Le président de la première organisation des professionnels de l’immobilier estime que les propriétaires et les administrateurs de biens sont les laissés pour compte de la crise.

LA VIE DE L’IMMOBILIER

✍️ Par Propos recueillis par Yannick URRIEN

Christophe Tanay, président de l’UNIS : « Nous vivons une crise sans précédent. Il y aura du chômage et, si chacun ne remplit pas ses obligations, la crise sera forcément amplifiée et ce sera une véritable catastrophe. »

L’UNIS (Union des syndicats de l’immobilier), est la première organisation de professionnels de l’immobilier qui représente tous les métiers du secteur : agents immobiliers, gestionnaires, administrateurs de biens, syndics de copropriété, experts, promoteurs-rénovateurs. Christophe Tanay, président de l’UNIS, lance un cri d’alarme car depuis le discours d’Emmanuel Macron du 12 mars dernier, dans lequel celui-ci évoquait « le report ou la suspension des loyers », les professionnels connaissent une situation explosive. Pourtant, certains bailleurs ont besoin de percevoir leurs loyers pour vivre ou financer leur retraite : « Monsieur Emmanuel Macron semble oublier ces petits investisseurs. À ces propriétaires, l’État n’a rien à demander. Ils feront ce qu’ils peuvent et leur situation n’est pas plus enviable que celle de leurs locataires.

Tout au plus peut-on, lorsque l’on est leur conseil et leur gestionnaire, favoriser des accords, avec des stratégies de report d’échéances et de prolongation de baux, par exemple, pour reporter en fin de contrat une ou deux échéances, ou des plans d’apurement sans pénalité. C’est le discours quasi-comminatoire de l’État qui est choquant ». Par ailleurs, l’UNIS note une dérive depuis quelques semaines : « Des sociétés occupant des bureaux, et qui poursuivent leur activité en télétravail, exigent des remises et des gratuités de loyer. Des locataires de logements privés formulent désormais chaque jour des demandes de moratoire ou d’annulation de leur loyer d’habitation, sans raison démontrée ».


L’Hebdo-Bourseplus : Vous avez poussé un coup de gueule sur le non-discernement des propos qui ont été tenus, notamment par le président de la République, qui a parlé de suspension des loyers, lors de son intervention du 12 mars. En résumé, il a déclaré : Ne payez pas, dormez tranquille, l’État va tout prendre en charge… On a bien compris qu’il s’adressait aux entreprises en difficultés, comme les patrons de restaurants ou de bars. Toutefois, dans les remontées de terrain, vous observez que tout le monde se sent concerné…

Christophe Tanay : Effectivement, sur les remontées de terrain, chez les administrateurs de biens, nous avons senti que beaucoup se sont précipités sur cette boîte de pandore qui a été ouverte parce que, bien évidemment, dans un discours général, chacun prend ce qui l’intéresse et beaucoup de locataires ne respectent pas les conditions qui entraînent la suspension du paiement des loyers. Parfois, on a même des grandes enseignes. On a toujours tendance à penser que le bailleur est forcément quelqu’un de très riche et que le locataire commerçant est quelqu’un de très pauvre. Pourtant, il y a un curseur très complet. On a parfois des locataires qui sont de belles enseignes alors que le bailleur est une personne privée, parfois retraitée, et c’est parfois son seul revenu pour sa retraite. Donc, il faut penser à tout cela.

Il ne faut pas généraliser, c’est ce que pouvait laisser penser l’intervention du président de la République. Évidemment, les administrateurs de biens savent faire leur métier. C’est au cas par cas. Je sais que la situation est dramatique pour certains commerces, nous pensons à eux, et chaque cas est évidemment observé. Il y a des propriétaires qui se sentent complètement concernés par cette solidarité, d’autres un peu moins, donc c’est à nous de gérer les situations. Bien évidemment, nous demandons, quand la situation le nécessite, un report de l’échéance et non pas une annulation. Mais je rappelle quand même que l’État a prévu des aides en amont pour les petites entreprises et les petits commerces. Donc, on ne peut pas à la fois avoir une aide en amont et, en même temps, ne pas payer ses obligations.

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