Géopolitique : la baisse du pétrole ne sera pas sans conséquences brutales. (2-2)
LE DOSSIER DE LA SEMAINE
Nous poursuivons cette semaine nos études traditionnelles sur les sociétés, sur le décryptage des comptes et sur leurs perspectives, sur les pays, sur les secteurs et les grands sujets, conseils à l’appui. Le 17 avril 2020 (numéro 1.036) : “Le redémarrage de l’économie : comment et à quel rythme ”. Bonne lecture !!!
En une semaine seulement, d’un lundi à l’autre, le pétrole a regagné plus de 50 %, c’est un gros pourcentage, mais c’est à peine plus de 11 dollars pour un baril de Brent, 12 $ environ pour un baril de WTI. Que s’est-il passé ? Donald Trump, qui va jouer sa réélection dans des états pétrolifères tels que la Pennsylvanie, l’Ohio, beaucoup plus que dans le Texas, qui lui reste acquis, a tapé du poing sur la table, et a mis en demeure la Russie et l’Arabie Saoudite de se reparler. Cela a suffi pour que certains vendeurs à découvert, sur le marché des matières premières, rachètent illico leurs positions, craignant un accord pour un recul de 15, 20 ou même 25 % de la production pétrolière mondiale.
La Russie d’aujourd’hui n’est pas aussi vulnérable que l’URSS de jadis, puisqu’elle produit grosso modo l’essentiel de la nourriture que les Russes, moins nombreux du fait de la dénatalité, consomment, mais la Russie reste néanmoins un pays exportateur de matières premières. L’Economie russe n’est pas très diversifiée, mais, à la différence des années 1980, il n’y a plus un coûteux empire à maintenir coûte que coûte, en direct (ex-URSS), ou indirectement (ses alliés et supplétifs du bloc de l’Est, de l’Allemagne de l’Est à la Roumanie, en passant par la Bulgarie et la Pologne, sans oublier la Tchécoslovaquie, qui n’avait pas véritablement repris du poil de la bête).
La Russie n’a plus un empire à porter.
A la différence de l’URSS qui avait envahi l’Afghanistan dans une optique de conquête des mers chaudes, la Russie n’est présente en Syrie qu’avec des moyens limités, visant à maintenir la pression sur le Moyen-Orient, un peu en remplacement de la France, qui a disparu du secteur. La guerre des prix du pétrole ne vient pas de la Russie, ni des Etats-Unis. Ils en sont les premières victimes. Cela vient du prince héritier et homme fort de Riyad, MBS (Mohammed Ben Salmane). La concomitance du placement de l’ensemble de l’hémisphère nord ou presque sous le régime du confinement, qui tue la consommation pétrolière, a coïncidé avec la décision politique de MBS. Aux Etats-Unis, il faut que le pétrole soit au-dessus de 50 dollars pour que tout le monde gagne sa vie dans le pétrole traditionnel comme dans le pétrole et le gaz de schiste. Si la Russie veut continuer à avoir de larges dépenses sociales, des investissements dans ses infrastructures, un réarmement (contrairement aux fantasmes, le budget militaire de la Russie est légèrement inférieur au budget militaire de la France), de manière à défendre la Sibérie et ses ressources naturelles, il faudrait que le pétrole soit aux alentours ou au-dessus de 80 dollars le baril.
Même si personne n’en a parlé (la grande presse est faite d’incultes doublés d’illettrés), il est vraisemblable que l’effondrement des cours du pétrole a conduit Vladimir Poutine à réformer la constitution pour éviter qu’un chaos lui succède. On n’en est pas encore au rétablissement de la monarchie, mais potentiellement, Vladimir Poutine peut désormais être président à vie, il n’aura pas besoin de faire une parenthèse de quatre ans avec retour de Medvedev, l’actuel Premier ministre, pour continuer à tenir les manettes, fermement, après avoir, car il faut être franc, stabilisé le pays suite à la calamiteuse expérience Eltsine. Défenseure des chrétiens d’Orient, la Russie est en train de redevenir la Sainte Russie, puisque la constitution renouvelée a été amendée dans un sens assez conservateur, en précisant notamment qu’un mariage est l’union d’un homme et d’une femme, invoquant Dieu, instaurant un régime de présidence autoritaire, même si les élections ne seront pas supprimées, et qu’il y aura toujours la possibilité d’avoir des candidats, plus ou moins crédibles, face au désir de renouvellement du président Poutine.
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