Si certains morts-vivants de la cote bougent encore, certains feront mieux.
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 4 septembre 2020 (numéro 1.053) : “Les paris de l’automne ”. Bonne lecture !!!
Les survivants des secteurs sinistrés seront rares. Les entreprises dont le retournement vous sera profitable encore davantage. A la casse, il y a énormément d’entreprises, qui sont actuellement horriblement sous-cotées si l’on compare leur dimension boursière d’il y a un an. Pourtant, toutes ne se valent pas. Le groupe Accor, qui vient juste de publier ses résultats semestriels, est dans une situation délicate, obligé de tailler dans ses effectifs, et forcé à poursuivre la vente d’un certain nombre d’actifs alors que les conditions de vente ne seront plus du tout favorables. Par chance, les ventes de murs d’hôtels ont pu être effectuées de façon importante au cours des deux dernières années, le groupe Accor peut bénéficier en France et dans d’autres pays de mesures de chômage partiel, réduisant ses effectifs, réduisant sa consommation de cash, il survivra, mais il ne sera pas en bon état. Qu’il soit rassuré : les concurrents seront dans un état vraisemblablement encore plus triste et les locataires de logements meublés touristiques (Airbnb…) vont être dans un malheur encore plus grand puisque leurs banquiers vont exiger les mensualités alors qu’ils n’ont pas de recettes au titre d’une fréquentation touristique qui a disparu. Accor vaut entre 12 et 15 euros, pas 23 !
Recapitalisations dillutives en vue.
Dans le domaine du tourisme, vu l’incertitude sur sa recapitalisation et sur l’arrivée éventuelle d’un nouveau partenaire, avec des conditions qui pourraient être drastiques de dilution des actionnaires anciens (on parle de Volkswagen…), j’exclurai Europcar, qui n’est pas une entreprise déméritant, ayant prouvé son extraordinaire adaptabilité. Sur Europcar, si l’on est actionnaire on le reste, mais il ne faut pas considérer que le retournement se fera comme celui d’une crêpe, avec un Louis d’or dans la main, pour apporter chance et abondance pour l’ensemble de l’année, comme une vieille tradition normande le faisait lors des fêtes de la Chandeleur. Europcar Mobility Group pourrait être un joker pour les plus spéculateurs d’entre vous. La bonne tenue des prix de revente des véhicules d’occasion récente qui a été constatée un peu partout en Europe lors de la réouverture des concessions automobiles a été un vrai coup de vent agréable pour nettoyer le bilan d’Europcar et d’un certain nombre de ses concurrents, qui ont repris toute une partie de l’activité (location de VUL pour des déménagements par exemple), mais pâtissent, en dehors de quelques îles et îlots bénis des dieux comme la Corse, d’une très médiocre fréquentation des touristes étrangers, principaux locataires de voitures à leur descente d’avion ou d’Eurostar. Europcar va souffrir, et ne peut envisager de retrouver sa dimension de 2019 avant l’année 2023 au mieux.
Air France-KLM : sureffectif conservé, personnel au sol.
C’est mieux que pour Air France-KLM ! La compagnie aérienne paneuropéenne a emprunté, avec garantie de l’Etat, ou obtenu des avances d’actionnaires de la part des Etats français et néerlandais pour un total de 10,4 milliards d’euros, cet argent sera totalement impossible à rembourser dans un avenir prévisible. Le directeur général d’Air France-KLM, le canadien Benjamin Smith est un bon gestionnaire, il est réaliste, là où les ministres disent qu’il ne faut pas supprimer d’effectifs ou très peu, il tape du poing sur la table, il essaie de faire passer son plan social, et je crois savoir que sa démission est dans la balance. En tout cas, lors de la présentation des pitoyables comptes du premier semestre (qui comprennent pour plus d’un demi-milliard d’euros d’éléments exceptionnels au titre de l’arrêt de l’exploitation des Airbus A380 et A340 qui restaient encore dans la flotte), le directeur général du groupe a été malheureusement clair et a rejoint mon opinion exprimée dès mars 2020 à savoir que le groupe ne serait en mesure de dégager du cash via son exploitation qu’à partir de 2025 au plus tôt. Je rappelle qu’en théorie, les prêts avec garantie de l’Etat ont été accordés pour un an renouvelable, les conditions du renouvellement ne sont bien évidemment pas assurées. Les frais financiers vont devenir un handicap supplémentaire pour des compagnies aériennes (Air France, KLM, Transavia…) qui ont des coûts supérieurs à ceux de Ryanair, easyJet… Selon mes informations, dans les meilleures hypothèses, à partir du mois de septembre-octobre, il y aura entre 25 % et 30 % de la flotte d’Air France-KLM qui sera exploité, pas un avion de plus.
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