La mascarade démasquée.

LITTÉRATURE

✍️ Par Yannick URRIEN

Thierry Velu est le fondateur du GSCF, une organisation de pompiers humanitaires qui intervient depuis 1999 en tant qu’O.N.G. dans de nombreux pays en guerre, mais aussi en France, pour aider les personnes sans domicile fixe. Dans un livre témoignage, il s’insurge contre l’aveuglement de l’État et le manque de bon sens des administrations. Il s’indigne aussi à propos du scandale des masques, car, en période de confinement, lorsqu’il n’y en avait pas, les représentants de l’État répétaient sur toutes les chaînes que le masque ne servait à rien, alors que trois mois plus tard il est devenu obligatoire… Dans le même temps, le GSCF avait un stock secret de 40 000 masques et Thierry Velu a décidé de les distribuer directement aux professions médicales, aux SDF et aux malades qui avaient besoin d’aller à l’hôpital, notamment pour une chimiothérapie. À ce moment-là, l’ARS a demandé au préfet d’interdire la distribution des masques et a même demandé de confisquer les réserves de cette O.N.G. Thierry Velu a résisté en cachant une grande partie de son stock, ce qui lui a permis de ne fournir que 4000 masques à l’État et d’en distribuer directement 36 000 à ceux qui en avaient besoin. D’abord, il souligne que nous n’étions pas prêts à cette situation : « Au départ de l’épidémie, nous ne pensions pas venir en aide aux Français. Nous avions commandé des masques, du gel hydroalcoolique et des tenues de protection pour faire face à la Covid-19, pour aider les SDF et les pays en voie de développement qui n’avaient pas de moyens. Malheureusement, la situation était plus grave qu’on ne le pensait en France et nous avons reçu des centaines d’appels de médecins, d’infirmiers et de personnels de santé divers qui avaient besoin de matériel. Nous avons même eu des malades qui devaient se rendre à l’hôpital, notamment pour faire des chimiothérapies, à qui l’on répondait à l’époque que le masque ne servait à rien... Nous avons donc décidé d’aider ces personnes en leur fournissant des masques et des solutions hydroalcooliques. »

Dans son ouvrage, il indique clairement que l’État lui a demandé d’arrêter de secourir les gens au moment du confinement : « Tout à fait. On nous a demandé d’arrêter et l’ARS (Agence régionale de santé), via le préfet du Pas-de-Calais, voulait récupérer les masques que nous avions commandés pour aller les distribuer je ne sais où… Pendant tout ce temps, on nous a interdit de circuler, alors que nous étions une O.N.G., en nous disant qu’il n’était pas question de distribuer des masques. D’abord, nous n’avons pas répondu au préfet, parce que nous avions du mal à comprendre sa demande et nous avons continué notre distribution. Nous avions même du personnel de maisons de retraite qui n’avait pas de masques, des personnes qui apportaient des repas aux personnes âgées qui n’avaient pas de masques... Donc, nous avons offert des masques en circuit court. Outre vouloir réquisitionner nos masques, on nous a aussi empêchés d’en commander à l’étranger. En nous débrouillant, nous avons quand même pu distribuer 36 000 masques à la population. Nous en avons remis seulement 4000 à l’ARS. Nous sommes contents d’avoir désobéi, car notre désobéissance nous a permis de sauver des vies. Nous avions des gens qui partaient travailler la boule au ventre, notamment des infirmiers et des infirmières, mais aussi des gens malades qui avaient besoin d’aller à l’hôpital. Parfois, il faut savoir désobéir face à un État aveuglé par une situation qu’il ne peut plus maîtriser ». Thierry Velu estime que c’est une situation unique : « Je suis intervenu dans de nombreux pays en temps de guerre, notamment au Liban, mais aussi au Pakistan dans des zones difficiles, mais nous n’avons jamais eu une pression aussi forte de la part d’un gouvernement. On peut vraiment parler d’un État de droit qui n’existe plus en France et, en tant qu’O.N.G., on nous a fait comprendre que nous ne devions pas aider les gens. Nous devions être confinés comme les autres. Même au temps de la junte birmane, nous n’avions pas connu cela ! Nous avons 22 ans d’existence. Une pression aussi forte d’un gouvernement, c’est du jamais vu. Les gens doivent comprendre cette chronologie et la pression que nous avons subie. »

Depuis, son livre est boycotté par les médias institutionnels : « Oui, le livre doit déranger ! Je veux bien entendre que le livre ne plaise pas à tout le monde, je veux bien débattre sur le fond, mais j’observe que certains journalistes ne le lisent même pas. On ne peut pas juger un livre sans le lire ! C’est quelque chose que je ne comprends pas ». En mars dernier, la situation était imprévisible et on peut admettre que le gouvernement ait tâtonné. Qu’aurions-nous pu faire ? Selon lui, « il est plus facile de répondre à cette question après, mais il y avait déjà des signaux alarmants début janvier, ainsi qu’un rapport de l’OMS au mois de février. Tous les experts disaient qu’il fallait fermer les frontières, éviter les rassemblements, avoir des masques et imposer des mesures barrière. Alors, pourquoi a-t-on organisé un Salon de l’agriculture ? Pourquoi le chef de l’État s’est-il rendu au théâtre en disant qu’il fallait continuer de vivre comme avant ? Après, employer le terme de guerre n’était pas adéquat. Nous n’étions pas en guerre. Il fallait plutôt parler de solidarité et d’entraide, et expliquer la nécessité des mesures barrière pour protéger les anciens. Cela aurait été un vrai discours de chef d’État. On a manqué de bon sens. Il aurait fallu également écouter les chefs d’entreprise, également des structures comme les nôtres, car nous pouvions nous fournir en masques, alors que l’État était fermé à tout dialogue ».

Maintenant, on nous explique que l’on va retenir les leçons du passé, or tout recommence comme avant : « Malheureusement, je pense que nous allons vivre une crise financière et une crise alimentaire au plan mondial. Il y aura de plus en plus de personnes à la rue. La situation risque d’être très compliquée. En quelques mois, on est passé du masque inutile au masque obligatoire avec une amende ! Il faut arrêter de se moquer des Français et il faut vraiment leur dire la vérité. Il y a un gros problème d’arrogance et un manque de bon sens au niveau de l’État. Cela continue, car on s’évertue à nous faire croire que l’on est en train de maîtriser la crise, alors que l’on ne maîtrise rien du tout... » En conclusion, il estime que nos voisins de l’Est ont mieux su gérer cette crise : « Le plus proche, c’est l’Allemagne, qui a mis des mesures en place très rapidement, avec des tests. Ce pays s’en est plutôt bien tiré dans tous les domaines. Il y a aussi les pays de l’Est qui n’ont pas eu tous les problèmes que nous avons connus. »

« La mascarade démasquée » de Thierry Velu est publié aux Éditions BoD.

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