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L’équilibre instable des marchés boursiers
ANALYSE GRAPHIQUE
✍️ Par Mustapha GHAILANE
Contrairement à certaine une idée reçue, la crise du Covid-19 n’a pas apporté de corrections sur les distorsions à l’intérieur des marchés financiers, elle les a plutôt aggravées. Les écarts de capitalisations en termes de ratios traditionnels entre les valeurs du Nasdaq, ou plus généralement les valeurs des secteurs du numérique et informatique, et les titres des valeurs industrielles classiques, plus précisément les manufacturières, se sont considérablement accrus. Certes, ils l’étaient déjà avant, mais là, on est dans la dichotomie bipolaire intégrale. Les investisseurs jettent aux orties les unes et achètent à prix d’or les autres, avec la certitude de se tromper à long terme sur les deux tableaux. Derrière ce comportement binaire, se cachent l’obligation pour les uns d’investir sur ce qui marche à l’instant t et l’aversion aveugle au risque pour les autres concernant les incertitudes encore fortes sur la capacité des valeurs industrielles à gagner de l’argent dans un environnement de récession qui leur est particulièrement hostil. Mais, entre le blanc et le noir ou le rouge et le vert, il y a une infinité de nuances de gris et une variété innombrable de couleurs comme l’orange ou le violet. En France, ces écarts sont particulièrement criants entre les valeurs du luxe et le reste de la côte, mises à part nos propres valeurs technologiques dont quelques unes ont un parcours parfaitement « nasdaquien ». Cela n’a échappé à personne que des titres comme Hermès, Lvmh ou Kering flirtent actuellement avec leurs zones des records historiques absolus respectives. Pourtant, ce secteur d’activité a reculé de près de 25 % en moyenne au cours du premier semestre.
De plus, ce chiffre masque une forte dégradation dans les derniers mois en raison de la très bonne tenue des ventes au début de la période de confinement. Globalement, l’évolution des marchés boursiers n’est pas connectée à la réalité car l’évolution des cours reste encore fortement impactée par le phénomène de « fuite vers la qualité ». L’effet d’entonnoir est à son apogée avec des capitaux majoritairement investis sur des marchés et des titres extrêmement surévalués. D’autre part, l’absence de coupons sur les emprunts souverains draine aussi les capitaux des marchés obligataires vers ce type d’actions qui offrent encore des dividendes. Après tout, les caisses de retraite anglo-saxonnes sont bien obligées de fournir des rentes à leurs souscripteurs retraités. A court terme, même les corrections secondaires actuelles montrent que les valeurs industrielles sont largement plus impactées que celles du luxe et du numérique. Mais que se passerait-il alors si les valeurs du luxe venaient à être durement touchées par les effets à retardement de la pandémie ? Y aurait-il un transfert inverse vers les secteurs traditionnels ? Rien n’est moins sûr car les pertes se chiffreraient alors en centaines de milliards d’euros tellement il y a actuellement d’argent investi sur ce secteur. Quant aux valeurs du Nasdaq, en cas de forte rechute, ce serait un océan d’argent qui serait englouti du jour au lendemain dans les abîmes. C’est très précisément le scénario redouté par les banques centrales et les États qui sont dans l’obligation de rester dans le piège du surendettement croissant et de la monétisation des marchés de la dette. Dans ces conditions, le redressement de l’industrie manufacturière est un passage obligé pour rééquilibrer durablement les marchés boursiers. Sur le plan technique, l’indice Cac 40 bute à court terme sur le seuil psychologique des 5.000 points après avoir vérifié la solidité du support de 4.700 points. Cette phase de consolidation pourrait encore se prolonger si Wall Street n’arrive pas à battre de nouveaux records.
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