Après les "morts-vivants", voilà qu’arrivent les "morts-cotés" (1-2).

LE DOSSIER DE LA SEMAINE

✍️ Par Nicolas MIGUET

Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 22 mai 2020 (numéro 1.041) : “Les cadavres qui sont toujours cotés (2/2) ”. Bonne lecture !!!

Des quasi-cadavres sont toujours cotés. En Bourse, surtout après une séance lundi en très forte hausse, on a l’impression que « tout va revenir comme avant ». C’est faux ! Dès mardi, des vedettes de la veille retombaient avec fracas sur le dur sol des réalités. Certaines entreprises sont mortellement touchées, le coup d’arrêt de plus de deux mois aux différentes Economies mondiales, du fait du confinement, est un accélérateur des changements qui étaient déjà en cours, un phénomène qui va amener les plus faibles à mourir, les plus innovants à prospérer, et la résurrection des morts n’est pas obligatoirement quelque chose qui appartienne au domaine de l’Economie. J’ignore si Conforama, filiale du groupe sud-africain Steinhoff, en difficultés depuis 2017, va obtenir, ou non, son prêt garanti par l’Etat (PGE), mais les 9.000 salariés directs et 20.000 emplois indirects (dont notamment dans la filière sommiers et matelas française), sont particulièrement mis en danger par l’attitude des banksters, qui refusent de prendre le risque de 10 % sur le PGE de 320 millions d’euros. Castorama a obtenu 600 millions d’euros de PGE, FNAC-Darty 500 millions d’euros, Air France (sans compter KLM) 4 milliards d’euros plus 3 milliards d’avance de trésorerie de la part de l’Etat actionnaire… mais Conforama, pour l’instant, c’est non. Les entreprises qui avaient des faiblesses numériques sont actuellement en difficultés, Système U vient d’avoir une très grosse panne informatique, ce qui impacte fortement la logistique, les approvisionnements et les commandes, si cela dure trop longtemps, avec le jeudi férié de la semaine de l’Ascension, il risque d’y avoir des rayons vides… ce qui ne va pas arranger les affaires de Système U qui se portait plutôt bien jusqu’à présent.




Multiplication des faillites dans la distribution.

Après André, après Orchestra-Prémaman, 5àsec, Pacific Pêche et Tie Rack (cravates), voici le tour d’Alinéa (famille Mulliez) et de Naf-Naf d’être placés en redressement judiciaire. Outre Atlantique, l’emblématique enseigne J.C.Penney vient également de se mettre en faillite. Bien sûr, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour, du moins pour le moment, chez FNAC-Darty, mais les affaires ne sont pas très bonnes. La semaine du 11 mai, avec la réouverture des magasins (semaine 20), n’a pas du tout été euphorique. Même s’il y avait des mesures de précaution (parfois non-obligatoires comme se désinfecter les mains avant d’entrer dans le magasin), les FNAC et les Darty étaient plutôt vides ce samedi, certains estiment que la baisse du CA par rapport à la semaine correspondante de l’an dernier est de l’ordre de 40 %, c’est tout sauf glorieux. FNAC-Darty a récupéré 500 millions d’euros de financement, cela peut permettre de tenir, mais dans un an, ce prêt à court terme devra se transformer en prêt à moyen et à long terme, et les taux d’intérêt ne seront pas obligatoirement négligeables, car la notation de FNAC-Darty ne cesse de s’affaisser. S’il n’y a pas retour à la normale à partir du mois de septembre, FNAC-Darty sera une entreprise en très graves difficultés, et l’activité de ventes sur Internet ne va pas compenser intégralement la baisse de fréquentation des magasins, dont les frais fixes auront été augmentés de façon forte par tous les gestes de précaution désormais impératifs pour rassurer la clientèle qui vient en magasin.


Carrefour : la chute des Hypers peut entraîner le reste.

Parmi les morts qui s’ignorent, on a du mal à inclure le groupe Carrefour, qui reste un géant de la distribution internationale, présent en Amérique du sud, en Espagne, en Italie, en Roumanie, au Moyen-Orient… en plus de sa présence française, longtemps dominante, mais qui est aujourd’hui très fortement défiée à la fois par E.Leclerc et pas Intermarché, qui montent très fort et qui menacent un dépassement sur le territoire hexagonal d’ici à quelques trimestres ou quelques années au pire. Très longtemps, le groupe Carrefour s’est affiché comme étant le numéro un européen et le numéro deux mondial de la grande distribution. C’est aujourd’hui factuellement totalement inexact. Le numéro un mondial reste Walmart, le numéro deux c’est Amazon, et Carrefour se trouve dans une situation pas très éloignée de celle de l’anglais Tesco, en termes de CA, avec un anglais qui continue à dominer de la tête et des épaules son marché national, sans oublier quelques belles réussites à l’extérieur, alors que Carrefour s’est pris les pieds dans le tapis chinois, sans oublier sa sortie de l’ensemble des pays du sud-est asiatique, un peu plus ancienne.

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