Microsoft, Amazon, Facebook : des monopoles plus fragile qu’on ne le pense.

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 26 juin 2020 (numéro 1.045) : “Alphabet versus Huawei, deux empires se battent ”. Bonne lecture !!!

Dans ce monde peuplé d’incultes, d’illettrés et d’imbéciles qui arborent des diplômes plus ou moins falsifiés, l’Histoire de l’Economie, des trusts, des monopoles et de leur démantèlement n’est plus véritablement connue. De plus en plus, les analystes financiers sont des « ânes à listes ». Très récemment, la boutique de Wall Street qui s’intitule Jefferies a « augmenté son objectif de cours sur l’action Amazon », relevant sa recommandation de 2.800 dollars à 3.100 dollars. Le pire, c’est que l’âne en question a augmenté ses estimations 2020 pour le titre Amazon en se basant sur une remontée plus forte du commerce électronique aux Etats-Unis, dont la croissance est prévue pour passer de 13 % (prévision initiale) à 20 %, son plus haut niveau depuis 2007.


Des “ânes à listes” qui alimentent faussement la hausse.

L’analyste considère qu’Amazon va récupérer davantage de parts de marché, mais il oublie que le groupe Amazon ne gagne pas véritablement d’argent dans la distribution de produits, se contentant d’encaisser des grosses commissions sur sa place de marché, et que l’essentiel des marges vient de l’activité d’hébergement de données (le Cloud). Le crétin étant mouton, il achètera des actions Amazon au prix exorbitant de 2.650 dollars environ parce qu’il pense les revendre à un autre crétin à 3.200 dollars... ou pas ! Il faut quand même rappeler que la société Amazon est valorisée pour 1.322 milliards de dollars, c’est beaucoup plus que les PIB réunis de plusieurs pays de l’Union européenne (Roumanie, Bulgarie, Portugal, Chypre, Autriche, Danemark). Je sais bien qu’il n’est pas tout à fait intelligent de comparer des stocks et des flux, mais il faut quand même avoir un peu cela en tête. Amazon est capitalisé 135 fois les bénéfices estimés pour l’année 2020, cela veut dire très concrètement qu’il faudra attendre, en achetant au cours actuel, l’année 2155 pour être remboursé de son investissement avec la part de chaque actionnaire dans les bénéfices. J’estime, mais je suis peut-être trop réaliste pour vous, qu’en 2155 je ne serai plus en mesure de profiter de l’argent investi en 2020. Il y aura longtemps que je n’aurai plus mal aux dents, vous non plus d’ailleurs.


Les imbéciles prolongent les courbes.

Ce n’est pas parce que le groupe Amazon est passé de 121,4 milliards de dollars de CA en 2016 à 250 milliards de dollars en 2019 et se trouve attendu quelque part entre 285 et 300 milliards de dollars pour le CA 2020 que le bénéfice net part du groupe est monté de 2,11 milliards de dollars en 2016 à 10,45 milliards environ en 2019 que pour autant il faut extrapoler. Le marché voit les mauvaises nouvelles tomber sur Amazon et glisser comme la pluie sur les plumes d’un canard. Très récemment, il y a quelques jours seulement, l’Union européenne a annoncé qu’elle prévoyait d’engager des poursuites formelles contre Amazon pour infraction aux règles de concurrence au sujet du traitement réservé aux vendeurs tiers. Cela n’a pas été inventé, c’était même l’objet d’un article du Wall Street Journal, mais les analystes financiers n’en tiennent pas compte. Utilisant de façon outrancière sa position dominante, Amazon et les vendeurs de sa place de marché (Marketplace) permettent à la branche « vente au détail » d’Amazon d’analyser et d’utiliser les données de vendeurs tiers. C’est clairement une infraction qui pourrait peser, si les amendes sont appliquées, plusieurs dizaines de milliards d’euros d’amendes potentiellement. Je rappelle que les amendes dans ce genre d’infraction sont proportionnelles au CA de l’entreprise. Microsoft, en Bourse, c’est 10 % de plus de valorisation qu’Amazon.

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