Hommage à Jean Raspail et au Camp des Saints.
LITTÉRATURE
Il est rare, dans cette rubrique, que nous rendions hommage à un écrivain, mais Jean Raspail méritait cette attention. Nous l’avions rencontré en 2011, à l’occasion d’une réédition du Camp des Saints, et il s’entretenait aussi régulièrement avec Nicolas Miguet qui a été son voisin à Paris pendant quelques années. Le célèbre écrivain avait imaginé dès 1972 le débarquement, sur les plages de France, d’un million de miséreux en provenance du Sud. L’ouvrage a traversé plusieurs décennies. Il a été lu et commenté par les plus grands, de François Mitterrand à Ronald Reagan, en passant par Valery Giscard d’Estaing ou Margaret Thatcher… Depuis presque quarante ans, ce titre est même devenu une expression pour désigner l’immigration de masse…
Jean Raspail nous confiait comment ce livre est né : « Je vais vous raconter comment les choses se sont passées. Le livre a été écrit en 1972 et publié en janvier 1973. Il n’a pas eu un énorme succès au départ, mais il a fait son chemin dans tous les milieux intellectuels et politiques. Depuis, il a été constamment réimprimé. Il y a eu une réédition en 1985, c’est-à-dire une nouvelle sortie et une nouvelle mise en place dans les librairies. Cette réédition était assortie d’une préface. Voyant ce problème de l’immigration, avec tous les débats qui s’intensifient au fur et à mesure des années, je me suis dit que c’était sans doute le moment de rééditer ce livre. C’est officiellement la troisième réédition. Il se trouve que cette réédition a coïncidé avec les événements de Lampedusa, ces milliers d’immigrés qui débarquent avec des bateaux et la possibilité que tous ces événements entraînent une nouvelle immigration, sans doute pour des raisons économiques parce que, malheureusement, ces pays vont peut-être connaître des problèmes économiques énormes. »
Dans la dernière réédition, actuellement disponible dans les librairies, le texte est resté le même : « À la virgule près ! Je n’ai pas lu le Camp des Saints depuis 25 ans, je ne passe pas ma vie à lire mes livres... Je l’ai relu naturellement l’année dernière, lorsque nous avons décidé de le rééditer. L’histoire est dure et le texte est assez brutal. Finalement, si j’avais écrit ce texte aujourd’hui, je n’aurais sans doute pas employé le même ton. Ce serait assez dommage, parce que le bon ton est celui de la première édition du livre. Je précise que nous n’avons rien changé. J’aurais sans doute pu atténuer deux ou trois petites choses, mais l’honnêteté demande que l’on ne touche à rien. J’ai simplement remplacé la préface de 1985 » expliquait Jan Raspail en 2011.
Tout le monde reconnaît qu’il a été un visionnaire lorsqu’il a écrit ce livre en 1972. Mais pourquoi ce scénario presque hollywoodien consistant à faire débarquer tous ces bateaux en provenance d’Inde sur les plages du sud de la France, alors que le phénomène de l’immigration s’opère sur une très longue échelle ? Réponse de Jean Raspail : « Sur une très longue distance, on est arrivé, pas encore ou presque, au même résultat. C’est un roman, ce n’est pas une démonstration politique ou sociale. Je suis romancier, je ne suis pas philosophe… Quand j’ai eu la vision de cette histoire, je les voyais arriver d’un seul coup, parce que c’est un livre emblématique, et j’ai voulu une unité de temps, de lieu et d’action. Tout se passe en 24 heures, dans le Midi de la France, et l’action c’est le débarquement. La force du livre, c’est qu’ils sont un million. Pour le moment, on voit arriver des quantités de gens en bateau, mais il n’y a pas eu encore de gros bateaux… » Face à cela, la réaction de la population est très intéressante. Lorsqu’arrive un bateau avec une trentaine de personnes, on vient avec des couvertures pour les aider… Cela se comprend. Mais, dans le livre, la population réagit de la même manière lorsque déferlent un million de personnes…
Or, il ne s’agit plus là d’immigration, mais, clairement, d’une invasion : « Oui, parce qu’ils sont un million en un jour ! Mais combien sont arrivés en Europe depuis que j’ai écrit Le Camp des Saints ? Certainement beaucoup plus d’un million ! Le problème n’est perceptible qu’à partir du moment où il y a une énorme visibilité et que l’on ne peut plus étouffer la question. C’est Claude Guéant qui a dit que certains Français avaient le sentiment de ne plus être chez eux… Vous savez, Le Camp des Saints est un livre qui m’a un peu échappé. Il a été beaucoup diffusé, on en a beaucoup parlé… Je m’interroge encore et je ne trouve pas la réponse sur cette façon dont cette idée s’est développée. Je raconte dans la préface que j’ai écrit ce livre en m’arrêtant le soir, sans savoir où j’irais le lendemain… Le lendemain, j’ai recommencé à écrire sans difficultés et à conduire cette intrigue gigantesque, qui est presque hollywoodienne. C’est pour cela que c’est un livre à part… » Pourtant, il n’y a pas encore eu de film tiré du Camp des Saints. Jean Raspail expliquait en 2011 : « Il y a régulièrement des touches, des gens qui sont intéressés… Le livre a été traduit en 1975 aux États-Unis, où il a eu beaucoup de succès. Le réalisateur John Boorman m’avait contacté. Les pourparlers avaient été assez loin… Finalement, il a préféré faire Excalibur, car je crois que les tabous qui empêchent d’examiner ce problème sur toutes ses faces n’ont pas totalement sauté. »
Ce qui est intéressant aussi, c’est que la préface de la dernière réédition, il écrit que ce livre ne serait pas publiable aujourd’hui : « Effectivement, s’il n’était pas accompagné d’une préface... Il faut connaître la loi, c’est tout simple. Nos lois ne sont pas rétroactives et il y a quatre lois qui restreignent la liberté d’expression sur ces problèmes. Le Camp des Saints est antérieur à ces lois, donc il ne peut pas être poursuivi. Mais le fait de l’avoir assaisonné d’une préface, assez musclée, en fait une œuvre nouvelle et le livre entier retombe dans le cadre de la loi. Donc, je signale aux plaignants à la fin du livre tous les motifs que les avocats ont trouvés...Pour en venir aux motifs de plainte, mon idée est que cela ne se fera pas, car le livre a été trop lu par des tas de gens qui ne sont pas plus racistes que d’autres, et même beaucoup moins… Regardez quelqu’un comme Lévi-Strauss : un homme de gauche, éminemment respecté, qui a écrit quelque temps avant sa mort que l’on est raciste quand on considère que d’autres races sont inférieures à la nôtre, donc on peut prendre un certain nombre de libertés avec elles… C’est la base du racisme. Mais il ajoute qu’il ne faut surtout pas considérer comme raciste quelqu’un qui défend sa civilisation menacée, même s’il y a opposition de races. C’est clair. J’ai écrit plusieurs livres sur des minorités qui ont disparu, notamment «Qui se souvient des hommes...» sur la disparition des Indiens de Terre de Feu qui ont reçu en pleine poire la civilisation occidentale au XVIème siècle… Il se trouve que nous recevons, par ce phénomène de l’immigration, des chocs qui vont devenir presque aussi violents, par le nombre et l’intention, que les chocs reçus par ces populations d’autrefois qui ont disparu ou dont la civilisation a été anéantie ».
Validez le formulaire ci-dessous
Tarif valable jusqu'au 28/02/2027 sous réserve de variation du taux de TVA.
L'Hebdo Bourse Plus sort un numéro double fin juillet et ne paraît pas en août.
Les paiements sur notre site sont sécurisés et traités par Stripe, un prestataire de paiement en ligne de confiance. Vos informations de paiement sont protégées par des protocoles de sécurité de pointe, garantissant une expérience d'achat sûre et sécurisée. Vos données sont protégées par le chiffrement TLS et la tokenisation. Stripe est certifié conforme aux normes de sécurité PCI DSS.