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Le spécialiste des questions de santé à l’Assemblée nationale explique les raisons de l’échec de notre système de santé face à la crise sanitaire.
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✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN
Jean-Carles Grelier, député LR de la Sarthe : « L’administration du ministère de la Santé, qui a montré ses limites et ses faiblesses, ne va pas en rester là et va persuader tout le monde que c’est par davantage d’administration que l’on sortira la santé par le haut. »
Jean-Carles Grelier est député apparenté LR de la Sarthe et il préside le groupe d’étude sur la prévention en santé. Avocat en droit public de profession, il est également l’auteur de « Nous nous sommes tant trompés », un ouvrage publié au début de l’année, dans lequel il dénonce les raisons des dysfonctionnements de notre système de santé.
L’Hebdo-Bourseplus : Votre livre dénonçant notre système de santé « Nous nous sommes tant trompés » a été publié avant la crise du coronavirus. Beaucoup de Français sont tombés de haut en découvrant son état de délabrement, car ils étaient persuadés que toute la planète nous l’enviait. Certes, nous avons des équipes formidables, qui donnent le meilleur, c’est une belle armée, mais elle est dépourvue de moyens...
Jean-Carles Grelier : Depuis des années, et c’est encore plus visible depuis que nous sommes en crise sanitaire, l’hôpital public ne tient que par l’engagement professionnel des médecins, des infirmiers, des aides-soignants, des manipulateurs radio et de tous ceux qui font le quotidien de l’hôpital. J’ai eu l’occasion d’expliquer dans un essai, que j’ai fini d’écrire au mois d’août dernier - dans une période où personne ne soupçonnait que la France connaîtrait cette pandémie virale - que notre système de santé n’allait plus dans le mur, mais qu’il y était déjà. Personne n’acceptait de le reconnaître, mais plus rien ne fonctionnait, que ce soit la médecine de ville, l’hospitalisation privée, ou l’hospitalisation publique. Dans cette pandémie virale, on constate que l’hôpital public n’a tenu que par l’engagement de ses professionnels de santé, mais tout le reste était totalement impréparé à ce type d’événement.
Nous n’avions pas suffisamment de lits de réanimation, pas assez de masques, pas assez de tests et l’on ne sait toujours pas dans quelles conditions on va tester une partie de la population. En plus de 25 ans, on a réduit notre système de santé aux comptes de la Sécurité sociale. On nous explique que les comptes sont en déficit et qu’il faut impérativement résorber ce déficit, ce que l’on ne fait avec aucune autre politique publique. On n’a jamais été chercher la part du déficit public de l’Éducation nationale, de la Culture, de la Défense ou des autres actions de l’État. En matière de santé, depuis 25 ans, c’est trop tout le temps ! On a d’abord considéré qu’il y avait trop de médecins et, s’il y avait trop de médecins, ils feraient trop d’actes, donc ils aggraveraient le déficit de la Sécurité sociale.
Alors, on a réduit drastiquement le numerus clausus et, 15 ans après, on n’a plus de médecins dans les territoires et on a toujours le déficit de la Sécurité sociale. On a fait la même chose à l’hôpital, avec trop d’actes qui coûtaient trop cher, donc il fallait diminuer l’envergure de tout cela. On a fermé plus de 100 000 lits d’hospitalisation, on a fermé 70 000 lits dans le secteur de la psychiatrie... On a donc créé les conditions d’une pénurie à travers un regard exclusivement administratif, exclusivement comptable et exclusivement technique sur la santé. La santé est la première préoccupation de nos concitoyens, il aurait fallu en faire un vrai projet politique, et, à partir de là, on aurait été capable d’avoir une vision pour la santé avec, en face, des moyens. Je n’imaginais pas, malheureusement, que les faits allaient autant me donner raison.