a mis les conciliateurs de la République pour les petites incivilités et les problèmes entre voisins, mais il est vrai que la situation s’aggrave depuis pas mal de temps. C’est le début de mon deuxième mandat et, pour vous donner un exemple, ma première rentrée scolaire a été extrêmement surprenante car nous avions des incivilités d’enfants en primaire sur le parking de l’école et parfois même des agressions d’enfants de CE1 ou de CE2 ! Cela m’amène à dire qu’il n’y a plus d’instruction civique, comme apprendre à respecter les élus. En plus, toute la jeunesse ne va plus au service national, donc on ne sait plus qui ils sont. Ils n’ont pas eu de rapport à l’autorité. Tout cela fait que certaines personnes sont n’importe où à n’importe quelle heure, sans comprendre que nous sommes tous différents mais que nous devons vivre ensemble.

Donc, à partir d’une certaine heure, il faut baisser la musique, arrêter de jouer à la pétanque, ne plus passer la tondeuse… Tout cela crée des tensions. Vous évoquez les grandes villes, or il faut comprendre que nous avons exactement les mêmes fonctions que les maires des grandes villes. J’ai exactement les mêmes fonctions que Madame Hidalgo, mais elle a des services dans tous les sens, des services sociaux, une police municipale... Elle peut déléguer des responsabilités à différents services, alors que nous ne pouvons pas le faire. Je suis le gendarme, l’assistante sociale... Je dois tout savoir et je dois tout faire. Quand il y a une coupure d’électricité, c’est le maire qui doit y aller…

Maintenant, nous avons des gens qui se moquent des élus ou qui se moquent des gendarmes et, quand vous leur faites une réflexion, ils se vexent. Il y a l’alcool et la drogue qui sont de véritables fléaux. Si vous regardez notre zone géographique, toute la Dordogne, nous sommes en zone prioritaire où nous devons avoir des forces de l’ordre conséquentes pour pouvoir faire des patrouilles. Je vois le trafic de drogue sur Castillon, cela se remarque dans des carrefours. C’est un phénomène qui me fait peur, parce qu’il n’y a plus de respect et de bien vivre ensemble. Les gens ne respectent plus rien. Nous avons des services de poubelles extraordinaires, mais les gens mettent leurs ordures dans les caniveaux…

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