Après les "morts-vivants" du transport aérien et de la distribution, voilà qu’arrivent les "blessés grièvement" du tourisme (2-2)

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 5 juin 2020 (numéro 1.042) : “Les bénéficiaires du plan Macron pour l’automobile ”. Bonne lecture !!!

Depuis le 1er janvier, le titre Accor a baissé de près de moitié, malgré son rebond spectaculaire de lundi (plus 6,94 % à la clôture, à 22,80 euros), amplifié mardi (+11,32% à 25,38 euros). Accor se charge de dettes... La semaine dernière, Accor a conclu un nouvel accord de crédit avec un consortium de cinq banques, la nouvelle ligne de crédit renouvelable (RCF) de 560 millions d’euros s’ajoute à la ligne de crédit de 1,2 milliard d’euros signée en juillet 2018. Accor annonce avoir une liquidité de 4 milliards d’euros, soit plus de quarante mois de visibilité dans les conditions actuelles. A la fin du mois de mai, pas loin de 60 % des hôtels du groupe Accor sont encore fermés, et, parmi les hôtels qui restent ouverts, le coefficient de remplissage est modeste, du fait de la suppression du tourisme d’affaire, des grands congrès et des événements internationaux.


Les hôtels “haut de gamme” sont fermés ou vides.

Le tourisme va peut-être reprendre, avec une clientèle interne (belge en Belgique, anglaise au Royaume-Uni, française en France…) mais les touristes, tout le monde la sait, ne font pas l’essentiel des recettes des grands hôtels, ils se concentrent sur les marques Ibis, Ibis Budget et F1, pour les gammes présentées par le groupe Accor. La forte montée en gamme du groupe hôtelier français au fur et à mesure des dernières années avec notamment l’expansion de la chaîne Sofitel et le rachat de plusieurs marques prestigieuses dont Raffles, est aujourd’hui prise en porte-à-faux. Dans son malheur, le groupe Accor a eu le bonheur de vendre l’essentiel des murs de ses hôtels alors qu’il y avait des acheteurs, dans une situation particulièrement favorable, ce qui a fait que la crise ne fut pas abordée dans une situation de surendettement. AccorInvest, filiale immobilière du groupe hôtelier Accor, a sèchement démenti, à la fin du mois d’avril, la demande d’un prêt garanti par l’Etat (PGE), ceci dit, il est vraisemblable qu’AccorInvest, où le groupe Accor n’est plus qu’un investisseur modeste, va avoir à consentir des abandons de loyers en faveur des établissements qui sont actuellement fermés. On parlait d’un PGE pour environ 400 à 500 millions d’euros. Pour le moment, cela ne se fera pas. Il est vraisemblable que le groupe Accor va être obligé de conserver la fermeture d’un grand nombre de son parc d’hôtels jusqu’à la fin de l’année 2020, et peut-être même jusqu’au printemps de 2021. Lorsqu’il y a des hôtels de fermés, on a cassé le thermomètre, et on ne regarde pas les chiffres, la plupart des observateurs ne regardent que le taux d’occupation, lequel ne concerne que les hôtels qui restent ouverts.


La fin des salons et des congrès, c’est un séisme pour l’hôtellerie.

On a un peu oublié que le groupe Accor réalise à peu près le quart de son résultat opérationnel en France, et la moitié du résultat opérationnel français est originaire de Paris intra-muros et de la périphérie immédiate. Une part très importante des marges est réalisée lorsqu’il y a des salons, avec une augmentation du prix des chambres dans ces périodes de forte demande. Les coûts sont les mêmes, les hôtels sont pleins, et les chambres sont bien commercialisées malgré les prix extraordinairement élevés y compris dans les Novotel et les Sofitel. Malgré la réquisition d’un certain nombre d’hôtels F1 pour y loger des sans-abri, aux frais de l’Etat, le taux d’occupation des hôtels restés ouverts est en fort recul (plus d’un tiers selon les chiffres que j’ai pu obtenir), et le CA moyen par chambre (en jargon RevPAR) a baissé d’environ moitié. En théorie, en période de crise, lorsqu’un hôtel est fermé, on en profite pour faire des travaux. Dans la pratique, dans les conditions actuelles avec une visibilité très faible, le groupe Accor pourrait ne faire que le strict minimum, pour ne pas avoir à obérer sa trésorerie. Sur le seul premier trimestre de 2020, le CA a été ramené à 768 millions d’euros, un recul de 17 % (moins 15,8 % à données comparables). Le RevPAR a été en baisse de 25,4 %, ce qui montre bien qu’il y a eu une baisse très significative de la partie la plus contributive du parc.

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